CSDHI – Des ouvriers d’usine aux chauffeurs routiers, en passant par les employés du secteur public, une nouvelle vague de manifestations montre que les difficultés économiques et les revendications de changement prennent le dessus sur les tentatives du régime de faire taire la contestation en invoquant la guerre.
Alors que le régime iranien cherche à étouffer la contestation intérieure en agitant la menace de la guerre, une vague croissante de mouvements sociaux démontre que de nombreux Iraniens refusent de se laisser intimider. Loin de se retirer face à la rhétorique officielle, des travailleurs, des fonctionnaires, des chauffeurs routiers et d’autres citoyens descendent de nouveau dans la rue pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de vie et des décennies de mauvaise gestion économique.
La reprise des manifestations laisse penser que la stratégie du régime consistant à utiliser les tensions extérieures pour détourner l’attention des crises internes perd progressivement de son efficacité. Dans plusieurs provinces, les manifestants associent de plus en plus leurs revendications économiques à des critiques politiques plus larges, traduisant un rejet croissant des priorités du régime.
Les ouvriers contraignent le directeur d’une usine à quitter les lieux
Le 15 juillet, les ouvriers de l’usine de papier Chooka, dans la province du Gilan, se sont rassemblés après que leurs revendications de longue date sont restées sans réponse. La manifestation a pris de l’ampleur lorsque les travailleurs auraient contraint le directeur général de l’usine à quitter les lieux, illustrant leur exaspération face à l’absence de solution à leurs revendications.
Cette mobilisation s’inscrit dans une tendance plus large de mécontentement social qui s’est intensifiée malgré les efforts du régime pour présenter les questions de sécurité nationale comme la priorité absolue du pays.
Les médias d’État reconnaissent le retour des manifestations
Même les médias proches du pouvoir commencent à reconnaître le regain de la contestation populaire.
Le quotidien officiel Tose’e Irani a publié un article intitulé « Le retour des revendications », soulignant que le mois de juillet 2026 a été marqué par la reprise des grèves et des manifestations dans différentes régions d’Iran.
Selon le journal :
« Les événements de Tir 1405 témoignent de la reprise des manifestations et des grèves dans différentes parties du pays, depuis les ouvriers de la société de fabrication de machines de Tabriz jusqu’au personnel du centre de santé d’Islam-Abad-e Gharb… Ces mouvements montrent que les travailleurs sont insatisfaits de la situation actuelle et réclament des changements structurels dans les relations de travail. »
De tels aveux dans la presse officielle soulignent l’ampleur du mécontentement parmi les travailleurs et les employés, malgré la pression constante exercée par les autorités.
Les manifestations se poursuivent à l’échelle nationale
L’ampleur du mouvement devient de plus en plus difficile à ignorer.
Le 12 juillet seulement, au moins quinze rassemblements de protestation ont été signalés dans les villes de Kermanshah, Shush, Ahwaz, Dezful, Téhéran, Rasht et Tabriz.
Malgré la chaleur estivale, les manifestants ont envahi les rues en scandant des slogans exprimant à la fois leurs difficultés économiques et leur frustration politique. Parmi les slogans entendus figuraient :
- « Assez de la guerre, nos tables sont vides ! »
- « Inflation et vie chère : non à la guerre et à la destruction ! »
- « Libérez les enseignants emprisonnés ! »
- « Même avec des tables vides, nous continuerons à protester ! »
- « C’est l’injustice et l’oppression qui nous ont poussés dans la rue ! »
- « La rue est le bastion des travailleurs ! »
L’évolution de ces slogans montre que des manifestations initialement centrées sur les conditions de travail ou le coût de la vie s’élargissent progressivement à des revendications de libertés politiques et à une remise en cause plus générale des politiques du régime.
Les chauffeurs routiers défient les forces de sécurité
L’une des mobilisations les plus importantes a concerné les chauffeurs routiers de Tabriz, qui protestaient contre ce qu’ils décrivent comme l’exploitation exercée par les sociétés de transport.
Selon les informations disponibles, les forces de sécurité sont intervenues et ont fait usage de gaz lacrymogènes contre les manifestants. Ceux-ci ont néanmoins résisté aux tentatives de dispersion, illustrant la détermination croissante des travailleurs confrontés à une dégradation continue de leurs conditions économiques.
Ces événements montrent que les mouvements sociaux liés au travail peuvent évoluer vers des contestations plus larges lorsque les autorités répondent par la répression plutôt que par le dialogue.
Les revendications économiques remettent en cause le discours du régime
L’un des aspects les plus marquants des manifestations récentes réside dans la manière dont les protestataires contestent directement le discours politique des autorités.
Des slogans tels que « Assez de la guerre, nos tables sont vides » ou « Non à la guerre et à la destruction » rejettent les tentatives du régime de présenter les conflits extérieurs comme la principale préoccupation nationale. Les manifestants mettent au contraire en avant l’inflation, le chômage, les salaires impayés et la baisse du niveau de vie comme les véritables problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien.
Plutôt que de répondre aux appels à l’unité nationale face aux crises extérieures, ils désignent les difficultés politiques et économiques internes comme la véritable cause de leurs souffrances.
Un fossé grandissant entre le régime et la société
Les dernières manifestations semblent révéler un décalage croissant entre les priorités du régime et celles de la population iranienne.
Alors que les autorités continuent de mettre en avant les menaces sécuritaires et les tensions régionales, de nombreux citoyens se préoccupent avant tout de leur survie économique, des libertés publiques et de la nécessité d’une véritable responsabilité politique.
La reprise d’actions coordonnées des travailleurs dans plusieurs provinces montre que le mécontentement social ne s’est pas atténué malgré le renforcement de la répression.
À mesure que les ouvriers, les enseignants, les chauffeurs routiers et d’autres catégories de la population poursuivent leur mobilisation et manifestations, le régime se trouve confronté à un défi qu’il ne peut plus facilement détourner en invoquant la guerre. La persistance de ces manifestations reflète une réalité plus profonde : une part croissante de la société iranienne refuse que les crises extérieures éclipsent les difficultés politiques et économiques internes qui alimentent toujours la contestation.


