Iran : Un pays où dire la vérité est un crime et où la justice est volontairement niée

dire-la-verite-est-un-crime-iran-csdhi

CSDHI – À l’occasion de la Journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes, l’Iran demeure l’un des pays les plus dangereux au monde pour les reporters — un pays où dire la vérité relève du crime et où la justice, par essence, est absente.

Une journée pour mettre fin à l’impunité — mais pas en Iran

Le 2 novembre marque la Journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes, instaurée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2013. Ce jour-là, des institutions comme l’UNESCO, Reporters sans frontières (RSF) ou encore le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) appellent les États à poursuivre les auteurs de violences contre les membres de la presse.

Mais en Iran, l’impunité n’est pas une défaillance du système — c’est le système lui-même. Depuis plus de quatre décennies, les journalistes y subissent emprisonnement, intimidation et parfois la mort, tandis que les responsables bénéficient d’une totale protection de la part du pouvoir.

Quand le journalisme devient un crime

Dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025, RSF classe l’Iran 176e sur 180 pays, une position quasi terminale qui illustre la domination totale du régime des mollahs sur les médias. Selon RSF, « les médias iraniens opèrent sous le contrôle absolu des institutions gouvernementales et sécuritaires », ce qui laisse chaque journaliste exposé à l’arbitraire des arrestations ou des menaces.

Depuis les manifestations nationales de 2022, le CPJ recense au moins 90 journalistes arrêtés. Aucun responsable n’a été poursuivi. Le message est limpide : en Iran, dire la vérité est un crime et équivaut à trahir.

Des lois qui légalisent la répression

La loi sur la presse du régime, adoptée en 1985 puis amendée à plusieurs reprises, permet aux autorités de fermer tout média jugé « contraire aux principes islamiques ou à la sécurité nationale ». Ce langage volontairement vague offre au ministère de la Culture et à son Conseil de surveillance de la presse un pouvoir illimité pour museler toute voix dissidente.

La majorité des journalistes sont jugés par les tribunaux révolutionnaires, dont les juges, nommés par le chef du pouvoir judiciaire, tiennent des audiences à huis clos, sans transparence ni respect des procédures.

Les accusations les plus fréquentes — « propagande contre le système », « atteinte à la sécurité nationale », « collaboration avec des médias hostiles » — servent à criminaliser toute forme de reportage indépendant.
Les prévenus sont souvent privés d’avocat et d’accès à leurs dossiers, rendant tout procès équitable impossible.

Justice refusée, vies brisées

La liste des journalistes persécutés — et parfois tués — est longue, mais jamais la justice ne suit.

En 2003, Zahra Kazemi, photojournaliste irano-canadienne, est arrêtée alors qu’elle photographie des familles de prisonniers politiques devant la prison d’Evine. Dix-huit jours plus tard, elle meurt sous la torture. Le tribunal conclut que son meurtrier est « inconnu ».

En 2022, Baktash Abtin, poète et documentariste, meurt du COVID-19 après que les autorités ont retardé son transfert à l’hôpital. Sa famille a dénoncé la négligence des responsables pénitentiaires, mais le régime a qualifié ces accusations de « politisées ». Aucune enquête indépendante n’a été menée.

Ces affaires illustrent une vérité glaçante : en Iran, les journalistes peuvent être réduits au silence à jamais — et le système veille à ce que leurs histoires s’éteignent sans justice, car dire la vérité est un crime.

Les services de sécurité, bras armé de la peur

La répression des journalistes repose moins sur les tribunaux que sur les forces de sécurité.
Le ministère du renseignement, l’Organisation du renseignement des gardiens de la révolution (les pasdarans) et la police du cyberespace (FATA) agissent comme les véritables exécuteurs du régime.

Ils opèrent souvent en dehors de toute autorité judiciaire — arrêtant des reporters, confisquant leur matériel, les interrogeant pendant des semaines sans avocat. Dans certains cas, les mêmes agents se présentent ensuite au tribunal comme témoins ou plaignants, cumulant les rôles d’interrogateur, d’accusateur et de juge.

Chaque acte de journalisme devient ainsi une confrontation directe avec la machine de contrôle du régime des mollahs.

Quand informer devient une “menace”

Les arrestations de Niloofar Hamedi et Elaheh Mohammadi, journalistes des quotidiens Shargh et Hammihan, ont révélé cette mécanique au monde. Toutes deux ont été arrêtées après avoir couvert la mort de Mahsa Amini en 2022 — un reportage qui a déclenché des protestations nationales, car dire la vérité est un crime, sous le régime des mollahs.

Leurs procès se sont déroulés à huis clos. Les autorités ont refusé de divulguer qui avait ordonné leurs arrestations ou quels éléments de preuve justifiaient leur détention. Aucune institution n’a assumé la responsabilité. Leur seul “crime” : avoir montré ce que le régime voulait cacher.

De la presse écrite à Internet : la répression devient numérique

À mesure que les réseaux sociaux sont devenus un espace essentiel d’information, les autorités iraniennes ont étendu leur contrôle au monde numérique. La police du cyberespace surveille désormais les publications en ligne, convoquant et harcelant journalistes et gestionnaires de médias pour des propos jugés critiques.

Les forces de sécurité utilisent de nouvelles méthodes : piratage de comptes, menaces contre les familles, diffusion d’informations personnelles — autant de moyens pour réduire les reporters au silence.

Depuis 2009, le régime a mis en place un vaste système de surveillance et de filtrage d’Internet. Les médias indépendants sont bloqués et accessibles uniquement via VPN. Lors des manifestations, les autorités coupent l’accès au réseau afin d’effacer les preuves numériques de leur propre répression.

Aucun recours à la justice

À l’intérieur du pays, aucun mécanisme indépendant n’existe pour enquêter sur les plaintes des journalistes victimes d’abus. Le Conseil suprême de sécurité nationale, qui oriente la politique des médias, est lui-même l’un des principaux organes de censure.

Les instances parlementaires de contrôle, comme la Commission de l’article 90 ou l’Organisation nationale d’inspection, n’ont jamais ouvert la moindre enquête.

À l’international, les Rapporteurs spéciaux de l’ONU sur les droits humains en Iran — dont Javaid Rehman et ses successeurs — ont à plusieurs reprises demandé la création d’enquêtes indépendantes.

Téhéran a rejeté chacune de ces requêtes.

Réduire au silence une génération de chercheurs de vérité

Cette impunité systémique a poussé des centaines de journalistes à l’exil et contraint beaucoup d’autres à abandonner leur métier. Les médias indépendants ont été vidés de leur substance, et l’accès à une information fiable en Iran devient de plus en plus rare.

Chaque journaliste réduit au silence représente non seulement une tragédie individuelle, mais une perte collective du droit de savoir.

En criminalisant le journalisme, le régime iranien a transformé la quête de vérité en acte de résistance — et ceux qui continuent à informer, en symboles vivants du courage et de la liberté.