Violations des droits humains en Iran sous la direction d’Ali Khamenei (1989–2026) – Partie 3

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CSDHI – Économie sécuritaire, politique régionale et responsabilité de commandement au sein de la structure de gouvernance (1989–2026)

1. La sécurité avant le bien-être : le cadre de la « préservation du régime »

Au cours des trois dernières décennies, le discours officiel de l’État iranien d’Ali Khamenei  a régulièrement mis en avant la primauté de la « préservation du régime » sur toute autre considération. Ali Khamenei a ainsi présenté la sécurité et la survie de la structure politique comme la « plus haute des obligations », soulignant la nécessité de résister aux « ennemis étrangers » et d’empêcher toute « infiltration ». Ce cadre conceptuel a servi de fondement à de nombreuses décisions majeures dans les domaines sécuritaire, judiciaire et économique.

Parallèlement, les indicateurs économiques de l’Iran ont, à différentes périodes, révélé une inflation durable à deux chiffres, une dépréciation de la monnaie, une hausse de la pauvreté et du chômage. Bien que l’évaluation précise de ces tendances nécessite une analyse fondée sur des sources détaillées, les données officielles nationales ainsi que les rapports internationaux indiquent que la pression économique sur les ménages s’est accentuée dans les dernières années de cette période.

Dans ce contexte, une question centrale se pose : quelle relation existe entre les politiques sécuritaires et militaires et la dégradation des conditions socio-économiques vécues par une large partie de la population ?

2. « Économie de résistance » et priorités budgétaires

Au début des années 2010, Ali Khamenei a officiellement promu le concept d’« économie de résistance » comme cadre de la politique économique nationale. Cette approche visait à renforcer la résilience face aux sanctions internationales et à privilégier les capacités internes du pays.

Dans le même temps, les budgets alloués aux institutions militaires et sécuritaires ont soit augmenté, soit été protégés de réductions significatives, contrairement à certains secteurs sociaux.

L’analyse des budgets annuels indique que le Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans) et les entités qui lui sont liées ont maintenu une présence substantielle non seulement dans les affaires militaires, mais également dans de vastes secteurs économiques tels que l’énergie, les infrastructures et les télécommunications. Ce chevauchement entre autorité sécuritaire et influence économique a contribué à brouiller la frontière entre la prise de décision militaire et l’allocation des ressources publiques.

Dans ses discours officiels, Khamenei a par ailleurs insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de renforcer les capacités défensives et balistiques du pays, présentées comme des garanties de sécurité nationale — une priorité maintenue malgré les difficultés économiques internes.

3. Le CGRI : pilier sécuritaire et acteur économique majeur

Sous la direction d’Ali Khamenei, les pasdarans se sont progressivement transformés, passant d’une force militaire à un acteur supra-gouvernemental.

Outre son rôle sécuritaire dans la gestion et la répression des protestations, les pasdarans se sont étendus à de grands projets économiques et ont acquis un accès à d’importants réseaux financiers. Parallèlement, l’Organisation du renseignement des pasdarans a opéré aux côtés du ministère du Renseignement, élargissant la portée de la surveillance et du contrôle sécuritaire interne.

Lors des soulèvements nationaux de 2009, 2019, 2022 et 2025–2026, de nombreux rapports ont documenté l’implication des forces des pasdarans et des milices Bassidj dans des opérations de répression.

Cette concentration du pouvoir militaire, sécuritaire et économique constitue l’une des caractéristiques majeures de la période de leadership de Khamenei.

4. Politique régionale et concept de « profondeur stratégique »

En politique étrangère, le concept de « profondeur stratégique » et le soutien à ce qui est souvent désigné comme « l’axe de la résistance » ont occupé une place centrale dans les positions officielles exprimées par Ali Khamenei.

Le soutien politique, financier et militaire à des acteurs armés dans la région a été présenté comme un élément de cette doctrine. Dans de nombreux discours, l’engagement régional a été décrit non pas comme une charge, mais comme « un investissement en matière de sécurité ».

Dans le même temps, cette politique s’est accompagnée de sanctions internationales étendues et de tensions diplomatiques, lesquelles ont eu des répercussions économiques directes sur le pays.

Le lien entre politique régionale, sanctions et pression économique interne est apparu de manière explicite dans les mouvements de protestation récents, où des manifestants ont mis en cause la priorité accordée aux dépenses extérieures au détriment des besoins domestiques.

5. Le programme nucléaire et ses conséquences

Le programme nucléaire iranien sous la direction de Khamenei est devenu l’un des aspects les plus controversés de la politique étrangère du pays. Dans ses déclarations officielles, il a nié toute intention de développer des armes nucléaires tout en affirmant le droit de l’Iran à maîtriser la technologie nucléaire et à renforcer ses capacités défensives.

À différentes périodes, les avancées du programme nucléaire ont été accompagnées soit d’un renforcement, soit d’un allègement partiel des sanctions. La réimposition de sanctions étendues — notamment après le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire en 2018 — a exercé une pression économique considérable sur le pays.

D’un point de vue institutionnel, les décisions stratégiques dans les domaines nucléaire et militaire relèvent, directement ou indirectement, de la responsabilité du Guide, en raison de sa position d’autorité suprême dans l’élaboration des politiques stratégiques.

6. Le lien entre la rhétorique des menaces extérieures et la répression intérieure

Un schéma observable au cours des trois dernières décennies réside dans la concomitance entre la montée des tensions extérieures et le renforcement du contrôle interne.

À des moments critiques, la rhétorique officielle évoquant des « complots ennemis », une « guerre hybride » ou des « infiltrations » a coïncidé avec une intensification des restrictions médiatiques, des arrestations d’activistes et des opérations de répression sécuritaire.

Lors des protestations de 2019, 2022 et 2025–2026, les manifestants ont été officiellement présentés comme agissant sous l’influence de « mains étrangères ». Cette grille d’analyse a servi à justifier des mesures coercitives au nom de la défense nationale.

Ce lien entre confrontation extérieure et gouvernance sécuritaire interne a contribué à un rétrécissement durable de l’espace civique.

7. La responsabilité de commandement en droit international

Selon la doctrine de la responsabilité de commandement en droit international, un responsable supérieur peut être tenu pour responsable lorsque :

  • il exerce un contrôle effectif sur des forces subordonnées ;

  • il sait ou aurait dû savoir que des violations graves sont commises ;

  • il n’a pas pris les mesures nécessaires pour les prévenir ou sanctionner leurs auteurs.

Dans une structure où le Guide suprême est commandant en chef, nomme les chefs du pouvoir judiciaire et des principales institutions sécuritaires, et soutient publiquement des réponses fermes lors des périodes de protestation, la question de la responsabilité de commandement se pose avec une acuité particulière.

Les rapports répétés d’organismes internationaux concernant l’usage de la force létale contre des manifestants, les exécutions massives, la torture ou encore le refus de soins médicaux renforcent l’attention portée à la connaissance et à la prise de décision au plus haut niveau de l’État.

Synthèse finale du rapport

L’examen de trois décennies de leadership d’Ali Khamenei met en évidence :

  • une concentration exceptionnelle du pouvoir au sommet de l’État ;

  • un recours récurrent aux instruments sécuritaires face aux protestations populaires ;

  • des taux persistants d’exécutions capitales ;

  • des rapports continus faisant état de torture et de traitements inhumains ;

  • l’imbrication entre politiques sécuritaires régionales et pressions économiques internes.

Ces éléments se sont inscrits dans une structure de pouvoir centralisée, caractérisée par des mécanismes limités de contrôle indépendant.

Le présent rapport propose une synthèse analytique condensée d’une partie de ce bilan. L’ampleur des événements, le nombre de victimes et la complexité des décisions politiques et sécuritaires prises durant cette période nécessitent toutefois des investigations approfondies et indépendantes.

Ce qui ressort néanmoins avec netteté est la persistance d’un modèle de gouvernance dans lequel des décisions sécuritaires et judiciaires majeures, prises en l’absence de contrôle indépendant, ont profondément affecté les droits à la vie, à la liberté et à la dignité humaine des citoyens.