La conférence de Genève met en lumière l’escalade des exécutions et la répression de la société civile en Iran

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CSDHI – Des personnalités politiques, des experts juridiques et des défenseurs des droits humains réunis au siège européen de l’ONU mettent en garde contre l’escalade des exécutions, les restrictions visant la société civile et le regain de répression contre les prisonniers politiques en Iran.

Une conférence organisée au siège européen des Nations unies à Genève a réuni des personnalités politiques, des experts juridiques et des défenseurs des droits humains afin d’examiner la dégradation de la situation des droits humains en Iran et la vague croissante d’exécutions.

Les intervenants ont mis en évidence les restrictions croissantes imposées à la société civile, le recours à des accusations de sécurité aux contours très larges contre les opposants politiques, le déni des garanties d’un procès équitable et le ciblage accru des avocats, des journalistes, des militants, des étudiants et d’autres détracteurs du régime iranien.

Henrik Hermansson : la société civile sous une pression croissante

Le Dr Henrik Hermansson, politologue, a déclaré que les citoyens iraniens s’exposaient à de lourdes peines pour avoir communiqué avec des journalistes étrangers, des organisations non gouvernementales ou des organismes affiliés à l’ONU et pour avoir partagé des informations considérées comme sensibles par les autorités, notamment des informations relatives aux violations des droits humains.

Il a également évoqué une législation en cours d’élaboration en Iran sous la forme d’un projet de loi visant à lutter contre l’influence étrangère. Selon Hermansson, les mesures proposées exigeraient une autorisation préalable du ministère des Renseignements pour tout contact avec des ONG, des titulaires de mandats spéciaux de l’ONU et des organisations internationales. Le fait de ne pas obtenir cette autorisation pourrait entraîner de longues peines d’emprisonnement.

Hermansson a déclaré que ces restrictions avaient encore réduit un espace déjà extrêmement limité pour la société civile en Iran. Il a souligné que la possibilité, pour des représentants de la société civile, de se réunir à l’ONU et de parler ouvertement de la situation en Iran était donc particulièrement importante.

Il a également averti que les exécutions politiques augmentaient rapidement, tandis que le nombre total d’exécutions approchait de niveaux historiques. Les avocats, les syndicats, les journalistes, les personnels médicaux et d’autres défenseurs des droits civils sont de plus en plus pris pour cible, a-t-il déclaré, rendant plus difficile l’expression des voix critiques.

Hermansson a ajouté que la guerre régionale avait encore accéléré la répression intérieure du régime. Alors qu’exprimer sa dissidence en Iran devient de plus en plus dangereux, il a appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour faire entendre la voix du peuple iranien et garantir la protection de ses droits fondamentaux.

Christina Blacklaws : « Le monde ne doit pas répéter son échec »

Christina Blacklaws, ancienne présidente de la Law Society of England and Wales, s’est concentrée sur le recours croissant à la peine de mort contre les prisonniers politiques.

Elle a déclaré que, depuis mars, les autorités iraniennes avaient eu recours aux exécutions à une échelle et selon un schéma délibéré qui devraient préoccuper les gouvernements représentés à la conférence. Elle a décrit la vague actuelle comme le recours à la peine de mort le plus vaste et le plus soutenu en Iran depuis les massacres de masse de prisonniers politiques en 1988.

Selon Blacklaws, il ne s’agit pas de procédures pénales ordinaires. Des accusations vagues telles que moharebeh (guerre contre Dieu), baghi (rébellion) et efsad fel-arz (corruption sur Terre) sont utilisées pour criminaliser l’opposition politique, l’organisation d’activités et les prétendues affiliations politiques.

Elle a déclaré que les accusés étaient systématiquement privés des garanties d’un procès équitable, que des avocats indépendants étaient empêchés de les représenter correctement, que des aveux étaient extorqués sous la torture et que les familles restaient sans informations fiables sur le sort de leurs proches. Selon son analyse, l’objectif est l’intimidation plutôt que la justice.

Blacklaws a évoqué l’exécution secrète de six prisonniers politiques de la prison de Qezel Hesar entre le 30 mars et le 4 avril. Elle a fait référence à des images qui auraient été diffusées depuis l’intérieur de la prison et montreraient des prisonniers chantant des chants de résistance avant leur exécution.

Elle a également évoqué le cas d’Arghavan Falahi, une jeune femme de 25 ans, qui avait été arrêtée pour la première fois lors du soulèvement de 2022, puis de nouveau détenue en janvier 2025. Selon Blacklaws, Falahi a passé des mois en isolement et soumise à des interrogatoires. Blacklaws a déclaré qu’elle s’était jointe à des centaines de femmes du monde entier pour appeler à une action urgente afin d’empêcher son exécution.

Mise en garde contre une répétition du massacre de 1988

Blacklaws a établi un lien entre les exécutions actuelles et le massacre de prisonniers politiques de 1988 en Iran.

Elle a déclaré que plus de 30 000 prisonniers politiques avaient été tués à la suite d’un décret religieux désignant comme ennemis devant être exécutés les prisonniers qui restaient favorables à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI).

Blacklaws a souligné que ce décret n’avait jamais été officiellement révoqué. Elle a également évoqué une résolution adoptée par la Troisième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies l’année dernière qui faisait référence aux exécutions de 1988, qualifiant cette reconnaissance d’importante mais insuffisante.

Elle a fait valoir que les similitudes entre la situation actuelle et la période précédant le massacre de 1988 comprenaient le recours à des accusations similaires et l’intensification de la répression intérieure après des périodes de conflit extérieur.

Blacklaws a également fait référence à un éditorial publié en 2025 par un média affilié au Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans), qui appelait à la répétition des exécutions de 1988 et présentait le massacre comme une expérience historique réussie.

Elle a cité les conclusions de l’ancien rapporteur spécial de l’ONU sur l’Iran qui, après plusieurs années d’enquête, a conclu que les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées de 1988 constituaient des crimes contre l’humanité et un génocide.

Blacklaws a attribué la possibilité de nouvelles atrocités, en partie, à l’absence de reddition de comptes pour les massacres de 1988. Elle a averti que permettre aux auteurs d’échapper à la justice créait les conditions propices à la répétition de violations similaires.

S’adressant aux prisonniers politiques et à leurs familles en Iran, elle a déclaré que leurs noms et leurs actions avaient été entendus à l’échelle internationale, notamment à travers les chants de prison, les grèves de la faim et les protestations associées à la campagne « Les mardis contre les exécutions ».

Elle a conclu en appelant les gouvernements à ne pas répéter ce qu’elle a décrit comme l’échec de la communauté internationale à agir en 1988.

کریستینا بلک‌لاوز؛ کنفرانس حقوق‌بشر در مقر اروپایی ملل متحد، ژنو

Alfred de Zayas appelle à un changement démocratique

Alfred de Zayas, ancien expert indépendant de l’ONU sur la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, a évoqué sa visite à Achraf 3 et ses rencontres avec des survivants du massacre de 1988.

Il a exprimé sa solidarité avec le peuple iranien et apporté son soutien au Plan en dix points de Maryam Rajavi. Il a déclaré espérer que l’Iran disposerait bientôt d’un système démocratique dans lequel les citoyens jouiraient de la liberté d’expression, de la liberté de réunion, de la liberté d’association et des autres libertés fondamentales.

Rémy Pagani : appels à une action internationale

Rémy Pagani, ancien maire de Genève ayant effectué trois mandats et actuellement membre du Conseil municipal de Genève, a déclaré que le régime iranien répondait aux difficultés économiques et au mécontentement social généralisé par une répression accrue plutôt que par le dialogue ou la réforme.

Pagani a évoqué ce qu’il a décrit comme des mesures de plus en plus agressives prises par l’autorité judiciaire contre les personnes désignées par les autorités comme des « mercenaires » ou des « perturbateurs ». Il a déclaré que de telles appellations, définies de manière très large, pouvaient être utilisées contre des journalistes, des étudiants, des militants de la société civile et des citoyens ordinaires.

Il a également exprimé ses préoccupations concernant l’application, dans les universités, des prétendues lois sur le « hijab et la chasteté » du régime. Selon Pagani, de nouvelles réglementations sont utilisées pour renforcer les contrôles de sécurité sur les campus et restreindre l’espace civique disponible pour les femmes et les étudiants.

Pagani a appelé les institutions internationales à enquêter sur les allégations d’aveux forcés, de détention arbitraire et de menaces judiciaires contre des citoyens iraniens.

Il a demandé au rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits humains en Iran, au rapporteur spécial sur la liberté d’expression et au Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire d’enquêter sur ces affaires.

Il a en outre appelé le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à documenter le rôle des responsables et des institutions impliqués dans la répression et demandé le recours à la compétence universelle et à des sanctions ciblées contre les personnes responsables de torture et d’autres violations graves.

Pagani a souligné que les droits civils et politiques sont des droits humains fondamentaux et non des privilèges accordés par les gouvernements. Il a appelé à une attention internationale accrue aux voix des Iraniens qui réclament la liberté et la justice.