CSDHI – Malgré les annonces officielles de nouvelles embauches, l’Iran fait face à une crise du système éducatif et un fossé grandissant en matière d’enseignants, d’infrastructures et de financement éducatif — mettant en péril le capital humain du pays.
Un système scolaire réduit à des bâtiments sans éducation
Selon Bahar News, la crise du système éducatif iranien n’est plus une menace imminente : c’est un effondrement en cours. La nouvelle année scolaire a déjà atteint son milieu et, dans un lycée public du sud-est de Téhéran, les cours de mathématiques restent sans professeur. Chaque matin, le directeur adjoint arpente la cour dans l’espoir de trouver « n’importe qui » pour simplement entrer en classe.
Cette scène n’a rien d’exceptionnel. C’est la nouvelle norme.
Le Centre de recherche du Parlement a officiellement estimé que pour l’année scolaire 1403–1404, l’Iran ferait face à une pénurie de 176 000 enseignants — même dans le scénario le plus optimiste incluant le rappel de retraités et le recours massif à des professeurs vacataires.
Parallèlement, quelques 72 000 enseignants ont pris leur retraite à Mehr 1403 (septembre 2024). L’année précédente, le ministère de l’Éducation avait déjà signalé une pénurie de 179 000 enseignants, partiellement comblée par des embauches d’urgence — au prix d’une surpopulation sévère des classes.
Une grave pénurie de salles de classe : des écoles sans espace
Au-delà du manque d’enseignants, une crise structurelle d’infrastructures pèse sur les écoles iraniennes. Selon l’Organisation de rénovation des écoles, le pays souffre d’un déficit accumulé de 102 000 salles de classe. Avec 13,5 millions d’élèves et plus de 534 000 salles en activité, les capacités sont dépassées depuis longtemps.
Cela signifie davantage d’écoles à double vacation, plus de cours annulés et moins de temps d’apprentissage pour des millions d’enfants.
Une crise qui couve depuis des décennies
La pénurie d’enseignants ne résulte ni d’une seule année ni d’un gouvernement particulier. Elle découle d’un échec démographique et politique de long terme — ce que les experts appellent un « effet de ciseaux inversé ».
D’un côté, l’Iran connaît une vague massive de départs à la retraite. De l’autre, les universités de formation des enseignants — Farhangian et Shahid Rajaee — ne peuvent diplômés qu’environ 20 000 professeurs par an, très en-deçà des besoins nécessaires pour maintenir les effectifs.
L’écart se creuse chaque année.
Les embauches ont commencé à décliner au milieu des années 1990 et se sont aggravées dans les années 2010, jusqu’à devenir une crise nationale. Malgré les plans gouvernementaux annoncés ces dernières années, aucun n’a réussi à réduire sérieusement la pénurie. Les provinces de Téhéran, d’Alborz, du Khouzistan et du Sistan-Baloutchistan restent les plus touchées.
Des enseignants vivant sous le seuil de pauvreté
Les conditions de vie des enseignants sont devenues un « nœud inextricable ». Même après des hausses salariales formelles, le salaire mensuel moyen reste autour de 15 à 20 millions de tomans, bien en dessous du seuil de pauvreté urbain. L’expression « une éducation sous le seuil de pauvreté des enseignants » est désormais monnaie courante.
Avec des salaires stagnants et une inflation croissante, de plus en plus d’enseignants demandent une retraite anticipée ou quittent les écoles publiques pour le secteur privé, où les conditions — encore difficiles — offrent parfois une rémunération légèrement meilleure.
Une défaillance de gouvernance, pas seulement un manque de personnel
Alors que le gouvernement présente la situation comme une pénurie temporaire, la crise du système éducatif iranien prend racine dans une gestion défaillante et un budget insuffisant. Même les annonces d’embauche les plus ambitieuses de 2024 — 72 000 nouvelles recrues plus 20 000 diplômés universitaires — n’ont fait qu’entamer modestement la pénurie. Le système perd des enseignants expérimentés plus vite qu’il ne peut les remplacer.
Dans cet environnement en déclin, des millions d’élèves — en particulier dans les écoles publiques — subissent les conséquences d’un système incapable de garantir les standards éducatifs les plus basiques.
Une menace pour le capital humain, aux conséquences durables
La crise du système éducatif iranien n’est pas seulement un problème administratif. C’est une menace directe pour le capital humain du pays, sa stabilité sociale et son développement à long terme. Des écoles sans professeurs, sans salles adaptées et sans budget durable ne peuvent préparer la prochaine génération à aucun avenir viable.
L’avertissement de Bahar News est sans équivoque : lorsqu’une école se réduit à un simple bâtiment, c’est toute la société qui finit par en payer le prix.



