Prison de Qarchak – L’abattoir de la dignité humaine et de la justice oubliée – Partie 4

Torture systématique et refus de soins médicaux à la prison de Qarchak
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CSDHI – À la prison de Qarchak, le refus de traitement médical n’est pas accidentel ni lié à la négligence, mais relève d’une politique délibérée et organisée. Les autorités pénitentiaires empêchent systématiquement les prisonnières d’accéder aux soins de santé, allant jusqu’à utiliser leur vie comme outil de coercition. Le « refus médical » à Qarchak est devenu une forme de torture – lente, silencieuse, conçue pour briser progressivement le corps et l’esprit des prisonnières politiques.

Un schéma constant de privation de soins

Même dans les cas graves, les détenues sont privées de soins médicaux. Le schéma est toujours le même :

  • Les prisonnières malades sont envoyées à l’infirmerie mais accusées de « simulation » (feindre la maladie).
  • Les transferts vers l’hôpital n’ont lieu que dans les cas les plus critiques, toujours après un retard volontaire.
  • Dans de nombreux cas, l’hospitalisation est conditionnée à des cautions exorbitantes ou à des conditions impossibles à remplir.

Ainsi, l’infirmerie n’a pas pour rôle de soigner, mais de réprimer et de torturer.

La « prise d’otages médicales »

L’une des principales méthodes de pression exercées sur les prisonnières politiques est la « prise d’otages médicales ». Les autorités exigent des cautions colossales auprès des prisonnières ou de leurs familles en échange d’un transfert à l’hôpital ou d’un traitement adapté.

Exemple : dans un cas, les responsables ont exigé une caution équivalente à 15 milliards de tomans pour une permission médicale – une somme impossible à réunir. Cette politique a transformé le droit au traitement en marchandise, monopolisée par la prison.

Des morts silencieuses

Plusieurs décès à Qarchak ont été directement causés par le refus de soins médicaux :

  • Farzaneh Bijanipour : accusée par le médecin de la prison de simuler sa maladie, renvoyée dans son quartier et morte sans aucun traitement.
  • Femmes atteintes de cancer ou de maladies cardiaques : privées de soins malgré les recommandations urgentes de spécialistes.

Ces morts ne sont pas des accidents, mais les conséquences directes d’une politique délibérée.

Cas individuels

  • Zahra Safaei : victime d’une crise cardiaque, porteuse de deux stents cardiaques. Bien que sa famille ait proposé de couvrir les frais, elle a été privée d’accès à un hôpital privé.
  • Maryam Akbari Monfared : souffre de polyarthrite rhumatoïde et de graves problèmes à la colonne vertébrale et aux genoux. Cinq spécialistes ont averti qu’un retard chirurgical risquait de provoquer une paralysie. Son traitement est bloqué en raison de son combat pour la justice des victimes du massacre de 1988.
  • Saba Kord Afshari : victime de saignements gastriques répétés. Permission médicale refusée après avoir protesté contre l’absence d’eau chaude.
  • Golrokh Iraee : après une longue grève de la faim, s’est tellement affaiblie qu’elle ne pouvait plus marcher. Lors de son transfert d’Evin à Qarchak, elle a été battue par les gardiens.
  • Marziyeh Farsi : atteinte de cancer et de problèmes cardiaques, mais privée de soins.
  • Raheleh Rahemipour (73 ans) : souffre d’une tumeur cérébrale, de thalassémie mineure, d’hypertension, de diabète, de douleurs articulaires, de cataractes et de troubles cardiaques graves. Le service de médecine légale de l’État a explicitement déclaré qu’elle était inapte à purger sa peine et nécessitait des soins spécialisés urgents. Pourtant, les autorités judiciaires refusent d’agir.

Ce ne sont là que quelques exemples parmi des dizaines de prisonnières politiques gravement malades à Qarchak, privées de soins vitaux.

Torture physique et psychologique combinée

Le refus de soins à Qarchak ne découle pas d’un manque de médecins ou de médicaments : il s’agit d’une forme de torture, visant à atteindre le corps et l’esprit :

  • Les détenues souffrent de douleurs physiques et de maladies non soignées.
  • Les autorités leur imposent délibérément un sentiment d’impuissance et de désespoir.

Cette pression psychologique vise à briser la résistance des prisonnières politiques.

Analyse juridique

Cette politique viole plusieurs instruments internationaux contraignants pour l’Iran :

  • Article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) : interdiction de la torture et des traitements cruels.
  • Article 10 du PIDCP : obligation de traiter les prisonniers avec humanité.
  • Article 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) : droit au meilleur état de santé possible.
  • Règles Nelson Mandela : obligation d’assurer aux détenus des soins équivalents à ceux disponibles dans la société.
  • Convention contre la torture (CAT) : le refus délibéré de soins constitue un acte de torture, passible de poursuites.

Conséquences humaines et sociales

  • La politique de « refus médical » entraîne des conséquences dévastatrices :
  • Les prisonnières subissent une mort lente et silencieuse.
  • Les familles voient leurs proches dépérir sans pouvoir intervenir.
  • La société reçoit un message glaçant : toute résistance sera punie d’une lente agonie à Qarchak.

Conclusion et appel à l’action

Le refus délibéré de soins médicaux aux prisonnières politiques de Qarchak constitue une torture systématique. Cette politique met en danger la vie de dizaines de détenues et a déjà causé des morts silencieuses.

Nous appelons :

  • Les Nations unies, le Comité international de la Croix-Rouge et toutes les instances de défense des droits humains à établir une mission indépendante d’enquête sur les conditions médicales dans les prisons iraniennes, en particulier à Qarchak.
  • L’exigence du transfert immédiat des prisonnières malades vers des centres spécialisés.
  • La poursuite judiciaire des responsables sécuritaires et judiciaires du régime iranien, conformément au droit international.