CSDHI – Un article accablant du quotidien officiel Shargh a mis en lumière une réalité choquante : mourir est devenu un luxe que des millions d’Iraniens pauvres ne peuvent plus se permettre.
« La mort est devenue un luxe » — L’envolée du coût des inhumations à Machhad et Téhéran révèle l’effondrement économique du pays et l’exploitation des morts par le régime.
À Machhad, les prix des tombes atteignent des sommes astronomiques, forçant de nombreuses familles à enterrer leurs proches dans des cimetières de villages — non par choix, mais par pure nécessité économique.
L’article, intitulé « La mort selon les classes sociales » et publié le 2 novembre, décrit comment les coûts d’inhumation dans cette ville sainte — qui abrite le mausolée du huitième imam chiite — ont explosé. Les cimetières administrés par l’Astan Qods Razavi, un gigantesque conglomérat religieux et financier placé directement sous la tutelle du Guide suprême Ali Khamenei, facturent désormais entre 100 millions et 1,2 milliard de tomans pour une seule concession funéraire.
Même le cimetière municipal Behesht Reza, géré par la mairie de Machhad, n’offre aucun répit : les prix varient de 6 millions à 1,8 milliard de tomans, excluant de fait les familles modestes et une large partie de la classe moyenne.
Une réalité cruelle : la pauvreté s’étend jusqu’à la tombe
Selon Shargh, ces « prix vertigineux, combinés à une détresse économique croissante », ont poussé de nombreuses familles à enterrer leurs proches dans les villages alentour, où les coûts sont moindres, voire inexistants. Mais cet afflux massif a saturé les petits cimetières ruraux.
Un habitant confie au journal : « Le flot de gens venus de Machhad pour enterrer leurs défunts chez nous a fini par nous laisser sans place pour nos propres morts. » Un autre témoigne : « Désormais, certains viennent la nuit pour enterrer leurs proches en cachette dans nos cimetières. Nous avons installé des clôtures, mais ils continuent. Nous essayons de les en empêcher, sans succès. »
Ces récits dessinent un tableau sinistre de la vie — et de la mort — en Iran, où le régime a transformé en marchandise chaque aspect de l’existence : santé, logement, éducation, et désormais, le repos éternel.
Une crise qui dépasse Machhad
Le phénomène n’est pas limité à Machhad. Des rapports similaires ont émergé dans tout le pays, alors que la capacité d’inhumation s’effondre sous l’effet conjugué de la corruption, de la mauvaise gestion et de la recherche du profit.
À Téhéran, la situation est devenue critique. En mai 2024, Mehdi Pirhadi, président de la Commission des services urbains du Conseil municipal, a averti que le grand cimetière de Behesht Zahra, le plus vaste de la capitale, arrivait à saturation.
Sans la création rapide d’un nouveau site funéraire, a-t-il prévenu, « il n’y aura plus de place pour les défunts d’ici l’automne ».
Malgré des promesses répétées, le régime n’a entrepris aucune construction, tandis que les prix des parcelles existantes s’envolent.
En 2024, un décret du conseil municipal a porté le prix d’une « tombe réservée » de 3,9 millions de tomans en 2023 à 15 millions en 2024 — une hausse de près de 400 % en un an.
L’avidité sans fin du régime
Derrière ces coûts exorbitants se cache la machine bien rodée de la corruption économique du régime.
Des institutions comme l’Astan Qods Razavi, dotées d’une richesse colossale et exemptées d’impôts, ont transformé les lieux sacrés et publics en sources de profit.
Au lieu de servir les citoyens, elles les exploitent — jusque dans la mort.
Parallèlement, des années d’inflation, de faillite économique et de mauvaise gouvernance ont plongé des millions de familles dans la misère, incapables de se nourrir, de se loger ou de se soigner.
Les mêmes politiques qui ont appauvri les vivants leur refusent désormais la dignité d’une sépulture décente.
La montée de ce que les Iraniens appellent désormais « la mort selon la classe sociale » illustre cruellement la réalité de la République islamique : une corruption qui enrichit l’élite tandis que les citoyens ordinaires ne peuvent même plus se permettre de mourir.
Une nation privée de dignité — dans la vie comme dans la mort
Ce qui était autrefois un devoir religieux ou communautaire est devenu une transaction inabordable, contrôlée par des institutions fidèles au régime.
Les cimetières, jadis lieux de paix et de mémoire, sont devenus les symboles d’une inégalité obscène et d’une cupidité sans limite.
Dans l’Iran d’aujourd’hui, même la tombe a un prix, et à mesure que la corruption s’enracine, la frontière entre les vivants et les morts s’efface — tous pris au piège d’un système qui se nourrit du désespoir.



