Les prisonnières politiques d’Evine sous une pression croissante : une action internationale est impérative

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CSDHI – Les prisonnières politiques détenues à la prison d’Evine sont confrontées à une nouvelle vague de répression organisée, qui s’ajoute aux conditions de détention déjà extrêmement éprouvantes décrites plus loin dans cet article. Selon plusieurs informations, à la suite du changement de direction de la prison d’Evine – lequel s’est accompagné d’un durcissement général des mesures imposées aux prisonnières politiques – un projet clandestin est actuellement en cours visant à les transférer de force vers la tristement célèbre prison de Qarchak, à Varamin, afin de les remplacer par des détenues condamnées pour des infractions financières.

Descente dans le quartier des femmes politiques et projet de transfert

Le 12 juillet 2026 (21 Tir 1405), les gardiens de la prison d’Evine ont mené une intervention soudaine dans le quartier des femmes (quartier 6), où ils ont transféré environ 50 détenues condamnées pour des délits financiers, provenant de plusieurs centres de détention, notamment de la prison de Qarchak et d’autres villes, vers l’étage supérieur de ce quartier. Parallèlement, les prisonnières ont été informées que d’autres groupes de détenues de droit commun étaient en route.

Ce quartier accueille également des femmes arrêtées lors du soulèvement national de janvier 2026 (Dey 1404). Cette décision des autorités pénitentiaires, qui constitue une violation flagrante du principe de séparation des catégories de détenus, a suscité une vive résistance de la part des prisonnières politiques.

Au cours des affrontements qui ont suivi, les gardiens se sont livrés à des violences physiques contre plusieurs détenues et ont placé de force Masoomeh (Mahsa) Noori et Masoomeh (Farah) Nassaji à l’isolement.

L’un des aspects les plus préoccupants de cette opération est la présence de deux jeunes enfants lors de l’intervention. Selon des informations fiables, Mahfar et Tasnim, qui vivent avec leurs mères dans ce quartier, ont subi un profond traumatisme psychologique à la suite de l’irruption violente des gardiens et de l’escalade des tensions.

Selon les informations recueillies, le pouvoir judiciaire iranien envisage de réserver entièrement ce quartier aux détenues condamnées pour des infractions financières et de transférer les prisonnières politiques vers la tristement célèbre prison de Qarchak, à Varamin. Cette menace a d’ailleurs été proférée directement par les gardiens lors des affrontements du 12 juillet.

Environ 60 femmes arrêtées lors des récents mouvements de contestation sont déjà détenues dans des conditions qualifiées d’inhumaines à Qarchak, privées de soins médicaux adéquats et enfermées dans des espaces exigus soumis à une chaleur estivale étouffante.

Si ce projet aboutit, les prisonnières politiques d’Evin seraient quasiment coupées de tout contact avec le monde extérieur, ce qui entraînerait une aggravation considérable des violences psychologiques et physiques qu’elles subissent.

Inquiétudes concernant les femmes condamnées à mort

Au cours de cette opération et des menaces qui l’ont accompagnée, un éventuel transfert des détenues condamnées à mort a également été évoqué.

Certaines prisonnières ont été informées que les femmes placées dans le couloir de la mort pourraient être transférées dans un secteur isolé appelé les « Suites ».

Selon les informations disponibles, les noms de Pakhshan Azizi, Varisha Moradi, Arghavan Fallahi, Bita Hemmati et Maryam Hadavand sont particulièrement évoqués dans le cadre de ces condamnations à mort, suscitant de très vives inquiétudes quant à leur sort immédiat.

Les conditions de détention avant cette intervention : une torture silencieuse au quotidien

Isolement et coupure des communications

Depuis le changement de direction de la prison, quatre prisonnières politiques sont totalement privées de tout contact téléphonique avec leurs familles :

  • Shiva Esmaili
  • Marzieh Farsi
  • Forough Taghipour
  • Zahra Safaei

Les cartes téléphoniques de ces détenues, toutes présentées comme sympathisantes de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (PMOI/MEK), leur ont été retirées en représailles à leur participation à la campagne de protestation « Les mardis contre les exécutions ».

Leurs familles soulignent que cette coupure des communications constitue une double forme de torture psychologique, tant pour les prisonnières que pour leurs proches, en accentuant l’angoisse concernant leur état physique et mental.

La privation de soins médicaux comme instrument de torture

Le refus d’accorder des soins médicaux spécialisés est devenu l’un des moyens les plus cruels de pression exercés contre les détenues politiques.

  • Shiva Esmaili souffre de graves douleurs dorsales et nécessite des soins spécialisés extérieurs, systématiquement refusés par l’administration pénitentiaire.
  • Elaheh Fouladi présente de sévères atteintes au bassin et aux lombaires sans bénéficier d’une prise en charge adaptée.
  • Aida Najafloo, convertie au christianisme, souffre d’une fracture de la vertèbre T12 ainsi que d’importants traumatismes. Les autorités judiciaires et sécuritaires lui interdisent tout transfert vers un établissement hospitalier spécialisé.
  • Une autre convertie au christianisme, dont l’identité n’a pas été rendue publique, souffre depuis environ un mois d’une fracture du pied. Malgré des douleurs persistantes, elle est également privée d’accès à un hôpital.

Une alimentation insuffisante et de mauvaise qualité

La qualité des repas distribués par la prison est si médiocre qu’elle provoque régulièrement de graves troubles gastro-intestinaux parmi les détenues.

Auparavant, l’administration fournissait une petite quantité de produits alimentaires bruts permettant aux prisonnières de cuisiner elles-mêmes. Cette pratique a désormais été totalement supprimée.

Afin d’éviter les complications digestives, plusieurs prisonnières politiques limitent désormais leur alimentation quotidienne à du pain et du yaourt.

Une exploitation économique au sein de la prison

La suppression de ces rations oblige désormais les détenues à acheter leur nourriture et leurs produits de première nécessité au magasin de la prison.

Celui-ci propose des produits de faible qualité à des prix largement supérieurs à ceux pratiqués à l’extérieur, faisant peser une lourde charge financière sur les prisonnières et leurs familles.

Un changement de direction qui accentue la répression

Mohammad Haji-Mazdarani, nommé directeur de la prison d’Evin en novembre-décembre 2025 (Azar 1404) en remplacement de Hedayatollah Farzadi, dirigeait auparavant le pénitencier du Grand Téhéran (Fashafouyeh).

Son parcours est marqué par de nombreuses accusations de violations graves des droits des détenus.

Depuis son arrivée à Evin, toutes les activités ordinaires du quartier sont désormais soumises à des procédures administratives particulièrement lourdes ainsi qu’à de multiples autorisations sécuritaires, dans ce qui apparaît comme une stratégie visant à épuiser physiquement et psychologiquement les prisonnières.

Nécessité d’une action internationale immédiate

La situation extrêmement préoccupante du quartier des femmes d’Evin dépasse largement le cadre de simples violations des règlements pénitentiaires. Elle constitue un cas manifeste de torture systématique, de disparition forcée de courte durée et de violation flagrante du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

Afin de mettre un terme à cette escalade répressive, les mesures suivantes devraient être prises sans délai :

  • déployer une mission internationale indépendante chargée d’inspecter sans préavis le quartier 6 de la prison d’Evine afin d’évaluer les conditions de détention et l’état de santé des prisonnières politiques ;
  • inscrire immédiatement Mohammad Haji-Mazdarani sur les listes de sanctions de l’Union européenne, des États-Unis, du Royaume-Uni et du Canada, en raison de son rôle dans les violences du 12 juillet 2026, les restrictions de communication et les privations de soins médicaux ;
  • empêcher le projet de transfert forcé vers la prison de Qarchak, en exerçant une pression diplomatique afin de faire respecter le principe de séparation des catégories de détenus ;
  • exiger la fin immédiate du placement à l’isolement de Masoomeh (Mahsa) Noori et Masoomeh (Farah) Nassaji, ainsi que leur retour sans condition dans le quartier général ;
  • lancer une mobilisation internationale pour garantir un accès immédiat à des soins spécialisés extérieurs pour Aida Najafloo, Shiva Esmaili, Elaheh Fouladi et la convertie chrétienne souffrant d’une fracture du pied, ainsi que le rétablissement immédiat des communications téléphoniques des quatre prisonnières actuellement privées de tout contact avec leurs familles.