OHCHR– Des experts de l’ONU* ont aujourd’hui condamné la confiscation du complexe de l’église évangélique Saint-Pierre à Téhéran ainsi que l’expulsion des 27 membres des minorités chrétiennes arménienne et assyrienne reconnues qui y vivaient.
« Vingt familles, dont la plupart sont modestes et résident depuis longtemps dans ce complexe, n’auraient disposé que de deux semaines pour quitter leur domicile. Les responsables de l’église auraient été menacés d’arrestation s’ils ne s’exécutaient pas. Le dernier résident a quitté les lieux le 12 juillet, faisant craindre que le complexe ne soit démoli. »
ont déclaré les experts.
« Les expulsions forcées sont incompatibles avec le droit international des droits de l’homme et risquent de laisser sans abri des membres de minorités religieuses et ethniques reconnues. »
Un lieu de vie, d’éducation et de culte
Pour ses habitants, ce complexe de quatre hectares, situé au cœur de Téhéran, représentait bien plus qu’un simple bien immobilier. Il constituait leur foyer, leur école et leur lieu de culte.
Le site comprenait :
- l’église ;
- deux écoles ;
- les logements des résidents ;
- les bureaux de la Société biblique ;
- les bureaux du Conseil des Églises évangéliques d’Iran, propriétaire du terrain.
En 1998, un tribunal révolutionnaire a ordonné le transfert du complexe à l’Execution of Imam Khomeini’s Order (EIKO), un organisme d’État placé sous l’autorité du Bureau du Guide suprême.
Cette décision a ensuite servi à empêcher la réinscription officielle du Conseil, bien que celui-ci n’en ait eu connaissance qu’en 2008.
Une campagne plus large contre les chrétiens d’Iran
« Il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais de l’aboutissement d’une longue série de mesures dirigées contre la communauté chrétienne d’Iran, et plus particulièrement contre les fidèles chrétiens persanophones. »
ont souligné les experts.
Ils rappellent également :
- la fermeture de l’église presbytérienne assyrienne de Tabriz en 2019 ;
- la démolition, en juin 2026, d’une église presbytérienne à Mashhad, déjà fermée depuis plusieurs décennies.
La disparition progressive des églises protestantes persanophones
Autrefois, l’Iran comptait environ 50 églises protestantes, dont la plupart célébraient les offices en persan.
Aujourd’hui, il n’en subsiste pratiquement plus aucune.
Ces églises ont soit :
- été fermées,
- soit été contraintes de cesser toute célébration en langue persane.
Les trois dernières églises anglicanes autorisées à prêcher en persan — situées à Téhéran, Ispahan et Shiraz — n’ont jamais été autorisées à rouvrir depuis la pandémie de COVID-19.
La liberté religieuse comprend le droit de pratiquer sa foi
Les experts rappellent :
« La liberté de religion ou de conviction comprend le droit de pratiquer son culte en communauté, dans sa propre langue, et de conserver des lieux de culte. Lorsqu’une église est confisquée, une communauté perd non seulement un bâtiment, mais également son lieu de prière et de vie communautaire. »
Arrestations et détentions de chrétiens
Outre la fermeture et la confiscation des églises, les chrétiens continuent d’être victimes :
- d’arrestations ;
- de détentions ;
- de mauvais traitements.
Selon les informations disponibles, au moins 79 chrétiens sont actuellement détenus ou emprisonnés, dont la grande majorité sont des convertis au christianisme.
Certains auraient été contraints d’avouer sous la torture.
Le cas de Mohammad Nikbakht
Parmi eux figure Mohammad Nikbakht, converti au christianisme.
Selon les informations rapportées :
- il a été arrêté à son domicile de Golpaygan en mars 2026 ;
- il aurait été violemment battu lors de son arrestation ;
- il est détenu au secret à la prison de Dastgerd, à Ispahan.
Sa famille n’a reçu aucune information concernant :
- sa situation juridique ;
- l’accès à un avocat ;
- les poursuites engagées contre lui.
Les demandes des experts de l’ONU
Les experts demandent aux autorités iraniennes :
- d’autoriser les habitants et les fidèles à réintégrer le complexe de l’église ;
- de mettre fin immédiatement aux menaces et aux actes d’intimidation visant cette communauté chrétienne ;
- de libérer toutes les personnes détenues arbitrairement.
Ils précisent également être en contact avec le gouvernement de la République islamique d’Iran afin d’obtenir des éclaircissements sur cette affaire.
Les experts signataires
- Mai Sato, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran.
- Nazila Ghanea, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction.
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