Pendant que le monde regardait la guerre : 6 000 personnes arrêtées alors que l’Iran réprime travailleurs, enseignants et étudiants

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CSDHI – Alors que l’accès à Internet se rétablit progressivement en Iran, des rapports issus de la période de blackout révèlent l’ampleur d’une vaste répression interne.

Au cours des 88 derniers jours, tandis que les médias internationaux et l’opinion publique occidentale se concentraient sur les titres de guerre, les échanges de missiles et les tensions géopolitiques, une autre réalité se construisait en profondeur au sein de la société iranienne. Le régime a utilisé cette atmosphère de guerre et la coupure d’information comme l’occasion idéale pour mener une vaste opération sécuritaire.

Les principales cibles n’étaient pas des espions étrangers, mais des travailleurs salariés, des enseignants, des militants syndicaux et des responsables de syndicats dont les revendications économiques avaient atteint un point de rupture.

Six mille arrestations dans une obscurité quasi totale

Lorsque Internet est coupé, aucune vidéo n’émerge, aucune voix n’est entendue, et aucun nom n’est enregistré.

Aujourd’hui, grâce à des rapports fragmentaires d’organisations indépendantes de travailleurs et à des chiffres préliminaires d’organisations de défense des droits humains telles qu’Amnesty International, l’ampleur de la répression devient plus claire. Depuis le début des tensions militaires en février, plus de 6 000 personnes auraient été détenues à travers le pays.

Ces arrestations n’étaient pas aléatoires. Les agences de sécurité ont ciblé directement les points sensibles de la contestation civile, en visant les responsables de syndicats d’enseignants et d’associations d’éducateurs, les travailleurs contractuels du pétrole à Asaluyeh, ainsi que des militants étudiants.

Ce qui est frappant, c’est que les autorités n’ont même pas cherché à dissimuler cette campagne. Récemment, le chef de la police iranienne Ahmad-Reza Radan a évoqué cette vague d’arrestations dans un langage explicitement guerrier, qualifiant les manifestants de « saboteurs internes et traîtres en temps de guerre ».

Le message était sans équivoque : dans un contexte de guerre, même les revendications concernant les droits à l’assurance, les salaires impayés ou la réforme des retraites peuvent être traitées comme des actes équivalents à de l’espionnage ou à un affaiblissement du front intérieur.

Des conditions de vie comprimées sous les mesures de guerre

Pour les classes salariées iraniennes — des enseignants et travailleurs de la santé aux ouvriers industriels et retraités — la lutte pour la survie n’est plus une alerte lointaine. Elle constitue la réalité quotidienne.

Le gouvernement a effectivement utilisé les conditions d’urgence liées à la guerre comme un outil économique pour imposer un climat sévère de répression. Alors que l’inflation réelle des biens essentiels, des produits ménagers et même des médicaments dépasse depuis longtemps les trois chiffres, les salaires sont restés gelés.

Les rapports de terrain indiquent que les prix des produits de base ont augmenté de plus de 40 % au cours des trois derniers mois seulement. Pour de nombreuses familles, cela fonctionne comme une taxe de guerre cachée imposée directement aux citoyens ordinaires.

Dans le même temps, les budgets destinés aux ajustements salariaux des enseignants et aux services publics auraient disparu sous prétexte de pénurie de ressources. Pourtant, des financements importants continuent d’être orientés vers les opérations militaires, les campagnes de propagande d’État et des systèmes de censure et de surveillance intérieure toujours plus avancés.

Une nouvelle accusation : les revendications sociales comme trahison nationale

Par le passé, l’appareil sécuritaire iranien répondait généralement aux protestations économiques et sociales des travailleurs et enseignants par des gaz lacrymogènes, des matraques ou des détentions de courte durée.

Mais les éléments apparus après le blackout suggèrent un changement plus dangereux et structurel au sein du système judiciaire.

Aujourd’hui, si un enseignant à Téhéran se rassemble pour demander l’égalité salariale ou si un travailleur dans le sud de l’Iran proteste contre des conditions de travail dangereuses, l’affaire n’est plus traitée par la police locale. Elle est de plus en plus renvoyée devant les tribunaux révolutionnaires.

Le pouvoir judiciaire semble fonctionner selon une logique simple et implacable : la détresse économique et la colère sociale sont présentées comme un complot ennemi coordonné visant à affaiblir l’État en temps de guerre.

Dans cette approche, les protestations conjointes des travailleurs, enseignants et retraités sont transformées de revendications légitimes en infractions graves contre la sécurité nationale.

Pourquoi l’opinion publique occidentale devrait entendre ces voix

Ces rapports et chiffres remettent en cause un récit qui circule en Occident depuis des années : l’idée selon laquelle les problèmes internes de l’Iran seraient uniquement le résultat des sanctions extérieures.

La crise actuelle en Iran est enracinée dans une corruption structurelle profonde : un système qui accepte de réduire les moyens de subsistance, les salaires des enseignants et les revenus des travailleurs, tout en continuant à financer des groupes alliés dans la région et à développer ce que les critiques décrivent comme un système domestique d’apartheid numérique.

Contrairement à ce que supposent certains analystes occidentaux, la restauration progressive de l’accès à Internet ces derniers jours ne signifie pas une ouverture politique ni un recul du pouvoir.

Elle n’ouvre qu’une petite fenêtre sur un État fortement militarisé qui, derrière le bruit des missiles et la rhétorique guerrière, semble profondément inquiet de la solidarité entre enseignants, travailleurs, retraités et une population de plus en plus en difficulté économique.