Violations des droits humains dans les centres de détention iraniens : secrets et torture systématique des manifestants

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CSDHI – L’oubli des violations des droits humains en Iran au profit des négociations diplomatiques

Alors que l’attention internationale reste largement concentrée sur les négociations politiques et diplomatiques entre l’Iran et les États-Unis, une question cruciale est reléguée au second plan : la situation dramatique des droits humains en Iran et les violations continues commises dans le pays, dans un contexte marqué par l’inaction de la communauté internationale.

Madame Mai Sato, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en République islamique d’Iran, ainsi qu’un groupe d’experts indépendants de l’ONU, ont récemment mis en lumière cette crise. Ils ont fermement averti qu’aucun accord final entre les États-Unis et l’Iran ne pourrait instaurer une paix durable s’il ignorait les droits fondamentaux et les revendications essentielles du peuple iranien.

Selon eux, la responsabilité des auteurs de violations, la justice et le soutien global aux victimes doivent être au cœur de toute négociation.

« Un accord qui sert les intérêts géopolitiques tout en abandonnant le peuple iranien ne mérite pas d’être qualifié d’accord de paix. »

Les experts ont également souligné que la fin des hostilités ne doit pas être confondue avec le rétablissement des droits fondamentaux.

« Pour le peuple iranien, ce travail reste encore à accomplir. »

Les détenus des manifestations de janvier 2026 : une préoccupation majeure

L’une des préoccupations les plus graves concerne le sort des personnes arrêtées lors des manifestations nationales de janvier 2026 (Dey 1404).

Des informations extrêmement fiables récemment obtenues depuis l’intérieur de l’Iran révèlent l’existence de centres de détention secrets et souterrains où de nombreux manifestants sont encore retenus.

L’un des cas les plus préoccupants concerne des installations clandestines situées dans la ville de Fouman, dans la province du Guilan, au nord de l’Iran.

Le réseau des centres de détention secrets à Fouman

Les organisations internationales savent depuis longtemps qu’une partie importante des centres de détention utilisés par les services de sécurité iraniens échappe totalement au contrôle officiel de l’Organisation des prisons.

Depuis plus de quarante ans, de nombreux prisonniers politiques, militants civils et manifestants ont été détenus dans des lieux totalement opaques, hors de tout contrôle public ou médiatique.

Ces centres sont directement administrés par :

  • Les services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) ;
  • Le ministère du Renseignement (MOIS) ;
  • Les forces de l’ordre iraniennes (FARAJA).

Être détenu dans ces lieux équivaut souvent à une disparition forcée.

Les détenus sont privés :

  • de tout contact avec leur famille ;
  • de tout accès à un avocat ;
  • de toute possibilité de contrôle ou d’inspection internationale.

Les principaux centres identifiés à Fouman

1. Le quartier général des Gardiens de la révolution à l’entrée de Fouman depuis Rasht

Situé près de la place des « Quatre Filles », ce centre est utilisé depuis les années 1980 pour les interrogatoires violents et la détention de prisonniers politiques et d’activistes.

Avant la révolution de 1979, il s’agissait d’un hôtel commercial.

2. Le bureau du ministère du Renseignement de Fouman

Situé rue Entezam, ce centre accueille de nombreux manifestants arrêtés ainsi que des personnes poursuivies pour des affaires de sécurité nationale.

Après les premiers interrogatoires et la constitution des dossiers judiciaires, les détenus sont généralement transférés à la prison de Lakan à Rasht.

3. Le centre de détention lié à la FARAJA dans la région de Shahr-e Bijar

Ce site sert à détenir temporairement des prisonniers de droit commun ainsi que des manifestants avant leur transfert vers d’autres établissements pénitentiaires.

Compte tenu du caractère clandestin de ces lieux, il est pratiquement impossible d’obtenir des informations fiables sur l’état de santé des détenus.

Les risques sont particulièrement élevés :

  • torture physique ;
  • privation de soins médicaux ;
  • décès sous la torture.

La situation alarmante des détenus des manifestations à la prison d’Amol

De nouveaux rapports provenant de la prison d’Amol décrivent des conditions extrêmement préoccupantes pour les personnes arrêtées lors des manifestations de janvier 2026.

Des dizaines de détenus originaires d’Amol, Nour, Chamestan et Lavij sont incarcérés depuis plusieurs mois dans des conditions inhumaines.

Les sources font état :

  • d’une surpopulation carcérale extrême ;
  • d’une interdiction totale des communications téléphoniques ;
  • de restrictions sévères concernant les besoins essentiels ;
  • d’un refus délibéré de soins médicaux.

Environ 150 personnes seraient détenues dans le quartier de quarantaine de cette prison.

Toutes les communications avec les autres secteurs de l’établissement auraient été coupées.

L’accès est placé sous contrôle sécuritaire strict et seul le directeur de la prison pourrait y entrer librement.

Torture psychologique systématique

Lorsque plus de cent détenus étaient enfermés dans cette section, les gardiens interrompaient régulièrement leur sommeil durant la nuit en frappant les portes des cellules avec des matraques et des objets métalliques.

Cette méthode est décrite comme une forme de torture psychologique destinée à :

  • provoquer anxiété et stress ;
  • briser la stabilité mentale des détenus ;
  • affaiblir leur résistance psychologique.

Aujourd’hui, une trentaine de prisonniers ont été transférés vers le « quartier spécial », où les conditions sont encore plus sévères.

Ils y sont totalement privés :

  • d’appels téléphoniques ;
  • d’accès à la cantine ;
  • de leur droit à l’exercice en plein air.

Ces privations auraient déjà provoqué des conséquences physiques et psychologiques importantes.

La privation de soins médicaux comme instrument de répression

L’un des aspects les plus inquiétants concerne le refus systématique des soins médicaux.

Selon des rapports vérifiés, un détenu souffrant d’une fracture du nez après avoir été violemment battu dans un centre des renseignements des Gardiens de la révolution a entamé une grève de la faim et de la soif pendant trois jours.

Malgré son état, aucune prise en charge sérieuse n’aurait été assurée.

Le décès de Taghi Salimi

À la mi-mai 2026 (Ordibehesht 1405), un détenu nommé Taghi Salimi est décédé d’un arrêt cardiaque à la prison d’Amol.

Selon les informations recueillies, il n’avait bénéficié d’aucune assistance médicale et n’avait pas été transféré à temps vers un établissement de soins extérieur.

Ahvaz : disparitions forcées et poursuites fabriquées

Le 9 mars 2026, une opération du ministère du Renseignement dans la région de Qaleh Chanan, à Ahvaz, s’est soldée par l’une des interventions sécuritaires les plus meurtrières de ces derniers mois dans la province du Khouzestan.

Deux habitants :

  • Mahmoud Hasnian (Naseri) ;
  • Heidar Khayatipour ;

ont été tués par des tirs directs des forces de sécurité.

Quatorze autres personnes ont été arrêtées.

Plus de cent jours après les faits, ces détenus seraient toujours maintenus à l’isolement dans les locaux du renseignement.

Leurs familles ignorent toujours leur état de santé.

Les autorités leur imputent de lourdes accusations, notamment :

  • tirs contre les forces de sécurité ;
  • sabotage d’oléoducs ;
  • possession d’explosifs artisanaux ;
  • collaboration avec les États-Unis et Israël ;
  • troubles à l’ordre public.

À ce jour, aucune preuve indépendante n’a été rendue publique pour étayer ces accusations.

Les corps des deux personnes tuées n’ont toujours pas été restitués à leurs familles.

Violations du droit international

Les faits décrits dans ce rapport constituent, selon ses auteurs, des violations graves de plusieurs instruments internationaux :

Droit à la vie

  • Article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
  • Article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Interdiction de la torture

  • Article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
  • Article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Interdiction des disparitions forcées et des détentions arbitraires

  • Article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
  • Règles Nelson Mandela des Nations unies.

Droit à un procès équitable

  • Article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Conclusion : un appel à la conscience internationale

Les auteurs estiment que ces faits ne représentent qu’une partie des violations commises contre les prisonniers politiques et les citoyens ordinaires en Iran.

Ils posent une question centrale :

À quel moment la communauté internationale mettra-t-elle fin à son silence face à ces violations ?

Selon eux, ignorer les arrestations massives de dizaines de milliers de manifestants et leur détention dans des centres secrets revient à vider le droit international de toute sa substance.

Ils considèrent que le temps des simples déclarations de condamnation est révolu et appellent à :

  • des actions concrètes ;
  • la mise en cause des responsables ;
  • la poursuite judiciaire des auteurs présumés de ces violations ;
  • une surveillance internationale effective des lieux de détention en Iran.

« Le moment d’agir, de demander des comptes au régime iranien et de traduire les responsables de ces crimes devant la justice est aujourd’hui. »