Crise des exécutions en Iran : une campagne nationale contre les assassinats officiels gagne du terrain

les-mardis-sans-executions-en-iran-csdhi

CSDHI – Au cours des derniers mois, l’Iran a été témoin d’une augmentation terrifiante du nombre d’exécutions dans son système carcéral, provoquant une indignation et une mobilisation croissantes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. La campagne « Les mardis sans exécutions », lancée par des prisonniers politiques iraniens et soutenue par des activistes, des familles et des citoyens ordinaires, est devenue un puissant symbole de résistance contre l’utilisation systématique de la peine de mort par le régime.

Une tendance mortelle : deux exécutions toutes les neuf heures

Selon les derniers chiffres des droits de la personne, le mois d’Ordibehesht (avril-mai 2025) a été marqué par plus de 170 exécutions en Iran – un bilan stupéfiant et sans précédent. Cela se traduit par une moyenne de deux exécutions toutes les neuf heures, brossant un tableau sombre de l’escalade de la violence du régime contre son propre peuple.

Le ciblage disproportionné des communautés ethniques marginalisées de l’Iran est particulièrement préoccupant. Environ 19 % des personnes exécutées étaient des citoyens baloutches, un groupe qui subit déjà une discrimination et une exclusion structurelles bien établies. Les exécutions de prisonniers baloutches, kurdes, arabes et appartenant à des minorités religieuses continuent d’exposer le recours profond du régime à la peine de mort comme outil de répression politique et de violence racialisée.

Motifs politiques derrière la potence

Contrairement à la thèse du régime selon laquelle les exécutions font partie de la justice pénale courante, les activistes soutiennent que chaque exécution en Iran aujourd’hui est intrinsèquement politique. Les forces judiciaires et de sécurité du régime iranien refusent systématiquement aux accusés l’accès à un procès équitable, à une représentation juridique ou à des procédures judiciaires transparentes. Les accusations sont souvent fabriquées, les aveux obtenus sous la torture et les procès se déroulent à huis clos.

Dans ce contexte, la peine de mort ne sert pas la justice mais la peur. Avec les troubles croissants et l’aggravation des crises économiques et sociales, le régime se tourne de plus en plus vers les exécutions comme mécanisme de terreur, visant à faire taire la dissidence, intimider la société et dissuader les révoltes futures.

Résistance de l’intérieur des murs de la prison

Malgré les risques immenses, la résistance à cette machine à exécuter grandit, en particulier au sein du système carcéral iranien. Les prisonniers politiques, en particulier les femmes, ont joué un rôle de premier plan dans l’opposition à la peine de mort en prison. Dans la tristement célèbre prison d’Evine à Téhéran, des femmes incarcérées qui participent à la campagne « Les mardis sans exécutions » se réunissent tous les mardis, scandant des slogans et exprimant leur solidarité avec les familles des victimes qui manifestent à l’extérieur.

Ce rituel hebdomadaire de protestation est devenu un acte national de défiance. Des familles de prisonniers, ainsi que des jeunes et des activistes, sont descendus dans les rues près des prisons et des bâtiments gouvernementaux, faisant écho au même cri : « Non aux exécutions ».

Ce mardi 27 mai 2025 (6 Khordad 1404) marque la 70e semaine de la campagne « Les mardis sans exécutions ». Dans une démonstration d’unité sans précédent, les prisonniers politiques de 45 prisons à travers l’Iran se joindront à la campagne en lançant des grèves de la faim coordonnées — un puissant acte de résistance non violente pour protester contre la folie meurtrière de l’État.

Les 45 prisons participant à la grève de la faim comprennent :

  • Evine (quartier des femmes, quartiers 4 et 8)
  • Ghezel Hesar (unités 3 et 4)
  • Karaj
  • Grand Téhéran
  • Khurin (Varamin)
  • Choobindar (Qazvin)
  • Arak, Khorramabad, Yasuj et Mashhad
  • Dastgerd et Asadabad (Isfahan)
  • Sheiban et Sepidar (Ahwaz)
  • Adel Abad et Chiraz
  • Zahedan, Borazjan, Ramhormoz, Behbahan, Bam et Kahnooj
  • Tabas, Gonbad-e-Kavus, Qaemshahr, Rasht, Rudsar et Haviq
  • Azbaram (Lahijan), Dizel Abad (Kermanshah), Ardabil, Tabriz, Urmi
  • Salmas, Khoy, Naqadeh, Miandoab, Mahabad, Bukan, Saqqez, Baneh, Marivan
  • Sanandaj, Kamyaran et la prison de Fardis (Karaj)

Cette longue liste met en évidence l’ampleur nationale de la campagne et le rejet profond de la peine capitale parmi la population incarcérée.

Responsabilité internationale : le silence n’est pas une option

La campagne « Les mardis sans exécutions » appelle les organisations internationales de défense des droits humains, les gouvernements étrangers et les médias mondiaux à rompre leur silence et à s’exprimer avec force contre le recours par le régime aux exécutions comme outil de répression. La campagne exhorte en particulier ceux qui ont accès aux plateformes internationales à amplifier les voix des Iraniens qui réclament justice et dignité.

L’exécution systématique de prisonniers, souvent issus de milieux ethniques, religieux et politiques marginalisés, constitue un crime contre l’humanité et doit être traitée comme tel par la communauté mondiale. Alors que le régime tente d’étouffer la résistance par la peur et la mort, le message du peuple iranien reste clair : le droit à la vie n’est pas négociable.

Le cri d’une nation : Non à l’exécution

Cette campagne est plus qu’une simple protestation contre des actes de violence individuels. C’est un combat moral et national pour retrouver la justice, l’humanité et l’espoir. Du gibet de Karaj aux grèves de la faim à Zahedan, des femmes prisonnières d’Evine aux familles qui manifestent dans les rues de Sanandaj, une vague croissante de voix iraniennes s’élève à l’unisson :
Non à l’exécution. oui à la vie. oui à la justice.