CSDHI – Dans le régime iranien, les exécutions sont devenues un événement sinistre et quasi quotidien, si profondément ancré dans le paysage politique et judiciaire du pays que le mot « Iran » est devenu presque synonyme de « exécution » dans le discours mondial des droits de l’homme. Le bilan du régime iranien, tant au niveau national qu’international, continue de se détériorer avec chaque nouveau rapport de meurtres sanctionnés par l’État, suscitant une indignation et une surveillance croissantes de la part des organisations de défense des droits humains comme des gouvernements étrangers.
Pourtant, la réalité derrière l’appareil de mort du régime iranien est plus complexe qu’une simple accumulation de décisions judiciaires. Sous la surface de chaque exécution se trouve une structure de pouvoir rigide qui mène directement à la fonction de chef suprême du régime iranien, actuellement Ali Khamenei — l’homme qui détient l’autorité ultime non seulement dans les affaires politiques et religieuses, mais aussi en matière de vie et de mort.
Exécution par permission : le concept de l’estezan
Dans le système judiciaire du régime iranien, la condamnation à mort et son exécution ne sont pas une simple décision de justice. Une étape rarement discutée mais critique dans le processus est l’exigence d’estezan — un mécanisme juridique-religieux unique qui nécessite une autorisation finale pour procéder à des exécutions, en particulier dans les cas de qisas (rétribution en nature) ou ta’zir (punitions discrétionnaires).
Estezan, un terme enraciné dans la jurisprudence chiite, signifie littéralement « chercher une permission », et en pratique, c’est le processus d’obtenir la bénédiction du Guide suprême pour verser le sang. Bien que toutes les exécutions ne passent pas par cette formalité, en particulier dans les affaires liées à la drogue, pour de nombreuses catégories de peine capitale — surtout celles ayant des implications politiques ou très médiatisées—l’estezan est obligatoire.
Bien que Khamenei signe rarement les documents lui-même, il délègue généralement cette autorité au chef de la magistrature, qui est directement nommé par lui. Cette délégation n’exonère pas le Guide suprême de ses responsabilités — elle ne fait qu’opérationnaliser sa volonté à travers une hiérarchie loyale.
La chaîne de commandement : de Khamenei à la chambre d’exécution
Selon la doctrine gouvernante du régime iranien, le Velayat-e Faqih (la tutelle du juriste islamique), tous les pouvoirs juridiques et exécutifs dans le pays émanent du Guide suprême. Cela inclut la magistrature, dont les hauts fonctionnaires – y compris le juge en chef et souvent ses adjoints – sont choisis directement par le leader lui-même.
Sous l’ancien président du régime, Ebrahim Raisi, connu pour son implication dans le massacre de la prison de 1988, un nouveau précédent a été créé : Raisi a demandé — et reçu—la permission de Khamenei de déléguer davantage la signature des formulaires estezan à son premier député, Gholamhossein Mohseni-Eje’i, qui dirige maintenant la magistrature. Ce développement a souligné la nature profondément bureaucratique mais toujours centralisée du processus d’exécution : le Guide suprême ne peut pas examiner personnellement chaque dossier, mais aucune exécution de nature politique ou sensible ne se produit sans sa chaîne de commandement sanctionnée.
Cette structure bureaucratique ne protège pas Khamenei de la responsabilité. Au contraire, il démontre l’architecture délibérée de la répression étatique, où les couches de délégation ne sont que des instruments d’une autorité singulière. En effet, chaque condamnation à mort exécutée en Iran — en particulier celles impliquant des prisonniers politiques, des délinquants juvéniles ou des dissidents—peut être retracée jusqu’à une seule signature d’autorisation, directement ou indirectement : celle du Guide suprême.
Culpabilité systémique : responsabilité morale et légale
Lorsque les défenseurs internationaux des droits de l’homme parlent de la « justice iranienne » comme du bourreau, ils risquent d’obscurcir la véritable source de l’autorité. Le pouvoir judiciaire n’est pas une branche indépendante, mais plutôt une extension de l’appareil politique du Guide suprême. Chaque chef de la magistrature depuis la révolution de 1979 a été personnellement nommé par le Guide suprême. Chaque décision est le reflet de son pouvoir — et dans de nombreux cas, de sa volonté.
Dans un tel système, où aucune décision importante n’est prise sans le consentement ou la direction stratégique de Khamenei, la défense de « déni plausible » s’effondre. L’affirmation selon laquelle le Guide suprême pourrait ne pas être au courant du processus d’exécution ou y participer devient indéfendable.
Cela est particulièrement pertinent lorsque l’on considère le nombre important d’exécutions de prisonniers politiques, de militants des minorités et même d’adolescents qui étaient âgés de moins de 18 ans au moment de leurs crimes présumés. La structure même d’estezan garantit que ces cas reçoivent une attention de haut niveau. À chaque fois, un choix est fait au sommet — et à chaque fois, une vie s’éteint avec la bénédiction du Guide suprême.
Un instrument politique de la peur
La peine capitale en Iran n’est pas simplement punitive ; c’est un outil politique conçu pour instiller la peur, réprimer la dissidence et projeter le contrôle du régime. La recrudescence des exécutions, en particulier à la suite de vagues de manifestations antigouvernementales, n’est pas une coïncidence. Au contraire, il reflète une stratégie délibérée d’intimidation, orchestrée depuis les plus hauts niveaux de pouvoir.
Lorsque les manifestants scandent des slogans tels que « Mort au dictateur », ils ne font pas simplement référence à une tyrannie abstraite. Ils s’adressent à l’architecte du système qui fait de l’exécution en masse une pratique d’état normalisée.
Du sang sur les mains du chef suprême
Dans le régime iranien, la question de savoir qui est responsable des exécutions ne peut pas être résolue en pointant uniquement du doigt les juges, les procureurs ou les interrogateurs. Le cœur du problème se trouve au sommet du régime — avec Ali Khamenei lui-même. Sa signature, ses nominations, ses pouvoirs délégués et sa doctrine d’autorité absolue aboutissent à une vérité indéniable : il est la principale figure derrière chaque exécution approuvée par l’État en Iran.
Le processus estezan — loin d’être une formalité légale—est un dossier accablant de complicité. Chaque approbation signée est un décret silencieux de mort. Chaque exécution rappelle qu’en Iran, la justice est subordonnée à la volonté d’un seul homme.
Et jusqu’à ce que cette réalité soit reconnue et abordée par la communauté internationale, le cycle du carnage est voué à continuer.



