CSDHI – À l’occasion de la Journée internationale d’action pour la santé des femmes, observée chaque année le 28 mai, ce rapport met en lumière une dimension moins visible des violations des droits des femmes iraniennes : des femmes dont la santé et l’accès aux soins médicaux sont devenus des instruments de répression et de punition.
Ces dernières années, de nombreux rapports provenant de la prison d’Evin, de la prison de Qarchak à Varamin, de la prison de Lakan à Rasht, de la prison de Vakilabad à Mashhad et d’autres centres de détention ont révélé un schéma systématique de négligence médicale, de transferts hospitaliers retardés, de pressions psychologiques, d’arrestations répétées et d’intimidation des familles de prisonniers visant les femmes détenues, les manifestantes et les militantes civiles.
Pour de nombreuses prisonnières en Iran, le corps lui-même est devenu un lieu de punition.
Quand la santé devient un outil de répression
Marzieh Farsi, prisonnière politique de 58 ans, est l’un de ces cas. Réarrêtée en 2023 sous l’accusation de « baghi » (rébellion armée) et de liens présumés avec l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, elle souffre d’un cancer avancé des poumons et d’une grave maladie cardiaque.
Selon les rapports, ses médicaments spécialisés lui ont été retirés à plusieurs reprises et ses transferts médicaux annulés. Elle a également été détenue pendant un certain temps dans des quartiers de prison humides et insalubres, des conditions qui ont considérablement aggravé son état physique.
Forough Taghipour, une autre prisonnière politique, souffre de graves maladies gastro-intestinales et physiques. Dans son cas également, les soins médicaux seraient devenus un mécanisme de coercition. Selon les rapports, les autorités pénitentiaires ont annulé à plusieurs reprises ses transferts vers l’hôpital parce qu’elle refusait de porter l’uniforme pénitentiaire ou d’être transférée menottée et entravée. En pratique, son droit aux soins médicaux est devenu conditionné à l’acceptation de l’humiliation et à une conformité totale aux restrictions sécuritaires.
Shiva Esmaili, prisonnière politique détenue dans le quartier des femmes de la prison d’Evin, représente un autre exemple de détenue dont la maladie non traitée a évolué vers un grave handicap physique. Précédemment transférée à la prison de Qarchak, elle aurait développé de sérieux problèmes de mobilité après avoir subi des conditions insalubres, l’absence de soins médicaux et l’aggravation de douleurs chroniques à la colonne vertébrale. Même après son retour à la prison d’Evin, les agents des renseignements et les responsables pénitentiaires ont continué à lui refuser l’accès à des traitements spécialisés et à des soins hospitaliers. Selon les rapports, l’intensité de ses douleurs l’a rendue dépendante des autres prisonnières pour les activités quotidiennes les plus élémentaires.
Née en 1965, Shiva Esmaili est mère de trois enfants et diplômée en ingénierie agricole. Arrêtée en novembre 2020, elle a été condamnée en mai 2023 par la branche 26 du tribunal révolutionnaire de Téhéran à dix ans de prison, deux ans d’interdiction de voyager et des restrictions concernant ses activités politiques et sociales. Les pressions exercées contre elle se sont étendues à sa famille ; deux de ses fils, Seyed Mehdi Vafaei Sani et Seyed Ali Vafaei Sani, sont également actuellement emprisonnés.
Zeynab Jalalian, prisonnière politique kurde purgeant la vingtième année de sa peine de prison à vie dans la prison de Yazd, serait dans un état physique critique après que les autorités pénitentiaires et sécuritaires lui ont bloqué l’accès à des soins médicaux spécialisés. L’automne dernier, à la suite de pressions internationales, elle a finalement été autorisée à subir une embolisation de fibromes utérins. Cependant, seulement 24 heures après l’intervention, et avant la fin de sa période de convalescence, elle a été renvoyée de force à la prison de Yazd.
Dans les mois qui ont suivi, ses demandes de suivi médical sont restées sans réponse, entraînant la réapparition de symptômes graves, notamment des saignements continus, de fortes douleurs abdominales et une anémie extrême. Selon les rapports, son état est devenu si grave la semaine dernière qu’elle a temporairement perdu la capacité de se déplacer. Bien que les médecins de la clinique pénitentiaire aient apparemment averti d’une possible repousse des fibromes et souligné la nécessité de son transfert immédiat vers des centres médicaux spécialisés pour des examens par échographie et IRM, les autorités pénitentiaires ont refusé d’autoriser ce transfert.
Zeynab a été arrêtée en 2007 et condamnée en 2009 à un an de prison pour avoir prétendument quitté illégalement le pays, ainsi qu’à la peine de mort pour « moharebeh » en raison de son appartenance présumée à des groupes d’opposition. Sa condamnation à mort a été confirmée par la cour d’appel du régime et par la Cour suprême, avant d’être finalement commuée en prison à vie. Elle a déclaré à plusieurs reprises avoir été torturée et maltraitée durant sa détention, notamment par des coups de fouet sur la plante des pieds, des coups au ventre, des chocs de la tête contre un mur et des menaces de viol.
Zahra Shahbaz Tabari, prisonnière de 67 ans titulaire d’un master en énergie durable obtenu en Suède, a également subi de graves pressions psychologiques et physiques après un long isolement dans la prison de Lakan à Rasht. Les rapports indiquent qu’on lui a refusé le droit de choisir librement son avocat et que les procédures judiciaires engagées contre elle se sont déroulées dans des conditions opaques et hautement sécurisées.
Dans certains cas, le refus de traitement s’est terminé par la mort.
Somayeh Rashidi, une femme de 42 ans arrêtée pour avoir écrit des slogans de protestation, aurait souffert de crises répétées après avoir subi de graves blessures à la tête pendant sa détention. Selon les rapports, on lui a administré des sédatifs au lieu de traitements médicaux spécialisés, et son transfert à l’hôpital a été retardé à plusieurs reprises. Elle est finalement tombée dans le coma et est décédée après avoir été transférée dans un hôpital.
Qarchak ; une prison qui produit la maladie
Dans les prisons pour femmes iraniennes, le refus de soins médicaux dépasse les simples retards de traitement ; il ressemble de plus en plus à une lente destruction des êtres humains par la douleur et la détérioration physique.
La prison de Qarchak à Varamin, utilisée depuis longtemps comme lieu de punition et d’exil pour les prisonnières politiques, est devenue tristement célèbre pour ses conditions de vie extrêmement dures. Les détenues signalent des pénuries d’eau potable propre, des coupures fréquentes d’électricité, l’absence de ventilation, la surpopulation et une contamination généralisée.
D’autres informations révèlent des conditions tout aussi dégradantes, notamment des quartiers surpeuplés, des infestations d’insectes et de rongeurs, l’absence d’installations sanitaires et le placement de prisonnières malades aux côtés de détenues condamnées pour crimes violents. Des femmes souffrant de maladies cardiaques, respiratoires et gastro-intestinales chroniques seraient détenues dans ces mêmes conditions.
Une liberté qui ne met pas fin à l’emprisonnement
Pour de nombreuses femmes iraniennes, prisonnières, l’emprisonnement ne s’arrête pas après la libération.
Arghavan Fallahi, qui avait été libérée après des mois de détention et d’isolement, a été réarrêtée sans mandat judiciaire et transférée vers un lieu inconnu. Maryam Akbari Monfared, après avoir purgé une longue peine de prison, a dû faire face à de nouvelles poursuites judiciaires et à des pressions sécuritaires continues.
Dans de nombreux cas, les proches des prisonnières deviennent eux-mêmes des cibles d’intimidation. Menaces d’arrestation, pressions pour garder le silence publiquement, convocations répétées et menaces de confiscation des cautions font partie du même cycle de répression qui se poursuit au-delà des murs de la prison.
Quand soigner et défendre deviennent des crimes
Dans l’Iran d’aujourd’hui, la répression ne vise pas uniquement les prisonniers.
À la suite des manifestations et soulèvements nationaux, même le fait de soigner les blessés et d’assurer la défense juridique des détenus est de plus en plus criminalisé. Des femmes iraniennes, médecins, infirmières et avocates, ayant tenté de soutenir des manifestants et des prisonniers ont elles-mêmes été arrêtées, interrogées et poursuivies.
Selon les informations, plusieurs femmes iraniennes, médecins et professionnelles de santé, ont été arrêtées pour avoir soigné des manifestants blessés. La Dre Golnar Naraqi, médecin urgentiste, a été transférée à la prison de Qarchak. Fatemeh Afshari, technicienne de bloc opératoire et mère d’un enfant de huit ans, a été arrêtée. D’autres professionnelles de santé, notamment Parisa Parkar, Ghazal Omidi, Ameneh Soleimani et Shamsi Abbasalizadeh, auraient subi des pressions pour avoir soigné des manifestants blessés ou pour des activités liées à l’assistance médicale.
Dans le même temps, les autorités officielles elles-mêmes ont reconnu la détention de personnel médical. Le président du Conseil médical iranien a publiquement déclaré qu’un certain nombre de médecins, pharmaciens et travailleurs de la santé restaient détenus ; un aveu qui reflète la sécurisation croissante du système de santé en Iran.
Les informations indiquent également que les forces de sécurité ont fait irruption dans des hôpitaux de plusieurs villes, arrêté des manifestants blessés directement dans leurs lits d’hôpital et fait pression sur le personnel médical pour qu’il identifie les manifestants. Les hôpitaux, comme les prisons, sont devenus de plus en plus des extensions de l’appareil répressif de l’État.
Les femmes iranienne, avocates, ont également été confrontées à une nouvelle vague d’arrestations et d’intimidations.
En mai 2026, l’avocate Bahar Sahraeian a été arrêtée dans son bureau à Chiraz puis transférée dans le quartier des femmes de la prison d’Adelabad. Elle avait auparavant subi des pressions pour avoir représenté des accusés politiques et civils. À la même période, deux autres avocates de Chiraz, Elham Zeraatpisheh et Astareh Ansari, ont également été arrêtées.
Ces arrestations démontrent que la répression en Iran dépasse les seuls prisonniers ; elle vise désormais le réseau plus large de médecins, infirmières, avocats et défenseurs qui tentent de protéger ou de soigner les victimes.
Golrokh Iraee ; écrire depuis l’intérieur de la prison
Dans le quartier des femmes de la prison d’Evine, Golrokh Iraee continue d’écrire.
Elle n’est pas seulement une prisonnière politique, mais aussi une écrivaine, une militante civile et une défenseure des droits des femmes qui a passé des années à faire face à l’emprisonnement, au harcèlement judiciaire et à des transferts assimilables à l’exil en raison de ses activités en faveur des droits humains, de son opposition aux exécutions et de sa défense de la liberté d’expression.
En mai 2026, Iraee a écrit une lettre depuis la prison d’Evine adressée à PEN America, décrivant une atmosphère d’étouffement, de répression et de résistance dans les prisons iraniennes.
« Dans ce pays, écrire ouvertement sur les souffrances des personnes qui se soulèvent contre l’oppression est considéré comme un crime. Ceux qui utilisent leur plume pour exposer au monde la douleur et l’injustice sont eux-mêmes consumés dans le silence et jugés dignes de poursuites. »
Ailleurs dans sa lettre, elle écrit :
« Nous écrivons pour résister à l’élimination physique des êtres humains ; pour résister à l’effacement de la pensée, des croyances, des droits politiques, de l’identité idéologique et de l’existence sociale. »
Dans un autre passage, elle déclare :
« Nous continuons d’écrire même si notre liberté est enchaînée. Même si nous sommes menacés, restreints, forcés à l’exil ou contraints de sacrifier nos vies. »
La lettre de Golrokh Iraee n’est pas simplement un texte politique ou littéraire. C’est un témoignage venant de l’intérieur d’un système carcéral où les femmes continuent d’endurer la maladie, les pressions psychologiques, le refus de soins médicaux et des menaces sécuritaires constantes tout en luttant pour préserver leur voix et leur identité.
Une prison au-delà des murs de la prison
Dans l’Iran d’aujourd’hui, la prison n’est pas toujours faite de murs et de barreaux de fer.
La prison peut rester dans le corps ; dans les maladies non traitées, la douleur chronique, l’anxiété permanente, la peur imposée aux familles, les appels sécuritaires en pleine nuit, le refus de soins médicaux, l’intimidation des médecins et des avocats qui tentent de défendre les victimes, et dans les souvenirs des femmes qui demeurent sous surveillance et sous pression longtemps après leur libération.
À l’occasion de la Journée internationale d’action pour la santé des femmes, la communauté internationale, les organisations de défense des droits humains, le Rapporteur spécial des Nations unies sur l’Iran, le Rapporteur spécial sur le droit à la santé, le Rapporteur spécial sur la torture, ONU Femmes et les organisations défendant les droits des prisonniers devraient considérer le refus de soins médicaux envers les femmes iraniennes prisonnières non comme une question administrative ou médicale, mais comme une forme de répression systématique et de traitement inhumain.
Les organismes internationaux devraient exiger la libération immédiate des prisonnières malades, un accès sans restriction à des soins médicaux indépendants, des enquêtes sur les décès en détention tels que celui de Somayeh Rashidi, la fin des pressions exercées sur les familles des prisonniers, ainsi que l’arrêt des arrestations visant les médecins, infirmières et avocats punis pour avoir soigné ou défendu les victimes de la répression.



