La crise de l’eau et de l’électricité s’aggrave en Iran, tandis que les services essentiels deviennent un privilège

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CSDHI – Des villages qui ne disposent d’eau potable que deux heures par jour à l’eau boueuse qui coule des robinets à Ahwaz, en passant par les coupures d’électricité répétées à Téhéran, la crise des infrastructures iraniennes devient de plus en plus une crise de survie.

Pour des millions de personnes à travers l’Iran, l’accès à l’eau potable et à une électricité fiable — des services essentiels qui devraient être garantis dans toute société fonctionnelle — devient de plus en plus incertain.

Durant l’été caniculaire de 2026, les pénuries d’eau et les coupures d’électricité se sont étendues à de vastes régions du pays. Des villages ne disposent plus que de quelques heures d’eau potable par jour, les habitants des grandes villes reçoivent de l’eau polluée ou boueuse au robinet, et les entreprises sont régulièrement contraintes de fermer en raison des coupures de courant.

Même les médias officiels et liés à l’État ne peuvent plus dissimuler l’ampleur de la crise.

Le 15 août, l’agence de presse officielle IRNA a rapporté que 12 provinces, représentant une population cumulée d’environ 40 millions de personnes, étaient confrontées à un stress hydrique.

La crise ne se limite pas aux zones rurales reculées. Elle touche désormais de grands centres urbains, notamment Téhéran, Ahvaz et Machhad, tandis que des responsables gouvernementaux reconnaissent ouvertement que les ressources en eau essentielles s’épuisent.

Deux heures d’eau potable par jour

L’un des exemples les plus frappants vient du village de Kamar-e Olya, dans le comté d’Islamabad-e Gharb, où les habitants ne disposeraient d’eau potable que deux heures par jour.

Pour les familles confrontées aux fortes chaleurs estivales, de telles restrictions ne constituent pas un simple désagrément. L’eau est indispensable pour boire, cuisiner, se laver et assurer les conditions élémentaires d’hygiène. Lorsque l’approvisionnement est limité à deux heures, les foyers doivent tenter de stocker suffisamment d’eau pour survivre pendant les 22 heures restantes.

La situation est d’autant plus préoccupante que le gouvernement lui-même reconnaît que le problème s’étend à une grande partie du pays.

Selon IRNA, le gouverneur adjoint de la province du Khorassan-e Razavi a indiqué que la consommation d’eau par habitant à Machhad était d’environ 120 litres par personne et par jour, soit moins que la moyenne nationale de 180 litres. Il a toutefois reconnu que les projets hydrauliques ne pouvaient être réalisés sans ressources financières suffisantes.

Cet aveu met en lumière l’un des principaux échecs à l’origine de la crise : les projets d’infrastructures nécessitent des investissements, tandis que le gouvernement n’a pas fourni les ressources nécessaires pour entretenir et développer les réseaux essentiels d’approvisionnement en eau.

Des coupures de courant à Téhéran à l’eau boueuse d’Ahwaz

La crise touche simultanément les réseaux d’eau et d’électricité.

Les habitants de Téhéran ont signalé des coupures répétées d’électricité et d’eau, les deux problèmes étant souvent directement liés. Dans de nombreux quartiers, lorsque l’électricité est coupée, la pression de l’eau s’effondre également, car les systèmes de pompage et de distribution dépendent de l’électricité.

Un habitant du quartier de Kianshahr, à Téhéran, a décrit la situation dans une vidéo :

« Il est neuf heures du soir, au cœur de Téhéran, à Kianshahr. L’électricité et l’eau sont toutes les deux coupées. Quand l’électricité s’en va, l’eau disparaît rapidement elle aussi. »

Pour les habitants, la combinaison de la chaleur, de l’obscurité et du manque d’eau a transformé la vie quotidienne ordinaire en véritable épreuve.

À Ahvaz, la situation est encore plus alarmante. Des habitants ont filmé une eau du robinet si boueuse et d’apparence si contaminée qu’ils affirment qu’elle ne peut pas être utilisée sans danger pour se laver, et encore moins pour boire.

Un habitant, visiblement exaspéré, demande :

« Regardez cette eau. Qu’est-ce qu’on est censés en faire ? À quoi puis-je l’utiliser ? »

Un autre habitant décrit cette eau comme ressemblant à des boues d’eaux usées et se demande comment les habitants pourraient bien se laver avec :

« Si vous vous versez cette eau sur la tête, vous pourriez attraper mille maladies et infections. »

Ces témoignages illustrent la différence entre le simple fait d’avoir de l’eau qui arrive par un tuyau et celui de disposer d’une eau sûre et utilisable.

La crise de l’eau et de l’électricité détruit également les moyens de subsistance

Les pénuries d’eau s’accompagnent d’une crise de l’électricité qui paralyse de plus en plus l’activité économique.

Le 18 août, des commerçants et des professionnels des marchés de Téhéran ont protesté contre les coupures répétées d’électricité qui perturbaient leur activité pendant les heures de travail.

Un commerçant de Téhéran a décrit les conséquences des coupures programmées :

« L’électricité est coupée de 17 heures à 19 heures. Quelle production est possible lorsqu’ils coupent l’électricité du marché de 17 heures à 19 heures ? Nous en parlons et ils nous traitent d’émeutiers et de fauteurs de troubles. »

Pour des entreprises déjà confrontées à des loyers élevés, à l’inflation et à la baisse du pouvoir d’achat, les coupures répétées de courant représentent une charge financière supplémentaire.

Un commerce qui ne peut fonctionner en raison des pénuries d’électricité doit malgré tout continuer à payer son loyer, ses salaires, ses impôts et ses autres dépenses. Les petites entreprises se retrouvent donc face à un choix impossible : rester ouvertes sans pouvoir fonctionner ou fermer tout en continuant à supporter leurs coûts fixes.

La crise de l’électricité n’est donc pas seulement un problème d’infrastructures. Elle contribue directement à la contraction de l’activité économique et à la destruction des revenus des ménages.

Les réserves d’eau souterraine de l’Iran s’épuisent

La crise de l’eau ne se limite pas aux pénuries estivales temporaires.

Un responsable de la Compagnie régionale des eaux de Yazd a récemment reconnu la dégradation de l’état des ressources en eaux souterraines de la province.

Selon ce responsable, Yazd se trouve dans une situation critique concernant ses réserves d’eau souterraine, les prélèvements dépassant la quantité d’eau pouvant être durablement mobilisée.

Cet avertissement est important, car l’épuisement des nappes phréatiques ne peut pas être résolu simplement en attendant la prochaine saison des pluies. Une fois les aquifères gravement épuisés, leur reconstitution peut prendre des années, voire des décennies, selon les conditions géologiques et climatiques.

Le responsable a reconnu que lorsque les ressources en eau souterraine diminuent, la poursuite de l’augmentation de la consommation sans tenir compte des capacités réelles de ces ressources ne peut être durable.

Autrement dit, les autorités reconnaissent que le modèle actuel de consommation et de prélèvement d’eau est fondamentalement insoutenable.

Même l’accès à l’eau potable révèle les inégalités

La crise a également mis en évidence des disparités frappantes au sein des institutions du pays.

Un soldat servant dans une caserne militaire gouvernementale a raconté être tombé gravement malade après avoir bu de l’eau contaminée du robinet. Selon son témoignage, des examens médicaux ont conclu qu’il avait été intoxiqué par l’eau fournie dans la caserne et qu’il devait désormais boire de l’eau en bouteille.

Mais, comme il l’a souligné, acheter de l’eau en bouteille représente en soi une charge financière pour un appelé.

Il a également décrit une différence flagrante entre les conditions dans sa caserne et celles rapportées par des soldats servant dans des installations contrôlées par le Corps des gardiens de la révolution islamique, affirmant qu’on leur avait dit que de l’eau en bouteille y était fournie.

Que chacun de ces témoignages individuels puisse ou non être vérifié de manière indépendante, cette accusation reflète une perception plus large et profondément préoccupante : même au cœur d’une crise nationale des infrastructures, l’accès aux produits de première nécessité peut dépendre du statut politique et sécuritaire d’une institution.

Une crise des priorités

Le gouvernement a régulièrement attribué les pénuries d’eau et d’électricité à la sécheresse, au changement climatique, à la consommation excessive et à l’insuffisance des précipitations. Ces facteurs sont réels et ne peuvent être ignorés.

Mais ils n’expliquent pas entièrement la profondeur de la crise.

La pénurie d’eau devient une catastrophe nationale lorsque des décennies de mauvaise planification, de corruption, de sous-investissement, de surexploitation des eaux souterraines, d’infrastructures vieillissantes et de mauvaise gestion convergent.

Il en va de même pour l’électricité. L’Iran dispose d’immenses ressources énergétiques, mais sa population subit régulièrement des coupures de courant et ses entreprises sont contraintes de suspendre leur activité.

La question n’est donc pas simplement de savoir si l’Iran dispose de suffisamment de ressources naturelles. Il s’agit de savoir si le gouvernement a utilisé efficacement ces ressources et investi suffisamment dans les infrastructures nécessaires à la fourniture des services essentiels.

Les éléments disponibles indiquent de plus en plus un échec profond dans l’établissement des priorités.

Alors que les ménages ordinaires peinent à obtenir de l’eau potable et de l’électricité, d’importantes ressources publiques continuent d’être absorbées par l’appareil sécuritaire et militaire du régime ainsi que par des projets qui ne répondent pas aux besoins immédiats de la population.

Dire aux gens de « supporter » n’est pas une solution

Dans ce contexte, les responsables du régime ont appelé à plusieurs reprises la population à supporter la dégradation des conditions de vie.

De tels appels sont de plus en plus déconnectés de la réalité vécue par les Iraniens ordinaires.

Une famille qui ne dispose d’eau que deux heures par jour ne peut pas simplement « supporter » cette situation indéfiniment. Un habitant qui reçoit de l’eau boueuse au robinet ne peut pas résoudre le problème par des sacrifices personnels. Un commerçant dont l’électricité est régulièrement coupée ne peut pas payer son loyer avec des slogans politiques.

L’écart entre la rhétorique officielle et l’expérience vécue par la population devient donc de plus en plus difficile à dissimuler.

Les crises de l’eau et de l’électricité en Iran sont les symptômes d’un échec de gouvernance beaucoup plus vaste. Elles révèlent ce qui se produit lorsque les infrastructures essentielles sont négligées, que les ressources sont mal réparties, que les limites environnementales sont ignorées et que l’absence de responsabilité perdure.

Combien de temps encore la population pourra-t-elle supporter cette situation ?

La question qui se pose à l’Iran n’est plus de savoir si les crises de l’eau et de l’électricité existent. Même les institutions liées au gouvernement reconnaissent désormais leur gravité.

La question la plus urgente est de savoir combien de temps encore la population peut être contrainte de vivre avec un accès de plus en plus dégradé aux produits de première nécessité, tout en s’entendant dire que la situation est normale ou qu’elle doit simplement la supporter.

De Kamar-e Olya, où les habitants ne disposeraient d’eau potable que deux heures par jour, à Ahvaz, où la population peine à composer avec une eau boueuse au robinet, en passant par les marchés de Téhéran, où les entreprises sont paralysées par les coupures répétées de courant, la même réalité se dessine à travers tout le pays.

Les crises de l’eau et de l’électricité en Iran ne sont pas des situations d’urgence isolées. Elles constituent des manifestations interdépendantes d’un système d’infrastructures et de gouvernance qui a échoué à protéger les intérêts les plus fondamentaux de la population.

Lorsque l’eau potable devient un luxe, que l’électricité n’est plus fiable et que les entreprises ne peuvent plus fonctionner normalement, la crise dépasse largement le simple désagrément.

Elle devient une crise de survie — et un nouvel indicateur puissant du fossé croissant entre les priorités du régime et les besoins du peuple iranien.