Le régime iranien craint le retour des soulèvements nationaux

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CSDHI – Les mises en garde croissantes émanant du régime révèlent une inquiétude plus profonde : les difficultés économiques et la colère accumulée de la population pourraient transformer des soulèvements nationaux récurrents en un processus durable échappant au contrôle des autorités.

Depuis des années, les dirigeants iraniens présentent les pressions étrangères et les prétendues conspirations extérieures comme les principales causes des troubles. Chaque fois que la population descendait dans la rue pour protester contre la pauvreté, la corruption, la répression ou la mauvaise gestion économique, le régime cherchait à minimiser ses revendications en attribuant les manifestations à l’ingérence étrangère.

Mais les soulèvements nationaux successifs ont de plus en plus mis en évidence la faiblesse de ce discours.

Aujourd’hui, même des médias associés au régime reconnaissent que son principal défi sécuritaire ne se situe pas au-delà des frontières iraniennes, mais au sein même de la société iranienne. Les mises en garde de plus en plus nombreuses contre une nouvelle explosion de colère populaire révèlent un régime qui prend de plus en plus conscience que les crises qu’il a accumulées ne pourront pas être contenues indéfiniment par la répression et la propagande.

Un récent commentaire publié par le média Jamaran en fournit un exemple particulièrement révélateur de cette inquiétude grandissante.

La véritable menace pour la sécurité du régime se trouve à l’intérieur du pays

Depuis des décennies, le discours politique du régime met l’accent sur les menaces étrangères, tout en présentant les troubles intérieurs comme le produit de manipulations venues de l’extérieur. Mais l’aggravation de la crise économique et sociale rend cette explication de plus en plus difficile à maintenir.

Le commentaire de Jamaran reconnaît explicitement que la principale menace pour la sécurité nationale ne réside pas uniquement dans les pressions extérieures, mais dans l’accumulation des revendications et des mécontentements au sein du pays. Il avertit que les demandes économiques, politiques et sociales non résolues, conjuguées à l’érosion de la confiance de la population, créent les conditions d’une instabilité plus profonde.

Cet aveu est significatif.

Il revient à reconnaître que la principale vulnérabilité du régime réside dans l’écart croissant entre la population et ceux qui la dirigent. Les pressions étrangères peuvent aggraver les problèmes existants, mais elles ne sont pas à l’origine des griefs fondamentaux. Ceux-ci sont le résultat de plusieurs années de corruption, de répression, de mauvaise gestion économique, de dysfonctionnements institutionnels et de déni systématique des droits fondamentaux.

Autrement dit, le régime lui-même identifie de plus en plus la société — et non les adversaires étrangers — comme étant au cœur de son problème sécuritaire.

La pression économique devient une menace politique

La crise économique est au cœur de cette inquiétude.

L’inflation persistante, l’érosion du pouvoir d’achat, l’effondrement de la monnaie nationale, le chômage, la pauvreté, les pénuries d’énergie et la dégradation des infrastructures exercent une pression considérable sur les Iraniens ordinaires. Pour des millions de familles, l’insécurité économique n’est plus une difficulté passagère, mais une réalité permanente de la vie quotidienne.

Dans ces conditions, les décisions qui contribuent à augmenter encore le coût de la vie peuvent avoir des conséquences qui dépassent largement le domaine économique.

Les propres médias du régime mettent de plus en plus en garde contre ce qu’ils qualifient de « thérapie de choc ». Jamaran a appelé le gouvernement à réduire la pression économique écrasante qui pèse sur la population et l’a explicitement averti contre les mesures susceptibles d’aggraver encore les difficultés de la population.

Ces avertissements révèlent une contradiction importante. Le régime a besoin de recettes et de réformes économiques pour faire face à ses difficultés budgétaires croissantes, mais il sait également que faire supporter le coût de ces problèmes à une population déjà épuisée pourrait déclencher une nouvelle vague de manifestations.

L’expérience des précédents soulèvements nationaux a montré à quelle vitesse un mécontentement économique peut se transformer en confrontation politique.

Une hausse des prix, une décision concernant la politique des carburants, une réduction des subventions ou une nouvelle dégradation du niveau de vie peuvent devenir l’étincelle qui embrase des revendications beaucoup plus larges. Une fois la population descendue dans la rue, la question économique à l’origine du mouvement peut rapidement évoluer vers des demandes de changement politique fondamental.

C’est précisément ce que redoute le régime.

Le cauchemar de soulèvements successifs

La principale inquiétude de l’appareil sécuritaire n’est pas nécessairement la survenue d’un soulèvement isolé. Elle réside dans la possibilité que les manifestations nationales deviennent récurrentes, se chevauchent et soient de plus en plus difficiles à réprimer.

Un régime peut tenter de contenir une manifestation isolée par des arrestations, l’intimidation, la censure et la force. Mais des soulèvements répétés exercent une pression d’une tout autre nature.

Chaque nouvelle vague peut renforcer la précédente. Chaque manifestation peut accroître la confiance de la population dans la possibilité de résister. Chaque nouvelle répression peut engendrer de nouveaux griefs. Et chaque échec à résoudre les causes profondes de la crise rend une nouvelle confrontation plus probable.

Cela crée un cycle qu’il devient de plus en plus difficile pour les autorités de briser.

La mise en garde de Jamaran concernant le soulèvement de décembre 2025 est donc particulièrement révélatrice. Le média estimait que les événements de décembre 2025 ne devaient pas devenir une expérience récurrente et les décrivait comme un avertissement qui ne devait pas devenir « le premier chapitre d’une répétition ».

La formulation est plus significative qu’elle ne peut sembler au premier abord.

La crainte n’est manifestement pas simplement qu’une nouvelle manifestation puisse avoir lieu. La peur plus profonde est que les manifestations deviennent un processus politique récurrent — un processus qui épuise les institutions sécuritaires du régime, révèle des divisions au sein de sa structure dirigeante et affaiblit progressivement sa capacité à rétablir son contrôle.

La répression ne peut pas résoudre les causes des troubles

Le dilemme du régime est structurel.

Sa réponse à la contestation repose traditionnellement sur la répression plutôt que sur le traitement des causes du mécontentement. Les arrestations, les exécutions, la censure, les restrictions d’accès à Internet, l’intimidation et la militarisation de l’espace public peuvent temporairement contenir les manifestations, mais elles ne peuvent éliminer la pauvreté, la corruption, le chômage, l’inflation ou la perte de confiance de la population.

La répression ne peut pas davantage restaurer la légitimité du régime.

Bien au contraire, une répression excessive peut aggraver les griefs mêmes qui alimentent les manifestations futures. Les familles touchées par les arrestations ou les exécutions deviennent à leur tour des foyers supplémentaires de colère. Les jeunes qui ne voient aucun avenir économique ou politique s’éloignent de plus en plus du système au pouvoir. Les travailleurs, les retraités, les étudiants, les agriculteurs et d’autres catégories sociales continuent de faire face à des problèmes qui ne peuvent être résolus par des mesures sécuritaires.

C’est pourquoi l’inquiétude croissante du régime face à un nouveau soulèvement national est si importante.

Ses propres avertissements semblent indiquer que les autorités comprennent les limites de la répression. Elles savent que le problème ne réside pas simplement dans l’organisation des manifestations ; il réside dans l’accumulation des griefs à travers l’ensemble de la société.

La crainte d’un processus que le régime ne pourrait plus arrêter

Les soulèvements nationaux successifs en Iran ont modifié le paysage politique. La contestation n’est plus un phénomène isolé qui peut simplement être considéré comme un incident sécuritaire exceptionnel. La mémoire et l’expérience des précédents soulèvements restent profondément ancrées dans la société, tandis que les conditions qui les ont provoqués continuent de se dégrader.

Les mises en garde de plus en plus explicites du régime révèlent donc bien davantage qu’une simple inquiétude politique. Elles témoignent d’une peur plus profonde : celle d’une société qui atteindrait un point où les mécontentements accumulés convergeraient et où des manifestations isolées se transformeraient en un mouvement national plus large.

C’est le cauchemar auquel sont confrontés les dirigeants iraniens : non pas simplement une nouvelle manifestation, mais une succession de soulèvements qui deviendrait de plus en plus difficile à contenir.

Tant que le régime restera incapable ou refusera de répondre aux revendications politiques, économiques et sociales fondamentales du peuple iranien, les forces qui alimentent les troubles resteront présentes.

Les avertissements qui émanent du sein même du régime constituent, à cet égard, un aveu de sa propre vulnérabilité. Ils reconnaissent que le plus grand danger qui menace la structure actuelle du pouvoir ne réside pas seulement dans les pressions extérieures, mais dans la colère non résolue de millions d’Iraniens.

Et cette colère ne peut pas être réprimée indéfiniment.