Les prisonniers politiques en Iran sont en première ligne

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CSDHI – Des milliers de prisonniers politiques et détenus sont en danger à cause des frappes américaines et israéliennes, ainsi que de la vengeance de Téhéran.

Vida Mehrannia a parlé pour la dernière fois à son mari, Ahmadreza Djalali, le 3 mars, lorsqu’il l’a appelée depuis l’intérieur de la tristement célèbre prison d’Evine, alors que des bombes tombaient sur Téhéran.

« La connexion était très mauvaise et coupait sans cesse, mais il m’a rappelée, et nous avons parlé peut-être deux minutes », a-t-elle confié.

C’était la première fois qu’ils pouvaient se parler depuis que les États-Unis et Israël ont lancé des attaques contre l’Iran le 28 février.

Djalali, scientifique irano-suédois, a été arrêté par le régime en 2016 lors d’une visite dans une université iranienne pour un atelier académique. Il a ensuite été condamné pour espionnage et condamné à mort, une accusation contestée par des enquêtes internationales. Sa famille demande sa libération depuis près de dix ans. Aujourd’hui, il n’est qu’un des milliers de prisonniers politiques en danger en Iran, à la fois à cause des frappes aériennes et d’un régime iranien en quête de vengeance.

« Il m’a dit qu’ils entendaient les explosions tout près, mais que les portes de leurs quartiers sont verrouillées, donc ils ne peuvent aller nulle part en cas d’incendie ou de bombardement », a ajouté Mehrannia.

Une population carcérale en explosion

La population carcérale iranienne a fortement augmenté depuis janvier, après une répression massive des manifestations, qui a vu des milliers de civils tués dans les rues et des dizaines de milliers arrêtés.

La coupure numérique rend difficile l’obtention d’informations fiables, mais selon les propres déclarations des pasdarans :

  • au moins 11 000 personnes ont été convoquées

  • plus de 10 000 dossiers judiciaires ouverts

  • 8 843 actes d’accusation émis au 17 février

Cependant, les organisations de défense des droits humains estiment que jusqu’à 50 000 personnes pourraient avoir été arrêtées, y compris des mineurs.

Isolement total et inquiétude des familles

Depuis le début des frappes, le régime a coupé Internet et limité les communications.

Les familles à l’étranger sont plongées dans l’angoisse, incapables de savoir si leurs proches sont en sécurité face à l’intensification des bombardements.

Une prison au passé lourd

La prison d’Evine, décrite comme une « petite ville en cage », est connue pour :

  • les abus contre les détenus

  • la torture

  • les détentions de journalistes, opposants et manifestants

Située au nord de Téhéran, elle abriterait entre 1 500 et 2 000 prisonniers, selon Iran HRM.

Elle est parfois surnommée « l’université d’Evine » en raison du nombre d’universitaires emprisonnés.

Conditions de détention en forte dégradation

Les témoignages récents indiquent une détérioration dramatique :

  • absence de nourriture régulière

  • surpopulation

  • conditions sanitaires dégradées

  • accès aux soins limité

« Samedi 28 février, aucune nourriture n’a été distribuée dans le quartier des femmes. Elles n’ont reçu qu’une petite quantité de pain », explique Maryam Fakhar (Iran HRM).

Selon Amnesty International :

  • les cartes électroniques pour acheter nourriture et eau ne fonctionnent plus

  • les soins médicaux sont refusés ou retardés

  • les appels et visites sont restreints

Abandon du personnel et pénuries

Djalali a rapporté que :

  • de nombreux gardiens ont quitté leurs postes

  • les prisonniers ne reçoivent plus de nourriture ni de fournitures

« Il garde du vieux pain pour survivre », raconte sa femme.

Les magasins internes sont fermés depuis le début des bombardements.

Dommages liés aux frappes

Même si les prisons ne semblent pas directement ciblées :

  • certaines installations ont été endommagées

  • une partie du mur d’Evin a été détruite lors d’une frappe le 3 mars

Situation critique dans d’autres prisons

Prison de Qarchak

  • conditions déjà très mauvaises

  • pénurie d’eau potable

  • absence de personnel médical

Prisons de Chabahar et Konarak

  • personnel largement absent

  • gestion quotidienne incertaine

Transferts et disparitions

Certains détenus ont été :

  • transférés vers des lieux inconnus

  • déplacés depuis des zones de haute sécurité comme la section 209 d’Evine

À prison de Dastgerd, plusieurs prisonniers politiques, dont Heshmatollah Tabarzadi, ont été déplacés sans information.

Journalistes et personnel médical ciblés

Selon le Committee to Protect Journalists :

  • au moins 15 journalistes sont emprisonnés

Par ailleurs :

  • environ 100 professionnels de santé ont été arrêtés

  • beaucoup sont accusés sans preuve

  • leurs familles ignorent souvent leur lieu de détention

  • Risques de torture et d’exécutions

Des rapports évoquent :

  • transferts vers des sous-sols pour torture

  • exécutions massives (353 entre janvier et février selon l’opposition)

Les militants craignent une répétition des massacres de massacres de prisonniers politiques iraniens de 1988.

Alerte des organisations internationales

Amnesty International souligne que :

les autorités iraniennes utilisent les conflits armés comme prétexte pour intensifier la torture et les exécutions arbitraires.

Les experts de l’ONU avertissent également :

  • risque élevé de torture

  • disparitions forcées

  • accélération des condamnations à mort

Témoignage final

« C’est pour cela qu’il faut dire leurs noms. Sinon, ils deviennent personne, et il est plus facile de les tuer », explique Homa Fathi.

Mehrannia, après dix ans de lutte pour la libération de son mari, conclut :

« Cela fait 10 longues années… Mon mari purge une peine alors qu’il est innocent. Et maintenant, il est sous les bombes. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas acceptable. »

Conclusion

Les familles et les défenseurs des droits humains demandent :

  • la libération immédiate des prisonniers politiques

  • le respect des obligations légales en temps de guerre

Selon Iran HRM, ne pas protéger les détenus constitue :

➡️ un crime contre l’humanité