CSDHI – Parallèlement à l’aggravation des défis géopolitiques et à la crise de légitimité intérieure, la République islamique a lancé une vaste campagne visant à renforcer la répression dans tout le pays. Cette stratégie de survie repose, d’une part, sur le prononcé et l’exécution rapide de condamnations à mort à caractère politique afin de maintenir un climat de peur. D’autre part, elle s’accompagne d’une nouvelle vague d’arrestations arbitraires et de détentions massives de milliers de citoyens sous couvert de circonstances liées à la guerre. Enfin, elle cible les différentes couches de la société afin de détruire la confiance sociale en mettant en place un système de surveillance et de dénonciation généralisées.
L’analyse des événements récents montre comment l’appareil judiciaire et sécuritaire du régime utilise le contexte de guerre comme catalyseur pour intensifier la répression en Iran.
Le projet du « Réseau des soldats sociaux » : institutionnaliser la surveillance citoyenne
La présentation officielle du projet appelé « Réseau des soldats sociaux », annoncée par Ali-Asghar Jahangir, porte-parole du pouvoir judiciaire, illustre les nouveaux mécanismes employés pour renforcer la répression et fragmenter la société.
Lorsque le pouvoir encourage structurellement les citoyens à signaler les comportements d’autrui, à surveiller l’espace numérique et à transmettre des informations aux services de sécurité, le niveau de méfiance sociale atteint des sommets. Chacun finit par considérer son voisin comme un possible informateur du gouvernement, poussant la société à se replier sur elle-même.
Selon un rapport officiel publié le 8 juin par l’agence Daneshju News Agency, le porte-parole de la justice a accusé certains médias de « déformer la réalité » et dénoncé un « empire du mensonge » qui chercherait à minimiser les réalisations du régime. Dans ce contexte, il a présenté la surveillance médiatique et la construction du récit officiel comme un « devoir public ».
Il a annoncé la mise en place de ce réseau, dans la continuité de programmes tels que le « Projet Jan-Fada », avec pour objectif de mobiliser les capacités civiles afin de créer un nouveau dispositif de contrôle social.
Fonctionnement et objectifs du réseau
Le concept de « Réseau des soldats sociaux », parfois présenté sous d’autres appellations liées à la guerre hybride ou cybernétique, est décrit comme une version sociale et médiatique de la structure du Basij.
1. Objectifs officiels
Selon les autorités, ce réseau doit :
- Surveiller les « problèmes sociaux » ;
- Encourager les signalements citoyens ;
- Aider les institutions publiques dans la gestion des crises ;
- Lutter contre la « guerre cognitive » et la « guerre médiatique ».
2. Une structure inspirée du Basij
Ce dispositif :
- Se concentre principalement sur le cyberespace ;
- S’appuie sur des volontaires civils ;
- Fonctionne de manière décentralisée et en réseau.
3. Rôle du pouvoir judiciaire
Selon les déclarations officielles, ce réseau sera utilisé pour :
- Collecter des signalements ;
- Documenter les infractions attribuées aux citoyens ;
- Surveiller les activités en ligne.
4. Articulation avec d’autres programmes
Le réseau s’inscrit aux côtés de dispositifs tels que :
- Les programmes de dénonciation publique ;
- Les « patrouilles sociales d’orientation » ;
- La cyberpolice citoyenne ;
- Les systèmes de signalement des services de sécurité.
Selon l’analyse présentée dans ce texte, ces outils créent les conditions nécessaires à une restriction accrue de l’espace public, facilitant ensuite des vagues d’arrestations massives.
Arrestations massives et arbitraires
Parallèlement à la mise en place de ce dispositif social, les autorités judiciaires auraient renforcé les arrestations à grande échelle.
Selon un rapport publié le 8 juin par l’agence officielle IRNA, le porte-parole du pouvoir judiciaire a annoncé la poursuite judiciaire et la détention de milliers de personnes accusées de « trahison » ou de collaboration avec l’ennemi.
D’après les chiffres communiqués :
- 3 121 personnes ont fait l’objet de poursuites ;
- 2 406 personnes sont actuellement détenues.
Répartition des accusations :
| Chef d’accusation | Pourcentage |
|---|---|
| Actions opérationnelles au profit d’Israël | 20 % |
| Activités sécuritaires, économiques, militaires ou financières | 22 % |
| Coopération avec Israël | 7 % |
| Activités politiques, culturelles, médiatiques ou de propagande | 43 % |
| Possession, achat ou vente d’équipements électroniques (notamment Starlink) | 7 % |
Le texte souligne que la catégorie la plus importante concerne les activités politiques et médiatiques, ce qui toucherait directement les militants civils et la liberté d’expression.
Les autorités ont également annoncé avoir identifié et saisi les biens de centaines de personnes poursuivies, avec confiscation prévue après jugement.
La peine de mort comme instrument d’intimidation
Le texte affirme que la dimension la plus visible de cette campagne réside dans l’accélération des condamnations à mort.
Selon cette analyse, depuis le début de la période considérée (à partir du 28 février 2026), les condamnations à mort à caractère politique se seraient multipliées.
Le document cite de nombreux détenus qui seraient exposés à un risque d’exécution ou déjà condamnés à mort.
Parmi eux figureraient :
Manifestants arrêtés lors des protestations de janvier 2026
- Arman Marefati
- Ismail Ramezanpour
- Mohammad Reza Majidi Asl
- Behrouz Zamani Nejad
- Kourosh Zamani Nejad
- Majid Nasiri
- Shahab Dadkah
- Ehsan Hosseinipour
- Maryam Hadavand
- Saeed Zarei Kordshouli
- Hamidreza Fathi
- Abdolreza Fathi
- Hamidreza Sabet-Ra’y
- Ali Pishevarzadeh
- Vahid Ghasemi
- Mohammad Reza Tabari
- Dr Mohammad Reza Abdollahpour
- Amirmohammad Zare
- Farzad Moradi
- Benyamin Naghdi
- Mohammad Naghizadeh
Personnes mineures au moment de leur arrestation
- Mohsen Eslamkhah
- Matin Mohammadi
- Erfan Amiri
Prisonniers politiques et détenus d’affaires antérieures
- Zabihullah Kouhkan
- Mansour Jamali
- Manouchehr Vafaei
- Navid Naghdi
- Manouchehr Fallah
- Milad Armoun
- Navid Najaran
- Mehdi Imani
- Seyed Mohammad Mehdi Hosseini
- Rouhullah Karaki
- Peyman Farahavar
- Hassan Mosallavi
- Yasin (Mosayeb) Shahbakhsh
- Hassan Amiri
- Hossein Amiri
- Zahra Shahbaz Tabari
- Armin Nourmohammadi
Le texte précise que cette liste ne représenterait qu’une partie des personnes concernées.
Un climat de fermeture sociale
L’article estime que trois phénomènes se combinent :
- La création du « Réseau des soldats sociaux » ;
- Les arrestations massives et rapides ;
- L’augmentation des condamnations à mort.
Selon cette analyse, ces mesures s’inscriraient dans une stratégie globale visant à empêcher toute contestation sociale.
Les objectifs attribués à cette politique sont :
1. Détruire la confiance collective
En encourageant la surveillance mutuelle, le régime chercherait à empêcher toute forme d’organisation ou de solidarité citoyenne.
2. Criminaliser l’information et les technologies
La répression viserait notamment les activités médiatiques indépendantes et l’utilisation d’outils permettant d’échapper au contrôle de l’information.
3. Gouverner par la peur
Le recours aux exécutions, touchant selon ce texte des manifestants, enseignants, sportifs, médecins ou encore des personnes arrêtées mineures, serait utilisé comme instrument de dissuasion collective.
Conclusion du texte
L’auteur affirme que les déclarations diplomatiques et les condamnations verbales ne suffisent plus face à l’ampleur de la répression décrite.
Il appelle à une intervention internationale plus concrète, notamment :
- Une saisine des instances internationales compétentes ;
- Des pressions diplomatiques accrues ;
- La conditionnalité des relations politiques et économiques à l’arrêt des condamnations à mort et à la libération des prisonniers politiques.
Selon cette analyse, l’inaction risquerait d’encourager la poursuite de ces pratiques et d’affaiblir davantage les principes internationaux relatifs aux droits humains.


