CSDHI – L’abaissement à 12 ans de l’âge de participation aux patrouilles révèle une politique de longue date d’exploitation des enfants à des fins de répression et de préservation du régime
Le 26 mars, un haut responsable culturel du Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans) a annoncé un changement de politique profondément alarmant : l’âge minimum pour participer aux unités de patrouille a été abaissé à 12 ans. Peu après, des informations ont fait état de la mort d’un garçon de 11 ans à un poste de contrôle — un incident qui a intensifié l’attention portée à l’utilisation de mineurs dans des opérations de sécurité.
La contradiction est frappante. Dans un système où les personnes de moins de 18 ans sont légalement exclues de responsabilités civiques élémentaires, comme l’obtention d’un permis de conduire, des enfants sont désormais déployés dans des rôles militaires et paramilitaires à haut risque. La mort de cet enfant de 11 ans illustre le coût humain de cette politique.
Selon la mère de l’enfant, interrogée par le journal d’État Hamshahri, cette tragédie résulte d’une grave pénurie de personnel. Elle a expliqué que, la nuit de l’incident, le père de l’enfant — incapable de répondre aux exigences opérationnelles — avait emmené son fils avec lui à un poste de contrôle. Cet aveu offre un éclairage rare sur les défaillances structurelles qui poussent le régime à recourir à des recrues mineures.
Condamnation internationale et violations des droits humains
Les organisations internationales de défense des droits humains ont condamné sans ambiguïté cette pratique. Amnesty International ainsi que d’autres groupes de plaidoyer ont dénoncé l’utilisation d’enfants dans des opérations de répression.
Bill Van Esveld, directeur du département des droits de l’enfant à Human Rights Watch, a déclaré qu’aucune justification ne peut être invoquée pour impliquer des enfants de 12 ans dans des activités militaires ou sécuritaires, soulignant que les autorités iraniennes mettent en danger la vie des enfants pour compenser un manque d’effectifs.
Une politique ancienne, enracinée dans l’idéologie du régime
Toutefois, il ne s’agit ni d’un phénomène isolé ni d’une évolution récente. La mobilisation des enfants est intégrée dans le cadre idéologique et opérationnel du régime iranien depuis ses débuts.
Pendant la guerre Iran-Irak, des milliers d’écoliers ont été envoyés au front, souvent sous contrainte religieuse ou idéologique.
Les déclarations de hauts responsables du régime au fil des années illustrent cette approche institutionnalisée. Ruhollah Khomeini a affirmé que la participation à la guerre constituait une obligation religieuse, indépendamment du consentement des parents. Par la suite, Ali Khamenei a salué l’extension d’une « culture du martyre » dans les écoles, valorisant explicitement la diffusion de l’idéologie de guerre jusque chez les élèves du primaire.
L’ancien ministre des pasdarans, Mohsen Rafiqdoost, a reconnu qu’en 1983, 57 % des combattants de l’opération Kheibar étaient des étudiants. D’autres données, issues de sources affiliées aux pasdarans, indiquent que plus de 33 000 élèves ont été tués pendant la guerre.
Une stratégie délibérée et durable
Ces faits ne constituent pas de simples anomalies historiques ou des violations ponctuelles du droit : ils révèlent une stratégie délibérée et durable. L’utilisation d’enfants sert à compenser les pénuries de main-d’œuvre tout en ciblant une génération perçue comme rétive à la conformité idéologique.
En intégrant des mineurs dans des rôles sécuritaires et militaires, le régime ne se contente pas de mettre leur vie en danger ; il fragilise également le tissu social et compromet la stabilité future du pays. Ces enfants ne sont pas des volontaires : ils sont les victimes d’un système qui privilégie sa survie au détriment des droits fondamentaux.
Un symptôme d’une fragilité structurelle
À un niveau structurel, cette politique reflète un régime sous pression, qui s’appuie de plus en plus sur des mesures coercitives et insoutenables pour maintenir son contrôle.
Le recours à des enfants dans de telles fonctions ne constitue pas seulement une crise humanitaire ; il révèle une fragilité institutionnelle plus profonde.
Conclusion
L’image qui en ressort est à la fois tragique et révélatrice : celle d’un système qui consume son propre avenir dans le but de prolonger son présent.


