CSDHI – Le politologue Henrik Hermansson avertit que des lois de plus en plus restrictives et l’intensification de la répression rendent toujours plus dangereux, pour les Iraniens, le fait de révéler des violations des droits humains et de communiquer avec les organisations internationales.
Lors d’une conférence organisée au siège européen des Nations unies à Genève, le politologue Dr Henrik Hermansson a averti que la société civile, déjà fortement restreinte en Iran, fait face à une répression qui s’accélère, tandis que le recours aux exécutions et à d’autres formes de répression s’étend.
S’adressant à un public composé de responsables politiques, d’experts juridiques et de défenseurs des droits humains, Hermansson s’est concentré sur les conséquences de plus en plus dangereuses auxquelles sont confrontés les Iraniens qui tentent de communiquer au monde extérieur des informations sur les violations des droits humains.
دکتر هنریک هرمانسون؛ کنفرانس حقوقبشر در مقر اروپایی ملل متحد، ژنو
Partager des informations sur les droits humains peut entraîner de lourdes sanctions
Hermansson a attiré l’attention sur les dangers auxquels sont confrontés les citoyens iraniens qui communiquent avec des journalistes étrangers, des organisations non gouvernementales ou des organismes affiliés aux Nations unies.
En vertu des lois actuellement en vigueur en Iran, a-t-il souligné, un citoyen iranien qui communique avec un journaliste étranger ou une organisation internationale et partage des informations considérées comme sensibles — notamment des informations concernant des violations des droits humains — peut encourir de lourdes sanctions, pouvant aller jusqu’à la peine de mort.
Il a également évoqué une initiative législative connue sous le nom de « Projet de loi visant à lutter contre l’infiltration étrangère ». Selon Hermansson, le texte proposé obligerait les Iraniens à obtenir une autorisation préalable du ministère du Renseignement avant de communiquer avec des ONG, des titulaires de mandats spéciaux des Nations unies ou des organisations internationales.
Le fait de ne pas obtenir cette autorisation pourrait, selon les informations rapportées, exposer les personnes concernées à des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 30 ans.
De telles mesures restreindraient davantage un espace déjà très limité pour l’activité civile indépendante et rendraient de plus en plus difficile la coopération entre les citoyens iraniens et les institutions internationales de défense des droits humains.
La société civile sous une pression croissante
Hermansson a estimé que le concept de société civile en Iran est déjà soumis à de sévères restrictions et qu’il se réduit désormais à un rythme accéléré.
Dans ce contexte, il a souligné l’importance de disposer d’un espace où les préoccupations relatives aux droits humains en Iran puissent être exprimées ouvertement.
La possibilité de débattre de ces questions aux Nations unies, a-t-il déclaré, revêt une importance particulière, car ceux qui tentent de soulever des préoccupations similaires à l’intérieur de l’Iran sont confrontés à des risques de plus en plus graves.
Selon Hermansson, les restrictions ne concernent pas uniquement les militants politiques. Les avocats, les membres de syndicats, les journalistes, les professionnels de santé et d’autres défenseurs des droits civiques sont eux aussi de plus en plus soumis à des pressions.
Il en résulte, a-t-il averti, un environnement dans lequel les voix critiques et dissidentes deviennent progressivement plus difficiles à entendre.
Exécutions politiques et répression plus large
Hermansson a également souligné l’augmentation rapide des exécutions politiques, parallèlement au nombre global d’exécutions en Iran, qu’il a décrit comme s’approchant de niveaux historiquement élevés.
Il a averti que le ciblage des personnes qui défendent les droits civiques et politiques s’inscrit dans le cadre d’un effort plus vaste visant à réprimer les voix indépendantes.
Les pressions exercées sur les avocats, les journalistes, les représentants des travailleurs, les professionnels de santé et les défenseurs des droits humains ont un impact particulièrement important, car ces groupes jouent un rôle central dans la documentation des abus et dans la transmission des préoccupations des citoyens ordinaires.
Lorsque ces canaux sont réprimés, les violations deviennent plus difficiles à documenter et les victimes disposent de moins de moyens pour attirer l’attention internationale.
Hermansson a également relevé que la guerre récente dans la région avait intensifié et accéléré la répression intérieure, ajoutant un niveau de pression supplémentaire à un environnement déjà restrictif.
Une responsabilité accrue pour la communauté internationale
L’intervention a particulièrement insisté sur le rôle de la communauté internationale à mesure que la répression intérieure s’intensifie.
Alors que l’expression de la dissidence à l’intérieur de l’Iran devient de plus en plus dangereuse, Hermansson a estimé que les institutions internationales, les gouvernements, les experts juridiques et les organisations de défense des droits humains ont une responsabilité accrue pour faire en sorte que les voix des citoyens iraniens ne soient pas réduites au silence.
Le défi ne se limite pas à documenter les exécutions après qu’elles ont eu lieu. Il consiste également à préserver les canaux permettant aux informations de parvenir au monde extérieur, à protéger ceux qui dénoncent les abus et à veiller à ce que les restrictions imposées à la société civile n’empêchent pas les instances internationales de comprendre la situation à l’intérieur de l’Iran.
La conférence de Genève a ainsi mis en évidence une préoccupation centrale : à mesure que l’espace permettant une dissidence pacifique et une activité civile indépendante se réduit à l’intérieur de l’Iran, l’attention internationale devient de plus en plus importante.
Alors que les exécutions politiques se poursuivent et que les restrictions visant les communications avec les organisations internationales s’étendent, la capacité de la communauté internationale à entendre et à amplifier la voix des citoyens iraniens devient un élément toujours plus essentiel des efforts visant à défendre les droits fondamentaux.


