Mort et dignité : quand les corps des martyrs se vengent des dictateurs iraniens

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CSDHI – Des corps volés aux tombes profanées, les dictateurs iraniens craignent la mémoire plus que la résistance — et y perdent à chaque fois.

Quand la mort n’est pas la fin, mais le début de l’effacement

Il existe une face plus sombre encore de la mort sous une dictature — là où mourir n’est pas l’ultime moment de la vie, mais le commencement d’un nouveau crime.

En Iran, sous le régime clérical, de jeunes courageux — filles et garçons, manifestants et prisonniers — sont tués dans les rues et dans les prisons. Pourtant, la véritable bataille du régime commence après la mort. Le corps devient otage. Les familles sont rackettées sous le prétexte grotesque de « frais de balles ». Le deuil est criminalisé. Les noms sont censurés. Et au sommet de cette faillite morale, les familles sont contraintes de signer de faux aveux affirmant que leur enfant était un « Bassidji tué par le peuple » — sous peine de ruine financière.

Il ne s’agit plus seulement de répression. C’est une ingénierie de la mémoire : une tentative systématique de voler le récit, de remplacer la vérité par le mensonge et d’effacer le sens lui-même. Le régime craint jusqu’aux chambres froides des morgues, car il sait qu’un nom qui survit signifie l’échec de ses politiques.

Quand les dictateurs iraniens ne peuvent vaincre les vivants, ils s’attaquent aux morts

Cette guerre contre la mémoire ne se limite pas à la génération actuelle.

Le régime redoute aussi les morts plus anciens : poètes, écrivains, penseurs, révolutionnaires — tous ceux dont l’existence constitue une accusation permanente contre la tyrannie. Les cimetières deviennent des champs de bataille. Les pierres tombales sont brisées. Les noms martelés jusqu’à disparaître. Les visages effacés. L’histoire fragmentée.

La logique est simple et révélatrice :
lorsque les dictateurs ne peuvent plus éliminer les vivants, ils déclarent la guerre aux morts.

Cette pathologie n’est pas propre au régime clérical. Le Shah avant eux agissait de la même manière. L’un gouvernait avec une couronne, l’autre avec un turban — mais tous deux appartenaient à la même lignée autoritaire. Incapables de briser la résistance de leur vivant, ils ont tenté de la rendre anonyme après la mort.

Une peur sans frontières : de l’Iran à Paris

Cette peur des morts franchit les frontières.

À Paris, au cimetière du Père-Lachaise — symbole mondial de la résistance historique — des résidus de pensée autoritaire ont profané la tombe du Dr Gholamhossein Sa’edi, écrivain et dissident iranien de renom. Certains sont allés jusqu’à uriner sur sa pierre tombale. Les tombes de membres martyrs de la résistance y ont également été vandalisées.

Pourquoi une telle haine envers les morts ?

Parce que même le corps sans vie d’un combattant de la liberté demeure dangereux.
Parce qu’un nom gravé dans la pierre est une condamnation permanente de la tyrannie.

Des pierres qui parlent plus fort que les armes

Les dictateurs iraniens ont peur des pierres.

Ils ont peur des pierres qui ne parlent pas, mais se souviennent.
Des pierres qui ne combattent pas, mais produisent du sens.
Des pierres que l’on peut briser, mais qui reposent sur les épaules de l’Histoire.

Ce que les tyrans ne comprennent pas, c’est ceci :
les pierres tombales peuvent être détruites ; la mémoire historique, non.

Les corps peuvent être pris en otage.
Mais le sens ne peut pas l’être.

Les noms peuvent être effacés de la pierre.
Mais jamais de l’Histoire.

La fin inévitable de la tyrannie

En Iran, un État inhumain se tient armé devant les morgues — déterminé à voler la dignité jusque dans les corps sans vie. La mission de l’État est l’anéantissement.

Mais l’Histoire se termine toujours de la même manière.

Le dictateur meurt.

Et le combattant de la liberté tombé devient plus vivant encore.

Peut-être que l’avenir de l’Iran sera le jour où les poètes n’auront plus besoin d’écrire pour les martyrs — parce que le peuple lui-même sera devenu poésie.

La vérité demeure simple et invaincue :
aucune dictature n’est éternelle. Aucun régime ne peut neutraliser la mémoire collective.

Au bout du compte, ce sont les peuples qui écrivent la phrase finale de l’Histoire — et non les tyrans.

Et lorsque ce sombre chapitre se refermera — comme il se refermera inévitablement — le peuple iranien chantera pour ses martyrs. Les poètes écriront. Les musiciens composeront. Et la vie, digne et intacte, reprendra sa place face à la répression.