Les prisonnières politiques en Iran : le haut mur de la répression et de la résistance

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CSDHI – Intensification de la répression systématique contre les prisonnières politiques

La situation des femmes prisonnières politiques en Iran a atteint un nouveau seuil critique ces derniers mois, parallèlement aux évolutions sécuritaires de 2026 (1404-1405 du calendrier iranien). Les rapports provenant de différentes prisons du pays indiquent que le pouvoir judiciaire, en collaboration avec les agences de sécurité, a adopté une stratégie brutale pour réprimer les prisonnières politiques. Cette stratégie va de la multiplication de dossiers judiciaires « parallèles » pendant l’incarcération à la privation aiguë de soins médicaux, en passant par la révocation de la citoyenneté et la torture en cellule d’isolement. Ce rapport examine les cas de six femmes qui se dressent aujourd’hui face à cette machine répressive.

Les prisonnières politiques, Forough Taghipour et Varisheh Moradi : l’ingénierie des peines prolongées à Evine

Dans les prisons iraniennes, « l’ingénierie des peines prolongées » est utilisée afin d’empêcher la libération des prisonnières politiques. Forough Taghipour, diplômée en comptabilité, constitue un exemple emblématique de prisonnière politique victime de l’influence des interrogateurs sur les juges. Bien que sa condamnation initiale à 15 ans de prison (pour des accusations de Baghi) ait été précédemment réduite à 5 ans, elle a récemment fait l’objet d’une nouvelle procédure et a été condamnée à une année supplémentaire de prison pour avoir publié une déclaration à l’occasion de la « Journée des étudiants ». Cette sentence lui a été notifiée à l’intérieur même de la prison par le juge Sharifi-Nasab.

Parallèlement, Taghipour a subi des sanctions disciplinaires. Selon les rapports, le 17 février, elle a été informée d’une interdiction d’un mois de téléphone et de visites pour avoir prétendument « publié de faux contenus ». Cette « punition disciplinaire » a été appliquée le 21 février dans le but de briser le moral de la détenue et de la contraindre au silence.

Dans le même temps, la prisonnière politique Varisheh Moradi fait face à une nouvelle série de poursuites et de condamnations supplémentaires. Elle a été condamnée à deux peines additionnelles de six mois pour avoir participé à une déclaration marquant l’anniversaire des manifestations de 2022 et pour avoir protesté contre l’exécution du prisonnier politique Reza Rasaei le 6 août 2024. Bien que sa condamnation initiale à mort (prononcée par le juge Salavati) ait été annulée par la Cour suprême, le pouvoir judiciaire cherche à la maintenir dans une situation d’incertitude permanente à travers ces condamnations supplémentaires « au compte-gouttes ». Ces pratiques démontrent l’influence directe des interrogateurs des services de sécurité sur les décisions judiciaires, avec pour objectif de maintenir les prisonnières politiques isolées de l’évolution de la société iranienne.

Mahshar Parandin : le meurtre silencieux par privation de soins

L’une des dimensions les plus effroyables des violations des droits humains commises contre les prisonnières politiques est le refus délibéré de soins médicaux. Mahshar (Mohtaram) Parandin, chrétienne convertie détenue à Evin, souffre d’une grave maladie cardiaque ainsi que de deux tumeurs — l’une près du cervelet, l’autre dans la gorge. La tumeur cérébelleuse a provoqué d’importants troubles de l’équilibre, de la motricité et de la parole (notamment de longues pauses lorsqu’elle s’exprime).

Faute de prise en charge médicale, les tumeurs ont grossi et l’enflure au niveau de sa gorge est désormais nettement visible. Malgré l’aggravation de son état, toute permission médicale lui a été refusée et le procureur a rejeté sa demande de libération conditionnelle à des fins de traitement. Cette approche relevant d’une « exécution silencieuse » la place dans un danger de mort imminent.

Zahra Mousavi : révocation de citoyenneté et apartheid judiciaire à Mashhad

Le cas de Zahra Mousavi, manifestante de 21 ans arrêtée lors des protestations de janvier 2026 et détenue à la prison de Vakilabad à Mashhad, révèle une nouvelle dimension de la répression. Elle a été condamnée par le tribunal révolutionnaire de Mashhad à un total de 10 ans et 6 mois de prison. En vertu de la loi sur le cumul des peines, 4 années sont exécutoires, tandis que le reste de la peine est suspendu. Les accusations retenues contre elle incluent « formation d’un groupe », « fabrication et entraînement à l’utilisation d’engins incendiaires (cocktails Molotov) » ainsi que « incitation d’individus à troubler la sécurité nationale ».

Élément particulièrement significatif : bien qu’elle soit née en Iran et qu’elle ait assuré la subsistance principale de sa famille en travaillant comme caissière dans un restaurant à Fariman, les autorités iraniennes lui ont retiré sa carte d’identité.

Shakila Ghasemi et Anisa Fanaeian : double pression sur les minorités religieuses

Shakila Ghasemi, citoyenne bahaïe de 26 ans à Kerman, subit une pression psychologique extrême. Elle a enduré 47 jours d’interrogatoire dans un centre de détention des renseignements des Gardiens de la révolution, suivis d’un placement à l’isolement dans la prison de Kerman, avec une coupure totale de contact avec sa famille. Après plus de 100 jours d’incertitude et d’isolement, elle a souffert de graves crises nerveuses et reçoit actuellement des soins à l’infirmerie de la prison ; cependant, les autorités continuent de lui refuser toute libération sous caution.

À Semnan, Anisa Fanaeian est confrontée à un « terrorisme économique » en plus de son emprisonnement pour ses convictions religieuses. Outre une condamnation à huit ans de prison, elle risque la confiscation des biens de sa famille — un exemple manifeste de pillage des biens de citoyens en raison de leurs croyances.

Violations du droit international et nécessité d’une mobilisation mondiale

Les cas de ces sept prisonnières politiques ne représentent qu’un aperçu de la situation généralisée à travers l’Iran. Ces pratiques constituent une violation manifeste des traités internationaux suivants :

  • Violation du droit à la vie et à la santé (Articles 6 et 7 du PIDCP) : la privation de soins médicaux infligée à Mahshar Parandin ainsi que la torture psychologique subie par Shakila Ghasemi constituent des violations directes de l’interdiction des traitements cruels et inhumains. Selon les « Règles Mandela » (Règle 24), l’État est responsable de la prise en charge sanitaire des détenus.
  • Violation du droit à un procès équitable (Article 14 du PIDCP) : la multiplication des dossiers judiciaires en prison contre Forough Taghipour et Varisheh Moradi, sans accès à une défense indépendante, a transformé la justice en instrument de représailles.
  • Violation de la liberté d’expression (Article 19 de la DUDH) : condamner Motahareh Goune-ie et Forough Taghipour pour des activités syndicales et des déclarations politiques constitue une atteinte fondamentale à la liberté d’expression.
  • Violation de la Convention contre les disparitions forcées : le recours prolongé à l’isolement et la coupure des contacts familiaux (comme dans les cas de Shakila Ghasemi et Zahra Mousavi) sont utilisés comme outils destinés à provoquer un « choc paralysant » au sein de la société.

Dans de nombreuses affaires politiques, le système judiciaire iranien est dépourvu d’indépendance et fonctionne sous l’influence des Gardiens de la révolution et du ministère du Renseignement. Les interrogateurs dictent les décisions principales, tandis que les juges ne font qu’exécuter les exigences des agences de renseignement.

La communauté internationale et les organisations de défense des droits humains doivent dépasser le stade des simples déclarations verbales et accroître la pression diplomatique exercée sur les responsables judiciaires. L’inaction face à ces crimes équivaut à donner un feu vert à la machine répressive visant les femmes prisonnières politiques en Iran.