CSDHI – En octobre 2026 (Mehr 1405), la publication d’images et de rapports documentés dans les médias officiels iraniens, notamment Rouydad 24 et l’ISNA, a révélé l’ampleur alarmante de l’entraînement militaire des enfants et des adolescents dans les espaces publics. Selon ces images, des forces militaires et de sécurité opérant au sein des bataillons dits « Jan-Fada », dans différentes parties de Téhéran, notamment sur la place Azadi et la place Haft-e Tir, ont entraîné des enfants et des adolescents au maniement des armes à feu, dont des fusils d’assaut, des fusils à lunette et des mitrailleuses. Ces activités, menées en présence et sous la supervision des forces officielles, à la vue du grand public, témoignent de la poursuite d’une pratique mise en œuvre au cours des décennies précédentes par la mobilisation et l’organisation militaire des élèves. En s’appuyant sur des preuves visuelles et des déclarations officielles, le présent rapport examine les différentes dimensions de ce phénomène, le contexte historique de l’utilisation d’enfants dans les structures militaires et sécuritaires, et évalue la conformité de ces pratiques aux obligations internationales de la République islamique d’Iran en matière de droits de l’enfant.
Section 1 : Éléments de preuve sur le terrain ; entraînement militaire d’enfants sur les places de Téhéran (octobre 2026)
Lors d’expositions et de rassemblements organisés par les autorités à Téhéran en octobre 2026, de nombreuses images montrant des enfants directement soumis à un entraînement militaire ont suscité de vives réactions :
- Place Haft-e Tir, Téhéran (4 octobre 2026) : Des images diffusées par les médias montrent des officiers militaires supérieurs en uniforme du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) expliquant à des garçons et à des filles comment manipuler, monter et démonter, puis viser avec des armes militaires lourdes et semi-lourdes. (Rouydad 24, 4 octobre 2026 – )
- Place Azadi, Téhéran (27 septembre 2026) : Sur les stands installés sur cette place, des enfants vêtus d’uniformes paramilitaires ressemblant à ceux des unités de commandos s’exerçaient à viser avec des fusils à lunette et des mitrailleuses montées sur des véhicules militaires. Sur certaines images, des enfants sont entraînés à viser des paniers servant de cibles et portant des images spécifiques. (Rouydad 24, 27 septembre 2026 – )
- Dimensions psychologiques et instrumentales : Organisées sous la supervision directe de commandants militaires, dans des espaces urbains publics, ces séances d’entraînement constituent un exemple manifeste de l’utilisation instrumentale des enfants, de la banalisation de la violence ouverte et de la promotion du militarisme parmi la jeunesse du pays.
Section 2 : Continuité historique ; des enfants soldats de la guerre Iran-Irak aux patrouilles de répression
Le recrutement et l’entrainement militaire des enfants dans les structures militaires et sécuritaires en Iran ne constituent pas une déviation temporaire ; ils s’inscrivent dans une doctrine stratégique profondément enracinée dans les décennies passées :
1. La guerre Iran-Irak (1980-1988) :
- Le gouvernement iranien a largement déployé des élèves et des enfants, y compris des enfants de moins de 15 ans, en tant que « volontaires et forces du Bassidj » sur les lignes de front. Des programmes tels que « Étudiant-Pasdaran (membre du CGRI) » ont été mis en œuvre sous la supervision directe de hauts responsables du régime, transformant les écoles en centres de recrutement.
- Comme l’ont explicitement reconnu des responsables militaires, notamment le général de division Yahya Rahim Safavi, environ un million d’élèves ont été envoyés sur les fronts.
- Des rapports, des mémoires et des récits de la guerre Iran-Irak évoquent l’utilisation de symboles idéologiques et religieux, comme la distribution de « clés du paradis » à certains volontaires adolescents. Ces récits, associés aux éléments attestant de la présence massive d’élèves sur les fronts de guerre, notamment pour déminer de vastes champs de mines, témoignent des efforts déployés pour encourager et mobiliser les enfants et les adolescents à participer à des activités liées à la guerre.
2. Utilisation d’enfants dans la répression des manifestations populaires (soulèvements de 2022 et de 2026) :
- Lors des manifestations nationales — en particulier le soulèvement de 2022 et les manifestations qui ont suivi en 2025 —, de nombreuses émanant d’organisations de défense des droits humains et de la société civile ont indiqué que les services de sécurité avaient déployé des enfants et des adolescents, dont certains n’avaient que 12 ans, dans des patrouilles de rue, des postes de contrôle et des unités en civil, afin d’identifier les manifestants et de les réprimer.
- Rahim Nadalipour, adjoint chargé des affaires culturelles du CGRI à Téhéran, a déclaré sur Shabakeh Khabar (Channel News), à la télévision, le 26 mars :
« Nous avons lancé cette initiative dans différentes zones, en particulier pour les patrouilles de renseignement et les patrouilles opérationnelles. Nos jeunes — adolescents et jeunes adultes — se sont présentés à plusieurs reprises, exprimant leur désir de participer à ces patrouilles. Concernant les postes de contrôle du Bassidj — que vous pouvez actuellement voir dans les villes —, nous avons reçu un très grand nombre de demandes d’adolescents et de jeunes souhaitant y prendre part. Compte tenu de l’âge des personnes qui se présentent et demandent à participer, nous avons fixé l’âge minimum à 12 ans ; autrement dit, aujourd’hui, des enfants de 12 et 13 ans souhaitent s’impliquer dans ce domaine. »
Section 3 : Paradoxe juridique ; âge de la responsabilité pénale et contradictions du droit national
Alors que le régime contraint des enfants à suivre un entraînement militaire et les exploite à des fins sécuritaires, les lois nationales fixant à 18 ans l’âge minimum pour certains droits et certaines responsabilités civils, comme l’obtention du permis de conduire, indiquent que le législateur iranien considère 18 ans comme le seuil nécessaire de maturité et de responsabilité suffisante. Pourtant, les lois relatives au recrutement dans l’armée et au sein du CGRI fixent l’âge minimum d’engagement à 16 ans. Cette disparité soulève de sérieuses questions quant aux critères utilisés pour évaluer la maturité des adolescents, en particulier dans le cadre d’activités militaires et sécuritaires qui les exposent à de graves risques physiques et psychologiques.
Cette contradiction révèle que, lorsque les intérêts sécuritaires et la préservation de la structure du pouvoir sont en jeu, l’« âge légal » est abaissé — jusqu’à passer sous la barre des 12 ans — et le bien-être physique et psychologique des enfants est mis en péril au sein de structures paramilitaires telles que les bataillons « Jan-Fada ».
Section 4 : Évaluation juridique et violation flagrante des obligations internationales
L’entraînement militaire des enfants et des adolescents, ainsi que leur organisation au sein des structures paramilitaires « Jan-Fada », soulèvent de graves préoccupations quant à la conformité de ces actions aux obligations internationales de la République islamique d’Iran concernant les droits de l’enfant, la protection des civils et l’interdiction de la participation des enfants aux activités militaires. Ces préoccupations sont examinées au regard de la Convention relative aux droits de l’enfant, du Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, du Statut de Rome de la Cour pénale internationale et des Principes de Paris.
1. Convention relative aux droits de l’enfant (CDE – 1989) :
- Article 38 : Les États parties sont tenus de prendre toutes les mesures possibles pour veiller à ce que les personnes n’ayant pas atteint l’âge de 15 ans ne prennent pas directement part aux hostilités et de s’abstenir de recruter dans leurs forces armées des personnes âgées de moins de 15 ans. L’entraînement au maniement des armes à feu d’enfants dans des espaces publics est fondamentalement incompatible avec l’objectif de protection et l’esprit de cette convention, à laquelle l’Iran a adhéré.
2. Protocole facultatif à la CDE concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés (OPAC) :
- Le Protocole facultatif interdit aux gouvernements de procéder au recrutement forcé de personnes âgées de moins de 18 ans et oblige les États à veiller à ce que les personnes de moins de 18 ans ne prennent pas directement part aux hostilités. En outre, les groupes armés non étatiques ne sont en aucun cas autorisés à recruter ou à utiliser des personnes de moins de 18 ans.
3. Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI – article 8) :
- En vertu de l’article 8, paragraphe 2 b) xxvi), et de l’article 8, paragraphe 2 e) vii), du Statut de Rome, le fait de « procéder à la conscription ou à l’enrôlement d’enfants de moins de quinze ans dans les forces armées nationales ou dans des groupes armés, ou de les faire participer activement à des hostilités » est qualifié de « crime de guerre ».
4. Principes et engagements de Paris (2007) concernant les enfants associés aux forces armées :
- Les Principes de Paris définissent largement les enfants associés aux forces armées et aux groupes armés. Ils reconnaissent que leur participation à des rôles militaires, sécuritaires, de soutien, logistiques et de propagande constitue une forme d’association aux forces armées, et soulignent la nécessité de prévenir de telles pratiques.
Section 5 : Conclusion et recommandations
La création et l’équipement des bataillons « Jan-Fada », ainsi que l’entraînement militaire d’enfants sur les places publiques des villes, constituent un grave sujet d’alerte pour la communauté internationale et les organismes de défense des droits humains. Cette pratique représente une continuité manifeste des politiques destructrices des décennies passées — celles qui ont conduit à l’utilisation d’enfants soldats pendant la guerre —, désormais mises en œuvre au moyen d’outils modernes.


