CSDHI – À la suite de la frappe aérienne du 28 février qui a tué le guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, les responsables du régime au pouvoir s’emploient de plus en plus à remodeler son image tout en cherchant à prévenir toute démoralisation dans les rangs du régime. De récentes déclarations d’un conseiller du Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans) révèlent à la fois les efforts de propagande du pouvoir et l’anxiété profonde qui gagne les forces loyalistes.
S’exprimant le 2 mars sur la chaîne officielle Channel Three, le conseiller des pasdarans, Hamidreza Moghadamfar, a tenté de présenter la mort de Khamenei comme l’accomplissement d’un prétendu désir ancien de martyre. Dans des propos ensuite publiés par l’agence de presse Tasnim, affiliée au régime, il a affirmé que « Khamenei avait toujours souhaité le martyre ».
Ces déclarations semblent destinées à dépeindre la mort violente de l’ancien guide suprême comme un acte héroïque plutôt que comme un coup dévastateur porté à la stabilité du régime. Les critiques estiment que de tels propos s’inscrivent dans une tentative plus large des loyalistes de blanchir l’héritage d’un dirigeant largement tenu pour responsable de décennies de répression et d’effusion de sang.
Durant son règne, Khamenei a supervisé de sévères répressions contre la dissidence et ordonné à plusieurs reprises l’écrasement violent de soulèvements populaires. Les mouvements de protestation en Iran ont été confrontés à des arrestations massives, des exécutions et à l’usage d’une force létale contre les manifestants. Son gouvernement a également été profondément impliqué dans des conflits régionaux, soutenant des groupes armés et des interventions militaires ayant contribué aux violences en Syrie, au Yémen, au Liban et à Gaza.
Malgré ces réalités, Moghadamfar a cherché à rassurer les partisans du régime quant à la survie du système après la disparition de son dirigeant de longue date. « Un avenir radieux attend assurément la nation », a-t-il déclaré à l’antenne. « Un dirigeant sera choisi pour poursuivre sa voie. »
L’animateur de l’émission a reconnu la gravité de la crise actuelle, notant que la situation paraissait « bien plus difficile » que lors des transitions précédentes. Moghadamfar a acquiescé, établissant un parallèle avec la mort de Ruhollah Khomeini en 1989, lorsque le fondateur du régime est décédé peu après avoir accepté un cessez-le-feu dans la guerre Iran-Irak.
« À l’époque, nous pouvions à peine imaginer ce qui adviendrait après l’Imam », a déclaré Moghadamfar. « Certains pensaient même qu’après lui, le système pourrait prendre fin. Mais aujourd’hui la situation est encore plus difficile — son martyre est survenu soudainement, il y a la guerre, et les conditions internationales sont très complexes. »
Ses propos ont involontairement mis en lumière le climat d’incertitude qui s’est emparé de l’establishment dirigeant. Alors que le régime tente d’afficher une image de confiance, de nombreux initiés semblent profondément inquiets quant à son avenir en l’absence de la figure qui a dominé le système politique iranien pendant plus de trois décennies.
Moghadamfar a également exhorté les loyalistes à ne pas céder au découragement, qualifiant les troubles actuels « d’épreuve ». « Certains ne doivent pas laisser le désespoir pénétrer leur cœur », a-t-il déclaré. « Nous sommes mis à l’épreuve, et nous l’avons toujours été lors de différentes crises. »
Les observateurs estiment que ces appels traduisent une crainte croissante de fragmentation interne. La disparition soudaine de l’autorité centrale du régime a intensifié les inquiétudes quant à d’éventuelles luttes de pouvoir entre factions au sein des Gardiens de la révolution et de l’establishment clérical.
Parallèlement, la colère populaire continue de couver en Iran. De nombreux Iraniens tiennent Khamenei directement responsable d’avoir ordonné la répression brutale des manifestations nationales, notamment l’écrasement sanglant du soulèvement de janvier 2026. Le souvenir des victimes des protestations alimente des appels persistants à la justice et au changement politique.
Les groupes d’opposition soutiennent que les tentatives du régime de glorifier Khamenei ne sauraient effacer le bilan répressif de son règne. Selon eux, la crise de leadership consécutive à sa mort a davantage fragilisé le système et accéléré la perspective d’une transformation politique fondamentale.
Le National Council of Resistance of Iran (NCRI) a déjà annoncé son intention de mettre en place un gouvernement de transition destiné à guider le pays vers une république démocratique après l’effondrement du système actuel. Les partisans de cette proposition affirment qu’elle offre un cadre fondé sur le pluralisme politique, les libertés civiles et la séparation de la religion et de l’État.
Reste à savoir si le régime parviendra à préserver sa cohésion interne dans les mois à venir. Ce qui apparaît toutefois de plus en plus clairement, c’est que la mort du guide suprême de longue date de l’Iran a ouvert l’un des chapitres les plus instables de l’histoire du régime iranien.



