CSDHI – Arrestations, exécutions et conditions de détention mettant des vies en danger à l’heure de la Journée mondiale de l’aide humanitaire
La Journée mondiale de l’aide humanitaire est célébrée chaque année le 19 août en mémoire des 22 travailleurs humanitaires tués lors de l’attentat du 19 août 2003 contre le siège des Nations unies à l’hôtel Canal, à Bagdad. Cette journée souligne la nécessité de protéger les civils et le personnel humanitaire, ainsi que de préserver la dignité humaine dans les conflits armés et autres situations d’urgence. (Nations unies et Bureau de la coordination des affaires humanitaires, page officielle de la Journée mondiale de l’aide humanitaire)
En Iran, la protection des civils s’étend également aux portes des centres de détention et des prisons. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a indiqué que, depuis le 19 mars 2026, au moins 56 personnes avaient été exécutées pour des accusations liées à la sécurité nationale et que plus de 100 autres risquaient d’être exécutées. Le Haut-Commissariat estime également que plus de 4 000 personnes ont été arrêtées depuis le 28 février. Des informations vérifiées provenant du quartier 5 de la prison du Grand Téhéran indiquent en outre qu’environ 400 prisonniers sont détenus dans une salle équipée de 240 lits. Ce rapport examine les arrestations, les condamnations à mort, les conditions de détention et les positions de la communauté internationale. (HCDH, 29 avril et 5 août 2026 ; informations reçues le 12 août 2026)
Extension des arrestations
Le 23 janvier, la Mission d’établissement des faits des Nations unies a fait état de plus de 24 000 arrestations pendant les manifestations de l’hiver. Le 29 avril, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a ensuite estimé que plus de 4 000 personnes supplémentaires avaient été arrêtées depuis le 28 février pour des accusations liées à la sécurité nationale. Selon le Haut-Commissariat, certains détenus avaient été victimes de disparition forcée, de torture ou de mauvais traitements, de confessions forcées parfois diffusées à la télévision, ainsi que de simulations d’exécution. Les membres des minorités ethniques et religieuses étaient particulièrement exposés.
Les informations vérifiées couvrant la période du 1er au 7 août 2026 ont recensé plus de 40 cas d’arrestations collectives ou de maintien en détention sans décision, à Kerman, Marivan, Khash, Ahvaz et Taftan. Parmi les cas signalés figurent l’arrestation de 21 citoyens dans la province de Kerman et de six citoyens kurdes dans le village de Ni, près de Marivan ; le maintien en détention de sept séminaristes sunnites à Khash, de huit membres de la famille Shahbakhsh à Taftan et de quatre citoyens à Ahvaz. Entre le 8 et le 14 août, au moins 26 arrestations ou convocations liées à la sécurité ont également été recensées, tandis que 159 détenus demeuraient dans une situation non résolue à la prison de Yazd. Le chiffre de la deuxième période combinant arrestations et convocations, et celui de Yazd correspondant à la population détenue dans un établissement pénitentiaire, ces données ne doivent pas être additionnées entre elles ni aux estimations des Nations unies.
« En temps de guerre, les menaces pesant sur les droits humains augmentent de manière exponentielle. Pourtant, même lorsque la sécurité nationale est en jeu, les droits humains ne peuvent être restreints que lorsque cela est strictement nécessaire, proportionné et poursuit un objectif légitime. Les droits fondamentaux, notamment la protection contre la détention arbitraire et le droit à un procès équitable, doivent être pleinement respectés en toutes circonstances. »
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, 29 avril 2026, HCDH
Condamnations à mort et exécutions
A. Le cas des 12 manifestants d’Ispahan
Le 5 août, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a indiqué qu’au moins 56 personnes avaient été exécutées depuis le 19 mars pour des accusations liées à la sécurité nationale, dont 27 dans des affaires liées aux manifestations qui avaient débuté plus tôt dans l’année. Plus de 100 autres personnes risquaient l’exécution pour des accusations similaires. Selon le Haut-Commissariat, les exécutions liées aux stupéfiants se poursuivaient également à un rythme « alarmant ». Ces chiffres sont ventilés selon les catégories concernées et ne doivent pas être considérés comme représentant le nombre total des exécutions dans le pays.
Un exemple particulièrement important est celui de 12 jeunes hommes arrêtés en lien avec les manifestations du 8 janvier sur la place Alikhani, à Ispahan. Des experts des Nations unies ont indiqué que les condamnations à mort avaient été prononcées à l’issue d’un procès collectif de trois heures tenu à huis clos. La responsabilité individuelle de chacun des accusés n’avait pas été établie et les confessions diffusées à la télévision d’État auraient été obtenues sous la contrainte. La justice a accusé les hommes d’être impliqués dans la mort de quatre membres des forces de l’ordre et dans des destructions de biens. Ces accusations sont rapportées ici comme étant la position officielle des autorités et non comme des faits établis de manière indépendante.
« Condamner 12 personnes à mort au cours d’une seule audience, à huis clos et sans établir la responsabilité individuelle de chacun des accusés constitue une violation des normes reconnues en matière de procès équitable. »
Experts indépendants des Nations unies, 27 juillet 2026, HCDH
La justice a confirmé les exécutions d’Erfan Esfandiyari et Gol-Mohammad Mohammadi le 19 juillet, suivies de celles d’Abolfazl Sepahi Badjani et Amirhossein Safari Hosseinabadi le 28 juillet. À la date de la dernière vérification effectuée pour ce rapport, quatre accusés avaient donc été exécutés et les huit autres demeuraient sous le coup d’une condamnation à mort. Aucune décision annulant les condamnations restantes n’a été retrouvée dans les sources officielles examinées. (Mizan, 19 et 28 juillet 2026 ; HCDH, 27 juillet et 5 août 2026)
« Je suis alarmé par l’augmentation du nombre d’exécutions et de condamnations à mort prononcées depuis mars. La peine de mort continue d’être utilisée pour instaurer la peur au sein de la population et réprimer la dissidence. »
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, 5 août 2026, HCDH
B. Au moins 27 exécutions recensées au cours des deux premières semaines d’août
Les informations vérifiées indiquent qu’au moins 17 personnes ont été exécutées dans les prisons iraniennes entre le 1er et le 7 août, et au moins 10 autres entre le 8 et le 14 août, portant à au moins 27 le nombre d’exécutions en deux semaines. Ce décompte périodique peut recouper les chiffres thématiques du Haut-Commissariat des Nations unies concernant les exécutions pour des accusations liées à la sécurité nationale et ne doit pas être additionné à ces derniers.
Parmi les personnes exécutées au cours de la première semaine figurait Arvin Kheirkhahan, un manifestant de 19 ans mis à mort à la prison de Shahroud pour le chef d’accusation officiel de moharebeh, ou « inimitié envers Dieu ». Farzad Sobhani a également été exécuté à la prison d’Urmia. Selon les informations relatives à son dossier, il avait moins de 18 ans au moment des faits qui lui étaient reprochés.
Au cours de la deuxième semaine, Marzieh Niri, une femme de 24 ans victime d’un mariage d’enfant, a été exécutée à la prison de Qazvin. Durant la même période, Mehdi, également connu sous le nom de Sikan, Roshani, qui avait été arrêté pendant les manifestations de janvier, a été condamné à mort, tandis que la Cour suprême a confirmé la condamnation à mort de Rasoul Rezaei, un autre détenu arrêté lors de ces mêmes manifestations.
Ces affaires soulignent la nécessité de publier immédiatement les jugements, d’identifier les chambres judiciaires concernées, de rendre publiques les conditions dans lesquelles les accusés ont eu accès à un avocat et de préciser sur quelle base la responsabilité individuelle de chacun a été établie.
Des prisons soumises à une chaleur mettant les vies en danger
A. Quartier 5 de la prison du Grand Téhéran : 400 prisonniers pour 240 lits
Selon des informations vérifiées reçues le 12 août 2026, chaque salle du quartier 5 de la prison du Grand Téhéran comprend 16 chambres de 15 lits chacune, soit un total de 240 lits, tandis que la population de chaque salle serait d’environ 400 détenus.
Environ 160 personnes sont donc détenues au-delà de la capacité en lits, certaines dormant dans les couloirs et dans la salle religieuse commune de la prison, ou hosseiniyeh. Le taux d’occupation est ainsi d’environ 167 % par rapport au nombre de lits disponibles.
L’eau de ce quartier serait salée et impropre à la consommation. Les prisonniers doivent acheter eux-mêmes de l’eau en bouteille pour boire et préparer leur thé. Des sources font état de maladies cutanées et fongiques, d’une nourriture insuffisante et d’un pain provoquant des problèmes gastro-intestinaux.
Les prisonniers doivent parfois attendre trois à quatre mois pour obtenir une visite en personne, tandis que les familles sont confrontées à de longs délais et à des traitements inappropriés les jours de visite.
Ces témoignages concernent les conditions actuelles dans le quartier 5. Aucune réponse spécifique de l’Organisation des prisons à ces problèmes n’a été retrouvée dans les sources publiques examinées jusqu’au 16 août.
B. Quartier 7 de la prison d’Evine : problèmes d’hygiène, gale et absence de séparation entre détenus
Des informations vérifiées datées du 17 juillet 2026 font état de douches hors service dans le quartier 7 de la prison d’Evine, de pénuries de produits de nettoyage et de désinfection, ainsi que d’une augmentation des maladies cutanées.
Des personnes atteintes de gale auraient été transférées dans le quartier sans véritable mise en quarantaine, tandis que des prisonniers politiques sont détenus aux côtés de personnes emprisonnées pour des infractions financières et de ressortissants étrangers.
Ces informations nécessitent une inspection médicale indépendante ainsi que la publication de données officielles sur les infections, le dépistage et les traitements.
C. Unité 2 de Qezel Hesar : grève de la faim contre les exécutions et restrictions des communications
Selon des informations vérifiées, une vaste grève de la faim s’est poursuivie du 13 au 28 juillet 2026 dans l’unité 2 de la prison de Qezel Hesar, après le transfert à l’isolement de six prisonniers condamnés à mort.
Des dispositifs de brouillage des communications seraient restés actifs après la fin de la grève. Plusieurs prisonniers se sont plaints de maux de tête et de troubles neurologiques. Toutefois, aucun lien de causalité entre ces symptômes et les équipements ne peut être confirmé sans évaluation technique et médicale indépendante.
D. Constatations de la Mission d’établissement des faits concernant la prison de Qarchak
Le document de travail de la Mission d’établissement des faits des Nations unies, publié le 13 mars 2026, décrit les conditions de détention à la prison de Qarchak comme marquées par la surpopulation, des cellules insalubres, la saleté et la présence d’insectes, une mauvaise ventilation, une chaleur extrême et un accès insuffisant à une eau et à une nourriture sûres.
Ces constatations sont indépendantes des informations actuelles concernant les prisons du Grand Téhéran et d’Evin, mais elles indiquent que les problèmes liés à l’eau, à la ventilation, à la surpopulation et à l’hygiène ne sont pas limités à une seule prison ou à un témoignage isolé. (A/HRC/61/CRP.2, 13 mars 2026)
« Les conditions de détention dans les prisons iraniennes sont désastreuses. Les détenus souffrent d’une grave surpopulation et de pénuries aiguës de nourriture, d’eau, de produits d’hygiène et de médicaments, et sont privés de soins médicaux. »
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, 29 avril 2026, HCDH
E. Violences des gardiens et refus de soins médicaux en août
Entre le 1er et le 7 août, des gardiens de la prison d’Evin ont perquisitionné le quartier 7 et violemment battu Amirhossein Moradi, Ehsan Rostami et Afshin Rangriz. Tous trois ont été transférés alors qu’ils étaient blessés vers un lieu inconnu.
Compte tenu de l’absence d’informations sur leur lieu de détention et leur état de santé, les autorités doivent immédiatement informer leurs familles et leurs avocats du lieu où ils ont été transférés, de leur état physique et du fondement juridique de cette mesure.
Entre le 8 et le 14 août, Taktam Ramezani, âgée de 37 ans, est décédée après une rupture de la vésicule biliaire et un délai de quatre jours avant son transfert de la prison de Vakilabad, à Machhad, vers un hôpital.
Le décès de Nosrat Khaledi, au cours de la même période, a également été signalé comme étant lié au refus de soins médicaux essentiels.
Kamran, également connu sous le nom de Yehuda, Hekmati, un prisonnier atteint d’un cancer, a été renvoyé à Evin avant d’avoir achevé sa chimiothérapie nécessaire, tandis que Javad Alikordi, avocat, aurait subi de graves dommages physiques après quatre mois d’isolement cellulaire.
Ces affaires nécessitent une enquête indépendante afin de déterminer tout éventuel lien entre les décisions ou les retards imputables aux responsables pénitentiaires et les blessures ou décès des prisonniers.
Les familles, elles aussi victimes, à l’extérieur des prisons
Dans les affaires impliquant la peine de mort, le manque d’informations sur le lieu de détention, les transferts à l’isolement et l’absence de notification transparente concernant la date des exécutions plongent les familles dans une anxiété permanente.
Dans le cas des 12 manifestants d’Ispahan, quatre exécutions ont été réalisées entre le 19 et le 28 juillet malgré les avertissements des experts des Nations unies concernant le caractère collectif et à huis clos du procès.
Les conséquences humaines de telles procédures dépassent donc la personne condamnée et affectent également les droits de sa famille à l’information, aux visites et à un dernier adieu.
La réponse judiciaire et politique du gouvernement
A. Position de la justice sur les arrestations et les exécutions
« Nos vérifications montrent que 90 % des personnes arrêtées lors des récents événements n’ont pas de casier judiciaire. »
Ali Mozafari, adjoint aux affaires judiciaires de la justice iranienne, 10 février 2026 ; publié par l’IRNA et les médias nationaux
Cette déclaration officielle indique qu’une large majorité des personnes arrêtées n’avaient pas de casier judiciaire, contrairement à certains récits émanant des services de sécurité. Dans le même temps, toutefois, la justice a insisté sur l’accélération des procédures.
« La population attend de nous que nous accélérions les procédures concernant les principaux éléments des troubles, et c’est une demande légitime. »
Gholamhossein Mohseni Ejei, chef de l’appareil judiciaire, 16 février 2026 ; IRNA, 17 février 2026
Lors de la session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme du 23 janvier, Ali Bahreini, représentant de la République islamique d’Iran à Genève, a déclaré que l’Iran reconnaissait le droit de manifester pacifiquement, mais a affirmé que les événements des 8 au 10 janvier avaient évolué vers une « violence organisée ».
Il a qualifié la session et la résolution de « simple outil de pression contre l’Iran ».
Ces affirmations officielles, y compris les accusations formulées contre les accusés d’Ispahan, ne peuvent être considérées comme des faits établis sans publication des jugements complets et des dossiers judiciaires et sans possibilité d’un examen indépendant.
B. Réponse à la surpopulation et aux conditions carcérales
Le 28 janvier 2026, les responsables pénitentiaires ont annoncé que 274 prisonniers de Qezel Hesar avaient été placés sous surveillance électronique à l’extérieur de la prison, afin de réduire la population carcérale.
Cette mesure ne répond toutefois pas spécifiquement aux informations actuelles concernant le quartier 5 de la prison du Grand Téhéran, le quartier 7 d’Evin ou l’unité 2 de Qezel Hesar.
Au 16 août 2026, les sources publiques examinées ne contenaient aucune explication officielle précise concernant la capacité des salles, l’eau potable, la ventilation, la propagation des maladies, l’obligation d’acheter certains produits essentiels ou les délais d’attente pour les visites dans ces trois établissements.
C. Réponse à la déclaration internationale conjointe
Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran, a rejeté les condamnations internationales des exécutions et, en réponse à la position commune de 32 pays et du Haut Représentant de l’Union européenne, a accusé les États critiques d’appliquer une politique de deux poids, deux mesures.
« Des pays comme la France doivent cesser de faire la leçon au monde sur les “droits humains” et le droit international. »
Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran, 13 août 2026 ; déclaration publiée sur X
Positions internationales
A. Positions des organismes des Nations unies
« À la suite des événements choquants qui viennent de se produire en Iran, la priorité doit désormais être de recueillir les preuves et de déterminer si des violations des droits humains et des crimes internationaux, notamment des crimes contre l’humanité, ont été commis. »
Sara Hossain, présidente de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran, 23 janvier 2026, Conseil des droits de l’homme des Nations unies
Le même jour, le Conseil des droits de l’homme a prolongé de deux ans le mandat de la Mission d’établissement des faits et d’un an celui du Rapporteur spécial.
Le 29 avril, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme a appelé à mettre fin aux exécutions, à instaurer un moratoire sur la peine de mort, à garantir des procès équitables et à libérer les personnes détenues arbitrairement.
Le 27 juillet, des experts des Nations unies ont demandé l’annulation des condamnations à mort des 12 manifestants d’Ispahan et ont souligné :
« Les aveux obtenus sous la contrainte ne devraient jamais être admis comme éléments de preuve, et leur diffusion avant le procès viole la présomption d’innocence. »
B. Position commune de 32 pays et de l’Union européenne
Le 12 août 2026, le Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et 32 pays, parmi lesquels l’Albanie, l’Australie, le Canada, la France, l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni, ont publié une déclaration commune condamnant « dans les termes les plus fermes » l’exécution de manifestants et le recours continu de l’Iran à la peine de mort.
Les signataires ont appelé à un arrêt immédiat des exécutions et à la libération de toutes les personnes détenues arbitrairement.
« Le recours à la peine de mort pour faire taire la dissidence, intimider des communautés et punir des individus pour avoir exercé leurs droits humains ne peut jamais être justifié. Le peuple iranien doit pouvoir exercer ses droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique sans crainte. »
Déclaration commune de 32 pays et du Haut Représentant de l’Union européenne, 12 août 2026
Dans un message publié au même moment, Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, a écrit que, sept mois après les violations généralisées commises contre des personnes qui s’étaient soulevées pour la justice et la dignité, les autorités poursuivaient le bain de sang par une intensification des exécutions.
Contrairement aux rapports ou déclarations d’organisations non gouvernementales, cette position internationale constitue la position officielle des gouvernements signataires et du Haut Représentant de l’Union européenne.
C. Déclaration écrite d’ONG lors de la 61e session
Le 9 mars 2026, 11 organisations non gouvernementales dotées du statut consultatif auprès du Conseil économique et social ont soumis une déclaration écrite commune, A/HRC/61/NGO/412, pour examen au titre du point 4 de l’ordre du jour de la 61e session du Conseil des droits de l’homme.
Le document mettait en garde contre le risque d’exécution auquel étaient exposés des prisonniers politiques, contre l’accélération de procédures judiciaires opaques, le refus d’accès à un avocat et le recours à des aveux forcés.
Il abordait notamment les situations de Zahra Tabari, Ehsan Faridi et Mohammad Javad Vafaei-Sani.
La déclaration appelait à mettre fin aux exécutions, à soutenir la Mission d’établissement des faits et le Rapporteur spécial, à préserver les preuves, à empêcher la destruction d’éventuels lieux d’inhumation et à utiliser les mécanismes de responsabilisation, notamment la compétence universelle.
La soumission et la diffusion de ce document dans le cadre du Conseil des droits de l’homme ne signifient pas que le Conseil en a adopté le contenu ou qu’il a vérifié indépendamment l’ensemble de ses chiffres. Cette distinction est nécessaire pour attribuer correctement les différentes positions.
Normes juridiques applicables
Les articles 6, 7, 9, 10, 14, 19 et 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques protègent le droit à la vie, l’interdiction de la torture, la protection contre les détentions arbitraires, le traitement humain des personnes privées de liberté, le droit à un procès équitable ainsi que les libertés d’expression et de réunion pacifique.
Dans les pays qui n’ont pas encore aboli la peine de mort, son utilisation doit être limitée aux « crimes les plus graves ». Le Comité des droits de l’homme a interprété cette expression comme désignant les crimes impliquant un homicide intentionnel ayant entraîné la mort.
Le prononcé ou l’exécution d’une peine de mort à l’issue d’un procès collectif à huis clos, fondé sur des aveux forcés ou après refus d’un accès à l’avocat de son choix, crée un risque de privation arbitraire de la vie.
Les Règles Nelson Mandela imposent également à l’État une responsabilité directe dans la prise en charge des détenus. Les règles 13, 18, 22 et 24 exigent des conditions climatiques et une ventilation appropriées, de l’eau et des installations sanitaires, de l’eau potable disponible chaque fois que nécessaire, ainsi que des services de santé équivalents à ceux disponibles dans la communauté.
Le fait de détenir environ 400 personnes pour 240 lits, de rendre l’accès à l’eau potable dépendant de la capacité à payer et de laisser des maladies transmissibles se propager sans quarantaine efficace serait, si ces éléments étaient confirmés par une inspection indépendante, incompatible avec ces normes.
Conclusion et mesures immédiates proposées
Les éléments présentés dans ce rapport révèlent une chaîne d’événements identifiable : arrestations massives et familles privées d’informations ; procédures à huis clos et accélérées ; risque et mise en œuvre de condamnations à mort ; puis transfert de nouveaux détenus dans des prisons déjà touchées par des pénuries de lits, d’eau potable, de ventilation, d’installations sanitaires et de soins médicaux.
Les positions des Nations unies, de 32 pays et du Haut Représentant de l’Union européenne soulignent également la nécessité de mettre fin aux exécutions, de libérer les personnes détenues arbitrairement, de garantir des procès équitables et d’établir les responsabilités.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, la privation de liberté ne doit pas se transformer en privation des droits à la vie, à la santé et à la dignité.
1. Toutes les exécutions devraient être immédiatement suspendues, les condamnations à mort prononcées à l’issue de procédures ne garantissant pas un procès équitable devraient être annulées et un moratoire officiel sur la peine de mort devrait être instauré.
2. Les noms, lieux de détention et statuts judiciaires de toutes les personnes détenues devraient être rendus publics, et leur accès immédiat à l’avocat de leur choix, à leurs familles et à des soins médicaux indépendants devrait être garanti.
3. L’Organisation des prisons devrait publier des données sur la capacité des établissements, leur population, les maladies et les décès, et autoriser des inspections indépendantes des prisons du Grand Téhéran, d’Evin, de Qezel Hesar et de Qarchak.
4. De l’eau potable, une ventilation adéquate, un espace suffisant pour dormir, une alimentation convenable, des produits d’hygiène et des soins médicaux devraient être fournis immédiatement, sans que leur accès dépende des moyens financiers du prisonnier ou de sa famille.
5. Les preuves relatives aux arrestations, aux actes de torture, aux disparitions forcées, aux décès en détention et aux exécutions devraient être préservées, et les mécanismes indépendants des Nations unies devraient obtenir l’accès aux informations et aux lieux de détention.
Sources publiques sélectionnées
L’institution et la date apparaissent immédiatement après l’affirmation ou la citation concernée dans le rapport. La liste ci-dessous est fournie afin de faciliter la consultation du document original ou de la version publique fiable la plus proche. Les informations vérifiées en interne ont été incluses sans que leur source soit nommée ou rendue accessible publiquement afin de la protéger.
- Nations unies, page officielle de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, consultée en août 2026.
- HCDH, « Iran : après des violences sans précédent, la priorité doit être donnée à la collecte de preuves », 23 janvier 2026.
- Conseil des droits de l’homme des Nations unies, compte rendu de la session extraordinaire consacrée à l’Iran, 23 janvier 2026.
- IRNA, déclarations d’Ali Mozafari sur les antécédents judiciaires des détenus, 10 février 2026.
- IRNA, déclarations du chef de l’appareil judiciaire à Ispahan, 17 février 2026.
- HCDH, rapport détaillé de la Mission d’établissement des faits, A/HRC/61/CRP.2, 13 mars 2026.
- HCDH, « Iran : Türk dénonce la répression de la dissidence », 29 avril 2026.
- HCDH, « Des experts de l’ONU demandent à l’Iran d’annuler les condamnations à mort de 12 manifestants », 27 juillet 2026.
- Mizan, confirmation des exécutions d’Erfan Esfandiyari et Gol-Mohammad Mohammadi, 19 juillet 2026.
- Mizan, confirmation des exécutions d’Abolfazl Sepahi Badjani et Amirhossein Safari Hosseinabadi, 28 juillet 2026.
- HCDH, « Iran : Türk affirme que les exécutions sont utilisées pour instaurer la peur et réprimer la dissidence », 5 août 2026.
- Gouvernement suédois, déclaration commune sur les exécutions en Iran, 12 août 2026.
- Conseil des droits de l’homme, déclaration écrite commune d’ONG, A/HRC/61/NGO/412, 9 mars 2026.
- IRNA, mise en place de la surveillance électronique pour 274 prisonniers de Qezel Hesar, 28 janvier 2026.
- Nations unies, Ensemble de règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus — Règles Nelson Mandela, 17 décembre 2015.
- HCDH, Pacte international relatif aux droits civils et politiques, 16 décembre 1966.


