Onzième jour de guerre en Iran : un Téhéran anxieux, des prisons sous pression et une ville que les enseignants disent « sans défense »

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CSDHI – Alors nous entrons dans le onzième jour de guerre en Iran, des rapports sur les droits humains signalent une dégradation des conditions dans les prisons iraniennes et un climat de peur croissant dans les grandes villes, tandis que les syndicats d’enseignants décrivent Téhéran comme une « ville sans défense » à l’ombre du conflit.

À mesure que la guerre atteint son onzième jour de guerre, les informations en provenance d’Iran dressent le portrait d’une société soumise à une pression croissante. Des organisations de défense des droits humains alertent sur la dégradation rapide des conditions dans plusieurs prisons, marquées par des pénuries alimentaires et une surpopulation accrue. Parallèlement, des organisations civiles affirment que la vie quotidienne à Téhéran a été profondément bouleversée par les mesures de sécurité, les tensions économiques et l’impact psychologique de la guerre.

Des conditions carcérales de plus en plus alarmantes

Les organisations de défense des droits humains indiquent que les conditions de détention dans plusieurs prisons iraniennes se sont fortement détériorées depuis le début du conflit.

Les préoccupations portent notamment sur les pénuries de nourriture, la surpopulation carcérale, l’usage de la force contre les détenus ainsi que les dommages subis par certaines infrastructures pénitentiaires. Selon ces organisations, la situation illustre la vulnérabilité particulière des détenus en période d’escalade militaire.

Prison de Fashafouyeh : un dépôt alimentaire détruit, des pénuries signalées

À la prison de Fashafouyeh — également connue sous le nom de pénitencier du Grand Téhéran — des informations indiquent qu’un entrepôt de stockage de nourriture situé dans l’enceinte de la prison a été endommagé lors de bombardements dans les environs.

En conséquence, les détenus seraient confrontés à de graves pénuries de nourriture, de médicaments et de produits essentiels. Selon des rapports d’organisations de défense des droits humains, certains prisonniers ne recevraient qu’un seul repas par jour, tandis que la boutique interne de la prison — source essentielle d’approvisionnement pour les produits de première nécessité — aurait cessé de fonctionner.

Des transferts depuis la prison d’Evin aggravent la surpopulation

Des sources liées aux droits humains indiquent qu’environ 50 prisonniers ont été transférés de la prison d’Evin vers Fashafouyeh ces derniers jours.

Les détenus seraient actuellement confinés dans une pièce prévue pour une vingtaine de personnes, obligeant nombre d’entre eux à dormir à même le sol dans des conditions sanitaires précaires.

Parmi les prisonniers transférés figureraient des détenus politiques, des prisonniers de droit commun, des personnes âgées, des malades et même des mineurs de moins de 18 ans, qui seraient détenus ensemble sans séparation appropriée.

Prison de Ghezel Hesar : cellules verrouillées pendant les frappes aériennes

À la prison de Ghezel Hesar, située à Karaj, les restrictions sécuritaires se sont intensifiées depuis le début de la guerre.

Selon plusieurs rapports, les autorités pénitentiaires verrouillent les blocs de cellules et les cours pendant de longues périodes lors des frappes aériennes, empêchant les détenus de quitter leurs quartiers ou de rejoindre des zones potentiellement plus sûres.

Des organisations de défense des droits humains indiquent également que de nombreuses unités de police spéciale, connues sous le nom de NOPO, ont été déployées à l’intérieur et autour du complexe pénitentiaire.

Prison de Mahabad : une protestation réprimée au gaz lacrymogène

Les tensions se sont également accrues à la prison de Mahabad après le bombardement d’une installation militaire située à proximité.

Lorsque les autorités pénitentiaires ont maintenu les portes des cellules verrouillées malgré les explosions dans les environs, des détenus auraient protesté en mettant le feu à des couvertures.

Selon des sources liées aux droits humains, les forces de sécurité ont réagi en tirant du gaz lacrymogène à l’intérieur des quartiers de détention.

Des prisonniers transférés à Miandoab

À la suite de ces troubles à Mahabad, environ 120 détenus ont été transférés vers la prison de Miandoab.

Des organisations de défense des droits humains indiquent qu’ils seraient désormais confinés dans deux salles de quarantaine surpeuplées, suscitant des inquiétudes concernant les risques sanitaires et la détérioration des conditions de détention.

Des dégâts signalés à la prison de Fardis (Kachouii)

Des informations font également état de dommages subis par la prison de Fardis, également appelée prison de Kachouii, à Karaj, où une partie du mur extérieur aurait été endommagée par un bombardement à proximité.

À la suite de cet incident, des familles de détenus se seraient rassemblées devant la prison afin d’obtenir des informations sur la sécurité de leurs proches.

Les enseignants décrivent un « Téhéran sans défense »

Parallèlement à ces rapports sur les prisons, le Conseil de coordination des associations syndicales d’enseignants d’Iran a publié un communiqué décrivant la situation générale des civils dans la capitale.

Selon cette organisation, Téhéran traverse actuellement une période marquée par la peur, les difficultés économiques et une présence sécuritaire massive.

« Depuis dix jours, Téhéran — cette ville autrefois toujours éveillée — est tombée dans un silence inquiétant. Les rues sont plus vides que d’habitude et les rideaux de nombreux commerces restent baissés. »

Le communiqué décrit également une capitale transformée en ville hautement sécurisée.

« Aux grandes places et aux principaux carrefours, on peut voir des véhicules blindés et des mitrailleuses montées. De nombreux points de contrôle ont projeté une ombre de peur sur la ville. »

La guerre accentue la pression économique

Le conseil des enseignants a également souligné la pression économique croissante qui pèse sur de nombreuses familles à mesure que le conflit se prolonge.

Selon le communiqué, les prix des produits alimentaires de base ont fortement augmenté dès les premiers jours de la guerre.

« En seulement dix jours, le prix de denrées simples comme les œufs et les pommes de terre a doublé, voire triplé. »

L’organisation fait également état de longues files d’attente dans les stations-service et devant les boulangeries durant les premiers jours du conflit, compliquant encore davantage la vie quotidienne des habitants.

Des nuits d’angoisse pour les familles

L’impact psychologique de la guerre devient de plus en plus visible, en particulier chez les enfants.

Dans son communiqué, le conseil des enseignants décrit comment les explosions et les informations continues sur les victimes ont profondément perturbé la vie quotidienne dans la capitale.

« Les attaques continues et les nouvelles de victimes civiles ont privé la ville de sommeil et de tranquillité. Les enfants tremblent à chaque bruit soudain et cherchent refuge dans les bras de leurs parents. »

Une société confrontée à de multiples pressions

Les informations en provenance d’Iran au onzième jour de la guerre dressent le portrait d’un pays confronté simultanément à plusieurs crises : la dégradation des conditions carcérales, un renforcement massif de la sécurité dans les villes et une aggravation des difficultés économiques pour les civils.

Pris ensemble, ces développements esquissent l’image d’une société qui tente de faire face aux conséquences immédiates de la guerre, tout en étant plongée dans une profonde incertitude quant aux semaines à venir.