CSDHI – Des prisonniers détenus dans 22 prisons iraniennes, dont 11 condamnés à mort ou menacés d’exécution, dénoncent la cérémonie prévue à Francfort pour la remise du Prix de la liberté et rejettent le rétablissement de la dictature du Shah.
Des prisonniers politiques en Iran rejettent la remise d’un prix au fils du Shah
Dans une puissante protestation exprimée depuis les prisons iraniennes, 142 prisonniers politiques, dont 11 sont menacés d’exécution, ont condamné la décision de remettre à Reza Pahlavi le prix de la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté, au nom du peuple iranien. La déclaration, signée par des prisonniers détenus dans 22 établissements pénitentiaires à travers l’Iran, dénonce la cérémonie prévue le 7 novembre dans l’église historique Paulskirche, à Francfort, qu’elle considère comme une offense aux victimes de la dictature du Shah et à la lutte pour la liberté et la démocratie en Iran.
Les prisonniers décrivent la décision d’honorer le fils de l’ancien Shah comme une insulte faite aux prisonniers politiques, aux survivants de la torture, aux familles des personnes exécutées sous la monarchie et aux Iraniens qui ont lutté contre les dictatures monarchique et religieuse. Ils rejettent toute tentative de présenter Reza Pahlavi comme le représentant d’une nation dont le peuple ne l’a jamais librement élu pour exercer un tel rôle.
Leur intervention apporte une dimension particulièrement importante à l’opposition croissante à la cérémonie prévue. Alors que des associations iraniennes et des personnalités allemandes de premier plan ont contesté cette distinction depuis l’étranger, la déclaration des prisonniers émane de personnes qui subissent l’emprisonnement, la torture et la menace d’exécution sous le régime actuellement au pouvoir en Iran.
Les prisonniers mettent en garde contre le retour d’une dictature monarchique
Les signataires condamnent cette distinction, qu’ils considèrent comme un soutien à une personnalité politique qu’ils accusent d’alimenter les divisions au sein du soulèvement populaire iranien et de chercher à faire renaître l’appareil sécuritaire de l’époque du Shah, notamment la SAVAK, le tristement célèbre service de renseignement associé à la torture et à la répression politique.
Ils décrivent cette reconnaissance envisagée comme une trahison envers les prisonniers, les survivants de la torture, les défenseurs de la liberté et les proches des personnes tuées sous la monarchie absolue du Shah. La déclaration dénonce également le bilan historique de la monarchie Pahlavi, affirmant que son pouvoir a été imposé et maintenu par l’autoritarisme plutôt que par la souveraineté populaire.
Pour les prisonniers politiques, la controverse ne porte pas simplement sur un prix ou une apparition lors d’une cérémonie. Elle concerne l’avenir politique de l’Iran et le danger de remplacer une forme de dictature par une autre.
Ils affirment que le rétablissement de la monarchie et la reconstruction de son appareil sécuritaire répressif seraient incompatibles avec les principes de dignité humaine, de liberté politique et de démocratie. Ils soulignent que la chute du régime du Shah, après des décennies de répression, ne peut être effacée de la mémoire historique du peuple iranien.
Leur position fait écho à l’exigence démocratique exprimée par le slogan « Ni Shah, ni mollahs » : l’Iran doit rompre avec le pouvoir héréditaire comme avec la dictature religieuse actuelle, plutôt que de revenir à un passé autoritaire.
Les cicatrices de la SAVAK restent gravées dans les mémoires
La déclaration évoque les conséquences physiques et humaines durables de la torture sous le Shah, soulignant que la répression monarchique n’est pas une question historique abstraite pour les prisonniers politiques iraniens.
Elle mentionne précisément les cicatrices de torture toujours visibles chez les prisonniers politiques de cette époque, notamment les blessures d’Aziz, âgée de 97 ans et mère de la fratrie Rezaei, une famille qui a subi des persécutions aussi bien sous la monarchie du Shah que sous l’actuelle dictature religieuse.
Selon la déclaration, les enfants d’Aziz ont passé des années dans les prisons du Shah : l’une de ses filles, Fatemeh, a été emprisonnée pendant plus de quatre ans, tandis que son fils Abolqasem a passé plus de cinq ans derrière les barreaux. La famille a finalement perdu quatre de ses membres sous la dictature monarchique et quatre autres sous la dictature religieuse.
La référence à cette famille illustre l’argument central des prisonniers : les victimes de l’autoritarisme ne peuvent être honorées en promouvant un projet politique qui ne prend pas en compte l’héritage de la dictature précédente.
Pour ceux qui ont survécu aux prisons du Shah, les cicatrices restent un rappel des conséquences d’un pouvoir étatique sans contrôle. Pour les prisonniers qui subissent aujourd’hui la répression du régime actuel, la perspective d’un nouveau système autoritaire représente un rejet des sacrifices consentis par des générations d’Iraniens.
Un appel de prisonniers politiques menacés d’exécution
Les signataires soulignent la gravité de leur intervention en précisant qu’ils ont tous subi des actes de torture et que certains ignorent combien de temps il leur reste à vivre, puisqu’ils sont condamnés à mort.
La déclaration initiale porte les signatures de 142 prisonniers politiques détenus dans plusieurs établissements, notamment la prison d’Evin, à Téhéran, la prison du Grand Téhéran, à Fashafuyeh, Qezel Hesar, Sheiban, à Ahvaz, Vakilabad, à Mashhad, Adelabad, à Chiraz, Lakan, à Rasht, ainsi que des prisons de Karaj, d’Urmia, de Khorramabad, de Semnan, de Dezfoul et de nombreuses autres villes.
Parmi les signataires figurent 11 prisonniers politiques menacés d’exécution, ce qui souligne les dangers immédiats auxquels sont confrontés ceux qui ont choisi de prendre la parole malgré le risque de sanctions supplémentaires.
Ils dénoncent la remise de ce prix à Pahlavi, qu’ils considèrent comme une tache sur la cause de la liberté et de l’indépendance de l’Iran. Leur appel s’adresse au-delà des murs des prisons iraniennes à la communauté internationale, notamment aux Nations unies, au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et aux organisations internationales de défense des droits humains.
Les prisonniers déclarent que leurs noms et leurs signatures seront transmis à ces instances, afin d’attirer l’attention internationale sur leur position et sur les principes en jeu dans cette controverse.
Une république démocratique, et non un retour à la dictature
Les prisonniers politiques concluent en réclamant une république démocratique fondée sur la séparation de la religion et de l’État, l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que l’autonomie nationale des communautés ethniques iraniennes.
Leur revendication inscrit la lutte contre le régime actuel dans une vision démocratique plus large, qui rejette la concentration du pouvoir entre les mains d’un guide suprême, d’un monarque ou de toute personne non élue.
La controverse autour du prix de Francfort est ainsi devenue un test de ce que devrait signifier la reconnaissance internationale de la lutte du peuple iranien pour la liberté. Les prisonniers affirment qu’honorer le peuple iranien exige de respecter son droit à déterminer lui-même son avenir politique, et non d’élever le fils du Shah au rang de représentant présumé de la nation.
Leur déclaration réaffirme un principe fondamental : la liberté ne peut être garantie par le rétablissement des institutions ou des traditions politiques d’une autre dictature. L’avenir démocratique de l’Iran doit reposer sur la souveraineté populaire, l’égalité, le pluralisme et des garanties empêchant le retour d’un pouvoir autoritaire.
Depuis les prisons où leur vie demeure en danger, ces 142 prisonniers politiques ont exprimé leur position sans équivoque. Ils rejettent à la fois la dictature religieuse actuelle et le rétablissement de la monarchie, et réclament une république démocratique qui confie l’avenir de l’Iran à son peuple.


