Juge de la mort, Saeed Mortazavi – Les exécuteurs des politiques criminelles du régime clérical (Partie 2)

De Kahrizak au barreau : comment les bourreaux sont disculpés et glorifiés dans le système judiciaire iranien
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CSDHI – Dans la première partie, nous avons vu comment Saeed Mortazavi, par la répression de la presse et le meurtre de Zahra Kazemi, est devenu le symbole de la destruction de la liberté d’expression en Iran.

Cette seconde partie suit sa trajectoire à travers la tragédie de Kahrizak, la corruption à grande échelle à l’Organisation de la Sécurité Sociale, pour enfin montrer son retour à la profession juridique — un récit du décrochage de la justice et de l’impunité judiciaire institutionnalisée aux plus hauts niveaux du pouvoir en Iran.

Kahrizak : le centre de détention de la mort et la naissance des crimes systématiques (2009)

À l’été 2009, après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle et le début des manifestations nationales, des dizaines de manifestants furent arrêtés par les forces de sécurité. L’ordre de les transférer au centre de détention de Kahrizak fut donné par Saeed Mortazavi, alors procureur de Téhéran.

Le rapport officiel du Parlement iranien a confirmé que Kahrizak manquait des conditions sanitaires et humaines les plus élémentaires. Les responsables de la prison d’Evin avaient déjà informé la justice que la capacité existait pour héberger ces détenus, mais Saeed Mortazavi insista pour ce transfert illégal.

À Kahrizak, les détenus furent torturés brutalement, battus, violés, affamés et privés de sommeil.
Trois jeunes hommes — Mohsen Ruholamini, Amir Javadifar et Mohammad Kamrani — moururent sous la torture. Leurs familles furent empêchées de tenir des funérailles, et la cause du décès fut initialement déclarée comme une « méningite » — un mensonge ultérieurement réfuté par le rapport officiel du médecin légiste.

En 2010, le rapport officiel du Parlement rendit Saeed Mortazavi directement responsable du transfert illégal des détenus. Malgré les preuves accablantes, il ne reçut que deux ans de prison. Lors de son appel, Mortazavi se défendit en déclarant :

« Ce que j’ai fait était mon devoir religieux et légal. »

Cette phrase résume sa vision judiciaire : commettre des crimes sous le couvert de la religion.

Le Trésor américain et l’Union européenne l’ont ensuite inscrit sur leurs listes de sanctions pour violations des droits humains. Des rapports de l’ONU l’ont identifié comme l’un des principaux responsables de la torture dans les centres de détention.

Pourtant, aucune punition effective n’a jamais été appliquée.

Tués à Kahrizak

Mort à Kahrizak : corruption institutionnelle et pots-de-vin politiques

Après son renvoi de la magistrature, le président Mahmoud Ahmadinejad nomma Saeed Mortazavi à la tête de l’Organisation de la Sécurité Sociale (OSS) en 2011 — une récompense politique pour un exécuteur notoire.
En moins de deux ans, l’organisation devint un fief de corruption financière massive.

Le rapport d’enquête du Parlement iranien de 2013 révéla que Saeed Mortazavi avait :

  • Transféré le contrôle de 138 filiales de Shasta Holding à Babak Zanjani,

  • Distribué millions de tomans en cartes-cadeaux et prêts à des fonctionnaires et députés,

  • Utilisé les fonds des travailleurs et des assurés pour acheter influence et loyauté politique.

En 2016, le tribunal pénal de Téhéran le condamna à 135 coups de fouet pour malversations financières.
Mais en février 2019, la peine fut graciée par le Guide suprême, permettant à Mortazavi de revenir dans la société sans conséquence — un symbole clair de l’impunité structurelle pour les violateurs des droits humains.

Chronologie des violations des droits humains par Saeed Mortazavi

Année Événement clé Détails des violations des droits humains
2000–2003 Chef de la Section 1410 de la Cour des fonctionnaires Fermeture de 120 journaux réformistes ; arrestation et torture de blogueurs et journalistes (dont Omid Memarian et Roozbeh Mir Ebrahimi). Menaces de « accidents » pour intimider les témoins.
2003 Meurtre de Zahra Kazemi Arrestation et interrogatoire de la photojournaliste irano-canadienne ; torture entraînant la mort à la prison d’Evin. Identification de Saeed Mortazavi comme responsable par le Canada et HRW.
2005 Affaire des blogueurs Arrestation de plus de 20 personnes ; torture pour obtenir des aveux forcés ; isolement et menaces envers les familles.
2009 Répression post-électorale et Kahrizak Arrestation de 600+ manifestants et transfert à Kahrizak ; trois détenus tués sous torture et abus sexuels. Rapport parlementaire : responsabilité directe de Mortazavi.
2011–2013 Direction de l’OSS Détournement d’environ 2,5 trillions de tomans ; condamnation à 99 coups de fouet, ensuite graciée par le Guide suprême.
2015 Radiation définitive de la magistrature Interdiction de cinq ans de toute fonction publique.
2017–2019 Prison pour l’affaire Kahrizak Deux ans de prison pour « complicité de meurtre » ; acquitté par la Cour suprême en 2021.
2025 Licence d’avocat Délivrée par le Barreau de Yazd, provoquant la protestation de plus de 9 000 avocats et défenseurs des droits humains.

Le retour de l’exécuteur dans le droit : licence d’avocat à Yazd (2025)

En février 2025, la licence de Grade 1 du Barreau de Yazd fut accordée à Saeed Mortazavi, provoquant une indignation publique. Plus de 9 000 avocats et défenseurs des droits humains signèrent une lettre ouverte dénonçant cette décision comme :

« Une insulte à la justice et une humiliation des victimes. »

Mortazavi répliqua avec défi dans une interview :

« J’ai agi selon la loi de Dieu et la loi du pays, et je suis fier d’être listé parmi les violateurs des droits humains. »

Cette déclaration illustre non seulement son cynisme personnel, mais aussi une réalité systémique où les auteurs de crimes d’État sont sanctifiés pour leurs atrocités.

Le président du Barreau de Yazd justifia la décision :

« Après toutes les enquêtes légales, aucun obstacle n’a été trouvé. »

Cette phrase seule révèle l’effondrement moral du système judiciaire iranien, car la condamnation officielle de Mortazavi dans l’affaire Kahrizak aurait dû légalement l’empêcher d’obtenir toute licence d’avocat.

Bilan final

Saeed Mortazavi incarne l’impunité judiciaire sous le régime du Velayat-e Faqih. De la répression de la presse à l’orchestration de morts en détention, de la corruption financière au retour en tant qu’avocat, il n’a jamais fait face à une véritable responsabilité.

Dans ce système, le crime n’est pas une déviation de la loi, mais une exigence de loyauté envers elle.
Son cas est la preuve vivante de l’effondrement de la justice en Iran : des juges devenus tortionnaires, des procureurs devenus meurtriers, et des avocats devenus défenseurs du mensonge.

Dans le domaine des droits humains, le nom Saeed Mortazavi n’est pas seulement lié à la tragédie de Kahrizak et au meurtre de Zahra Kazemi, mais à un concept durable : l’impunité absolue devant la justice.

Tant que de telles figures circuleront librement au sein de l’appareil judiciaire, la justice en Iran n’est pas une victime, elle est morte.