Les Arabes ahwazis : une minorité oubliée en Iran

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CSDHI – Les Arabes ahwazis constituent l’une des plus grandes minorités ethniques d’Iran, concentrée principalement dans la province du sud-ouest du Khouzistan. Bien qu’ils vivent dans l’une des régions les plus riches du pays en pétrole, gaz et ressources naturelles, de nombreuses communautés arabes ahwazies subissent une pauvreté persistante, un chômage élevé, une dégradation environnementale et une marginalisation politique.

Au cours des deux dernières années, les préoccupations concernant les exécutions, les condamnations à mort, les détentions arbitraires, les décès en détention, les restrictions des droits culturels et la discrimination économique se sont intensifiées. Des organisations de défense des droits humains, des experts des Nations unies et des documents locaux ont mis en évidence des schémas de répression touchant des militants arabes, des prisonniers, des écrivains, des poètes, des journalistes et des citoyens ordinaires.

Les cas documentés dans ce rapport illustrent des préoccupations plus larges concernant la protection des droits fondamentaux, notamment le droit à la vie, l’interdiction de la torture, les garanties d’un procès équitable, les droits culturels et l’accès égal aux ressources économiques et environnementales.

Répression sécuritaire et détention arbitraire

Les opérations de sécurité ciblant les communautés arabes ahwazies se sont intensifiées à la fin de 2024 et au début de 2025. Des campagnes d’arrestations à grande échelle ont été signalées à Ahvaz, Shadegan, Ramshir, Kut Abdollah et Khorramshahr, touchant des militants civils, des chercheurs, des écrivains, des journalistes, des défenseurs de l’environnement et des personnalités communautaires.

Parmi les personnes arrêtées figuraient l’écrivain et chercheur Saeed Esmail Mazraeh, le journaliste et photographe Milad Bahri, l’ancien prisonnier politique Seyed Hashem Mousavi ainsi que de nombreux citoyens arabes d’Ahvaz, Ramshir et Khorramshahr. Des rapports indiquent que les forces de sécurité ont mené des perquisitions domiciliaires, confisqué des effets personnels et transféré les détenus vers des lieux non divulgués.

Le procureur public d’Ahvaz aurait reconnu l’arrestation de 182 personnes dans le cadre d’une opération de sécurité publique. Les documents relatifs aux droits humains suggèrent que beaucoup des personnes ciblées étaient engagées dans des activités culturelles, sociales ou civiles plutôt que dans des actes violents. Des rapports ont également décrit des transferts vers des centres de détention des services de renseignement ainsi que des allégations de pressions psychologiques et de mauvais traitements.

Tableau 1 : Cas sélectionnés de détention arbitraire et répression culturelle

Nom Date Préoccupation signalée
Mostafa Heliji 2025 Poète et militant ; condamné à 13 ans de prison
Reza Hezbavi 2025 Poète et militant ayant subi une détention prolongée
Mohammad Askarawi juillet 2025 Poète de 16 ans arrêté après expression culturelle
Saeed Esmail Mazraeh janvier 2025 Écrivain et chercheur arrêté à Ahvaz
Milad Bahri janvier 2025 Journaliste et militant civil arrêté
Seyed Hashem Mousavi janvier 2025 Ancien prisonnier politique de nouveau arrêté
Amin Matouri février 2025 Militant précédemment emprisonné de nouveau arrêté
Nombreux militants arabes 2024–2025 Arrestations massives à Ahvaz, Ramshir, Shadegan et Khorramshahr

Condamnations à mort, exécutions et décès en détention

L’usage de la peine capitale contre les prisonniers arabes ahwazis demeure l’une des préoccupations les plus graves en matière de droits humains durant la période couverte.

Reza Abdali, un Ahwazi arabe de 35 ans originaire d’Ahvaz, a été arrêté en février 2025 et condamné à mort en juillet 2025. Sa condamnation aurait été confirmée par la Cour suprême en novembre 2025. Des informations relayées par des experts de l’ONU ont ensuite soulevé des préoccupations concernant des allégations de torture, d’aveux forcés et l’insuffisance des preuves de comportement violent.

Les cas de Masoud Jamei et Alireza Mardasi ont également suscité une inquiétude internationale. Tous deux auraient été condamnés à mort à la suite de procédures marquées par des allégations de torture, d’isolement prolongé, de refus d’accès à des avocats choisis librement et de soins médicaux insuffisants.

Le cas d’exécution le plus important a eu lieu le 4 octobre 2025, lorsque six prisonniers arabes ahwazis ont été exécutés à la prison de Sepidar à Ahvaz : Ali Mojadam, Moein Khanfari, Mohammad Reza Moghadam, Salem Mousavi, Adnan Ghobayshavi et Habib Deris.

Selon la documentation disponible, les hommes ont nié les accusations portées contre eux et ont affirmé que leurs aveux avaient été obtenus sous la torture. Des préoccupations ont également été soulevées concernant l’absence de garanties d’un procès équitable et le manque de notification adéquate à leurs familles avant les exécutions.

Des allégations particulièrement inquiétantes concernent Ali Mojadam, qui aurait été témoin de la torture de membres de sa famille afin de le contraindre à réaliser des aveux télévisés. Des allégations similaires de torture physique et psychologique ont été rapportées dans d’autres cas.

Tableau 2 : Condamnations à mort, exécutions et décès en détention

Nom Date Préoccupation signalée
Reza Abdali 2025 Condamnation à mort ; allégations de torture et d’aveux forcés
Masoud Jamei 2025–2026 Condamnation à mort ; torture et procès inéquitable
Alireza Mardasi 2025–2026 Condamnation à mort ; torture et négligence médicale
Ali Mojadam octobre 2025 Exécuté à la prison de Sepidar
Moein Khanfari octobre 2025 Exécuté à la prison de Sepidar
Mohammad Reza Moghadam octobre 2025 Exécuté à la prison de Sepidar
Salem Mousavi octobre 2025 Exécuté à la prison de Sepidar
Adnan Ghobayshavi octobre 2025 Exécuté à la prison de Sepidar
Habib Deris octobre 2025 Exécuté à la prison de Sepidar
Hassan Saeedi octobre 2025 Serait mort sous la torture en détention
Amir Abdolnour Nissi novembre 2025 Serait mort après négligence médicale
Hossein Ghavi (Silavi) mars 2026 Décès en détention des services de renseignement des Gardiens de la Révolution
Hashem Eidani octobre 2025 Serait mort par balle lors d’une opération de sécurité

Droits culturels et linguistiques

L’arabe reste la langue maternelle d’une partie importante de la population du Khuzestan. Cependant, les restrictions sur l’enseignement dans la langue maternelle et les pressions récurrentes contre les initiatives culturelles continuent de susciter des inquiétudes au sein des communautés arabes ahwazies.

Les cas de Mostafa Heliji et Reza Hezbavi illustrent la manière dont les activités littéraires et culturelles peuvent faire l’objet de poursuites sécuritaires. Tous deux sont connus pour leur poésie liée à l’identité arabe. Leurs arrestations et poursuites ont été interprétées par de nombreux observateurs comme faisant partie d’un effort plus large visant à restreindre l’activité culturelle indépendante.

Le cas de Mohammad Askarawi est particulièrement significatif. Ce poète de 16 ans aurait été arrêté après avoir écrit des poèmes portant sur l’identité arabe et les droits linguistiques. Son cas souligne la vulnérabilité des mineurs engagés dans une expression culturelle pacifique.

Les arrestations d’écrivains, journalistes, photographes et chercheurs en 2025 montrent encore davantage l’espace restreint laissé à l’activité culturelle et civile indépendante au sein des communautés arabes ahwazies.

Discrimination économique et destruction des moyens de subsistance

La marginalisation économique demeure une plainte récurrente des Arabes ahwazis. Malgré le rôle central du Khouzistan dans l’industrie pétrolière et gazière iranienne, de nombreuses zones à majorité arabe continuent de souffrir d’un chômage élevé, de services publics insuffisants et de faibles opportunités économiques.

Des militants locaux ont régulièrement signalé des pratiques discriminatoires dans le recrutement au sein des grandes industries, notamment pétrolières, gazières et pétrochimiques. Des préoccupations ont également été soulevées concernant les confiscations de terres et la perte des moyens de subsistance agricoles.

L’un des cas les plus marquants de la période étudiée est celui de Ahmad Baladi, étudiant ahwazi de 20 ans.

Le 2 novembre 2025, Ahmad Baladi s’est immolé par le feu après que les autorités municipales et policières ont détruit le kiosque alimentaire de sa famille à Ahvaz. Il est décédé neuf jours plus tard.

Selon sa famille, le kiosque fonctionnait légalement depuis plus de vingt-cinq ans et constituait la seule source de revenus d’un foyer de six personnes. Des manifestations auraient suivi sa mort, tandis que les forces de sécurité surveillaient les réactions publiques et que des militants et médias couvrant l’incident subissaient des pressions.

Environnement, droits à l’eau et Hoor al-Azim

La dégradation environnementale est devenue l’un des défis majeurs en matière de droits humains pour les communautés des Arabes ahwazis.

En mars 2025, des experts des Nations unies ont exprimé des inquiétudes concernant la détérioration du marais de Hoor al-Azim et ses conséquences pour les populations locales. Ce marais joue un rôle essentiel dans les moyens de subsistance, l’agriculture, la pêche et les écosystèmes locaux.

De vastes projets de dérivation d’eau, la construction de barrages, les activités industrielles et une mauvaise gestion environnementale ont contribué à la baisse de la disponibilité en eau, à la perte de terres agricoles et à l’augmentation des déplacements forcés.

Les préoccupations environnementales ont déclenché à plusieurs reprises des manifestations dans le Khouzistan. Les protestations passées contre les pénuries d’eau reflétaient la crainte d’un déplacement progressif des communautés arabes de leurs zones traditionnelles.

Les tempêtes de poussière, la contamination de l’eau et la dégradation des zones humides ont également entraîné de graves problèmes de santé publique. Combinés à des schémas d’exclusion économique et de répression politique, ces impacts environnementaux affectent de manière disproportionnée les communautés des Arabes ahwazis.

Préoccupations internationales et analyse des droits humains

Les mécanismes internationaux des droits humains ont exprimé à plusieurs reprises leur inquiétude concernant le traitement des prisonniers et militants arabes ahwazis.

En janvier 2026, des rapporteurs spéciaux de l’ONU ont adressé des communications aux autorités iraniennes concernant les cas de Reza Abdali, Masoud Jamei, Alireza Mardasi et d’autres prisonniers. Ces communications soulevaient des questions sur les peines capitales, les allégations de torture, l’isolement prolongé et les restrictions d’accès à une représentation juridique.

Amnesty International a également exprimé des préoccupations concernant l’exécution de six prisonniers arabes ahwazis à la prison de Sepidar, en soulignant des allégations de torture et de procès inéquitables.

Les cas documentés dans ce rapport concernent plusieurs droits protégés par le droit international des droits humains, notamment le droit à la vie, l’interdiction de la torture, la protection contre la détention arbitraire, les garanties d’un procès équitable, les droits des minorités, l’accès à l’eau et le droit à un niveau de vie suffisant.

La détention d’un poète mineur, les décès en détention, les exécutions à la suite de procédures contestées et la destruction des moyens de subsistance illustrent ensemble la nature multidimensionnelle des préoccupations relatives aux droits humains touchant les communautés des Arabes ahwazis.

Conclusion et appel à l’action

Les cas documentés dans ce rapport indiquent que les Arabes ahwazis continuent de faire face à une combinaison de répression sécuritaire, d’abus judiciaires, de restrictions culturelles, de discrimination économique et de dommages environnementaux.

La condamnation à mort de Reza Abdali, les cas de Masoud Jamei et Alireza Mardasi, l’exécution de six prisonniers à la prison de Sepidar, les décès de Hassan Saeedi, Amir Abdolnour Nissi et Hossein Ghavi (Silavi), le décès signalé de Hashem Eidani, la détention de militants culturels et le cas de Ahmad Baladi illustrent ensemble un schéma de préoccupations plus large.

Les mécanismes internationaux des droits humains, les organes des Nations unies et les observateurs indépendants devraient continuer à surveiller ces développements et rechercher des comptes pour les violations présumées.

Les autorités iraniennes devraient suspendre les exécutions, mettre fin à la torture et aux détentions arbitraires, garantir des procès équitables, protéger les droits culturels et répondre aux griefs économiques et environnementaux de longue date affectant les communautés des Arabes ahwazis.