Un récit documenté de la lutte pour la survie des prisonniers politiques à la prison de Fashafouyeh

Ils résistent malgré la douleur en Iran
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CSDHI – La prison de Fashafouyeh, située au sud de Téhéran, n’est plus seulement un centre de détention pour les criminels ; elle est devenue une arme invisible de la répression politique des mollahs iraniens. À la suite de l’attentat à la bombe contre la prison d’Evine, le régime au pouvoir en Iran a secrètement transféré des centaines de prisonniers politiques, dont beaucoup étaient gravement malades, à Fashafouyeh, sans en informer leurs familles.

Cette prison manque d’hygiène, de soins médicaux, de classification et de supervision humaine de base.

Le transfert n’était pas un accident. Fashafouyeh a été délibérément choisi ; non pas par chaos, mais pour mettre en œuvre une politique silencieuse et systématique : éroder le corps et l’esprit des prisonniers résistants dans le silence.

La répression du régime ne se limite plus aux exécutions et à la torture. Il a adopté une méthode d’élimination plus insidieuse : la mort par négligence médicale.

Pourtant, au milieu de cette structure de répression en décomposition, des voix s’élèvent encore ; des voix de malades, avec des corps brisés mais un esprit intact, déclarant :

« Nous existons, nous voyons, nous résistons ».

Une histoire appelée « Endurance », mais sa signification est la résistance

Mohammad Akbari Monfared, 58 ans, souffre de paralysie congénitale des jambes, de maladie cardiaque, d’hypertension et de problèmes neurologiques. Il est détenu dans une salle générale sans accès à un fauteuil roulant ni même à une canne. Après qu’une de ses béquilles a disparu, il a perdu la capacité de marcher sans aide et dépend maintenant de l’aide d’autres prisonniers pour atteindre les toilettes.

Et pourtant, comme sa sœur Maryam Akbari Monfared, il continue d’élever la voix. Il porte plainte, témoigne et refuse d’apparaître comme victime — au lieu de cela, il insiste pour être perçu comme un homme qui tient toujours debout.

Des chiffres qui crient

Dans le quartier 4, type 2 de la prison de Fashafouyeh, au moins 23 prisonniers atteints de maladies chroniques ont été identifiés, chacun souffrant de plusieurs conditions graves :

  • Mir Yousef Younesi (72 ans) : diabète, colite intestinale
  • Reza Ehtehami (70 ans) : arthrite sévère, artères coronaires bloquées
  • Majidreza Maki Niri (64 ans) : diabète, privé de bilan cardiaque
  • Sirous Fathi : trouble de la moelle osseuse et faible taux de plaquettes
  • Mohammad Ali Gerami et Amirarsalan Shabani : épilepsie sévère
  • Mohammad Ali Mahmoudi : leucémie, diabète de type 1, insuffisance cardiaque et troubles neurologiques
  • Motaleb Ahmadian, un prisonnier politique kurde, souffre d’un cancer duodénal, d’une hernie diaphragmatique, d’une sténose spinale et d’infections urinaires. Malgré l’approbation médicale, les autorités pénitentiaires lui ont refusé des médicaments essentiels à quatre reprises.

Et la liste continue : hernies, migraines, troubles sanguins, arthrite, hernie discale, problèmes de prostate, dépression, goutte, hémorroïdes…

Ce qui distingue cette liste n’est pas le nombre de maladies, mais la qualité de leur résistance.

Ils ne sont pas restés silencieux. Ils ont écrit des lettres, déposé des plaintes officielles, obtenu des certificats médicaux, fait une grève de la faim et envoyé leurs voix hors des murs de la prison.

La clinique qui fonctionne comme un marché noir

Fashafouyeh dispose d’un centre médical désigné, mais le traitement n’est accordé qu’à ceux qui paient ou ont une habilitation de sécurité.

Les médicaments sont soit indisponibles, trop chers ou sujets à marchandage.

Transfert vers un hôpital ? Une fantaisie. Parfois, même avec l’approbation d’un médecin, un officier du ministère du renseignement le bloque. D’autres fois, il n’y a pas de véhicule. Dans certains cas, les retards sont si longs que le prisonnier s’évanouit — ou meurt—avant même d’atteindre un hôpital.

Pourtant, ces prisonniers malades se battent — non seulement pour leur propre vie, mais aussi pour les droits des autres.

Comme l’un d’eux a dit :

« Ici, une pilule pour la pression artérielle vaut plus que toutes les promesses de justice du régime. »

Pourtant, ils ne restent pas silencieux, même pour cette seule pilule.

Grèves de la faim, lettres et silence défiant

  • Motaleb Ahmadian a entamé une grève de la faim en mai 2025 après avoir été privé à plusieurs reprises de ses médicaments prescrits.
  • Farhad Salmanpour Zahir, malgré son approbation médicale pour des blessures à la colonne vertébrale, s’est vu refuser des soins.
  • Siamak Amini, souffrant d’une maladie du sang et incapable de se tenir droit, écrit des notes quotidiennes à ses compagnons de cellule.

Ces actes peuvent sembler mineurs mais dans un système conçu pour effacer les voix, chaque murmure est un coup contre le silence imposé.

De décembre 2024 à aujourd’hui, Mehdi Vafa’i Sani s’est vu refuser tout transfert médical par ordres de sécurité directs.

Pourtant, dans une lettre à ses compagnons de cellule, il a écrit :

« C’est ma douleur, mais ne me laisse pas seul. Sois notre voix. »

Ces mots sont devenus une charte de solidarité partagée entre les malades de Fashafouyeh.

Nasrollah Fallahi (68 ans), souffrant de tremblements des mains, de douleurs articulaires, d’hypotension artérielle, d’infections des sinus et de H. pylori, se traîne hors du lit juste pour écrire les listes de médicaments des autres détenus et les soumettre au personnel pénitentiaire.

Personne ne lui a demandé. Mais il se tient debout ; pour les autres.

De Evine à Fashafouyeh : escalade de la torture par transfert

De nombreux prisonniers malades ont été transférés d’Evin à Fashafouyeh après des frappes aériennes de nuit, sans effets personnels, équipement ou même vêtements appropriés.

Avec des fractures de la colonne vertébrale, le cancer, la paralysie et d’innombrables autres afflictions, certains n’avaient même pas un matelas. Dormir sur le béton n’est plus une exception c’est la norme.

Dans des salles en tôle qui brûlent comme des fours en été et gèlent comme des tombes en hiver, chaque nuit blanche devient une nouvelle forme de torture.

Dans ces conditions, non seulement les maladies ne sont pas traitées, mais les corps des prisonniers se détériorent rapidement en raison de la malnutrition, du manque d’eau potable, de la carence en oxygène et du refus de médicaments.

Les rapports sur les droits de l’homme confirment que la mort par négligence n’est pas l’exception dans cette prison, c’est l’attente.

La torture blanche : une architecture moderne d’élimination

Abandonner un prisonnier malade sans médicaments, oxygène, repos ou accès aux médecins n’est rien d’autre qu’une torture blanche.

En vertu du droit international et national :

  • Article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme
  • Article 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques
  • Règles Mandela (article 22)
  • Règlement pénitentiaire de l’Iran (article 118)

Chaque prisonnier a droit au même niveau de soins de santé que les citoyens en dehors de la prison.

Ce qui se passe à Fashafouyeh est une violation claire de toutes ces dispositions.

Si nous n’écoutons pas aujourd’hui…

Fashafouyeh n’est pas seulement une prison.

C’est un miroir, un reflet de ce que les corps et les esprits des dissidents politiques endurent sous le régime des mollahs.

Le silence sur ces prisonniers ne fait que les rapprocher de la mort.

Mais leur réponse interrompt le cycle d’effacement.

Beaucoup ne sont pas seulement tombés malades, ils ont disparu.

Pas de noms, pas de photos, même pas un dossier médical.

Ce rapport est une bougie dans cette obscurité pour ceux qui résistent par la douleur.

Il y a de la douleur à Fashafouyeh,

mais pas de reddition.

Il y a la maladie,

mais pas de silence.

La mort rôde,

mais la vie résiste encore.