La mort d’Ali Khamenei : le bilan d’un guide suprême accusé de répression systématique et de corruption

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CSDHI – La vie et le règne d’Ali Khamenei, second guide suprême du régime iranien, de clerc de Mashhad à architecte d’un système autoritaire marqué par la répression, les monopoles économiques et la confrontation internationale.

Ali Khamenei, deuxième guide suprême du régime iranien, a dirigé l’Iran pendant près de 37 ans — de juin 1989 jusqu’à sa mort, le 28 février 2026. Son mandat constitue l’une des périodes les plus longues et les plus déterminantes de concentration du pouvoir dans l’histoire contemporaine de l’Iran. Passé du statut de religieux relativement peu connu à Mashhad au sommet d’un système politique fondé sur la doctrine du velayat-e faqih (gouvernance du juriste-théologien), Khamenei a présidé une ère caractérisée par un contrôle politique strict, un appareil sécuritaire étendu et de vastes réseaux économiques liés au pouvoir suprême.

Ses partisans le présentaient comme le gardien du régime iranien et le protecteur de ses fondements idéologiques. Ses opposants, en revanche, décrivaient son règne comme une période de répression systémique, de monopolisation économique et de restrictions sévères des libertés politiques et civiles. Sa mort a ravivé les débats sur l’héritage historique de sa direction et sur l’avenir de la structure politique qu’il a dominée pendant des décennies.

De séminariste à Mashhad à guide suprême

Ali Khamenei est né en 1939 dans la ville de Mashhad, au nord-est de l’Iran, au sein d’une famille religieuse modeste. Son éducation initiale s’est déroulée dans les séminaires chiites traditionnels. Dans les années 1960, il fut de plus en plus influencé par les courants religieux révolutionnaires, en particulier par les enseignements de Ruhollah Khomeini.

Khamenei s’est imposé comme militant politique durant la montée de l’opposition à Mohammad Reza Shah Pahlavi. Ce mouvement culmina avec la révolution iranienne de 1979, qui renversa la monarchie et établit le régime islamique.

Après la révolution, Khamenei gravit rapidement les échelons du nouveau pouvoir. Il occupa plusieurs fonctions influentes, notamment celles de vice-ministre de la Défense, de superviseur du Corps des gardiens de la révolution islamique nouvellement créé, puis de président de la République islamique d’Iran de 1981 à 1989.

La mort de Khomeini en 1989 marqua un tournant décisif. Bien qu’il ne fût pas alors une autorité religieuse de premier plan, Khamenei fut désigné guide suprême par l’Assemblée des experts, à l’issue d’importantes manœuvres politiques au sein de l’élite dirigeante. Ce choix suscita la controverse, y compris dans les cercles religieux, la Constitution exigeant alors que le guide suprême soit une autorité religieuse reconnue.

Consolidation d’un pouvoir politique absolu

Après son accession au pouvoir, Khamenei consolida progressivement son autorité sur les principales institutions de l’État. En vertu de l’article 110 de la Constitution iranienne, le guide suprême commande les forces armées, nomme le chef du pouvoir judiciaire et exerce une influence décisive sur le pouvoir législatif et le processus électoral.

Des institutions telles que le Conseil des gardiens devinrent des instruments centraux dans la structuration du paysage politique. Grâce à son pouvoir de validation, les candidatures aux élections étaient filtrées afin de garantir la loyauté idéologique envers le système.

Au fil du temps, ses détracteurs estimèrent que la structure politique avait évolué vers un système hautement centralisé, dans lequel les décisions majeures transitaient par le bureau du guide suprême, souvent désigné sous le nom de « Bureau du Guide » (Beit-e Rahbari).

Réseaux économiques et puissance financière

Une autre caractéristique majeure du règne de Khamenei fut l’émergence de vastes conglomérats économiques liés au bureau du guide suprême.

Parmi les plus importants figuraient :

  • Setad (Execution of Imam Khomeini’s Order), une holding colossale dont la valeur serait estimée à des dizaines de milliards de dollars ;

  • Astan Quds Razavi, la puissante fondation gérant le sanctuaire de l’imam Reza à Mashhad ainsi qu’un vaste portefeuille d’actifs économiques ;

  • La Fondation Mostazafan, l’une des plus grandes institutions économiques du pays.

Ces organisations contrôlaient des secteurs majeurs de l’économie iranienne, notamment l’industrie, l’agriculture, l’immobilier et la finance. Les critiques les décrivaient fréquemment comme des empires financiers opaques opérant en dehors de tout contrôle gouvernemental, tandis que les responsables les défendaient comme des institutions à vocation sociale et religieuse.

Répression et écrasement des mouvements de protestation

Le leadership de Khamenei coïncida avec plusieurs vagues de contestation politique à l’intérieur du pays. D’importants mouvements de protestation eurent lieu en 1999, 2009, 2017–2018, 2019, 2022 et de nouveau en 2026.

Les forces de sécurité — notamment les Gardiens de la révolution et les unités paramilitaires du Basij — furent régulièrement déployées pour réprimer les manifestations. Les organisations de défense des droits humains ont documenté des milliers d’arrestations et de nombreux décès lors de ces opérations.

L’un des épisodes les plus controversés de son mandat fut la répression des manifestations de novembre 2019, au cours de laquelle des organisations internationales ont fait état de centaines de morts après l’usage de munitions réelles par les forces de sécurité.

Le soulèvement national de janvier 2026 (Dey 1404 dans le calendrier iranien) constitua un autre tournant. Selon diverses sources, le gouvernement ordonna une répression généralisée entraînant des arrestations massives et de nombreuses victimes. L’ampleur des violences intensifia les critiques nationales et internationales à l’encontre du régime.

Le recours à la peine capitale

L’Iran figure depuis longtemps parmi les pays affichant les taux d’exécution les plus élevés au monde. Sous la direction de Khamenei, la peine capitale demeura un élément central du système judiciaire.

Les exécutions concernaient un large éventail d’infractions, notamment des crimes liés aux stupéfiants, des accusations politiques telles que « l’inimitié envers Dieu », ainsi que d’autres crimes passibles de la peine de mort. Les organisations de défense des droits humains ont à maintes reprises condamné ces pratiques, invoquant des préoccupations relatives au respect des garanties procédurales, aux aveux obtenus sous contrainte et aux motivations politiques de certaines affaires.

Des organisations internationales telles qu’Amnesty International et les Nations unies ont régulièrement critiqué les pratiques d’exécution de l’Iran durant cette période.

Politique étrangère et influence régionale

La stratégie de politique étrangère de Khamenei reposait sur ce que les responsables iraniens qualifiaient de « profondeur stratégique ». Cette doctrine visait à étendre l’influence de l’Iran au Moyen-Orient par des alliances avec des acteurs régionaux.

Le régime iranien apporta son soutien à des groupes et gouvernements alignés sur Téhéran en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen. Les critiques accusèrent l’Iran d’exporter l’instabilité et de déstabiliser la région, tandis que les dirigeants iraniens présentaient ces politiques comme une forme de résistance à l’influence occidentale et israélienne.

Khamenei supervisa également l’expansion des programmes nucléaire et balistique du régime iranien, initiatives qui entraînèrent d’importantes sanctions internationales et des tensions diplomatiques avec les puissances occidentales.

Les dernières années et la crise de succession

Au cours de ses dernières années, Khamenei dirigea dans un contexte politique de plus en plus fragile. Les sanctions économiques, les troubles internes et les rivalités entre factions accentuèrent la pression sur le système.

Lorsque l’annonce de sa mort, le 28 février 2026, fut rendue publique, de hauts responsables publièrent des déclarations insistant sur la stabilité et la continuité. Néanmoins, les analystes évoquèrent immédiatement la possibilité d’une crise de leadership.

Des figures telles que Mohammad Bagher Ghalibaf, Gholamhossein Mohseni-Ejei et Ali Larijani appelèrent à l’unité au sein de l’establishment politique, soulignant les inquiétudes quant à l’avenir du système sans l’autorité centrale qui l’avait défini pendant des décennies.

Un héritage controversé

L’héritage d’Ali Khamenei demeure profondément contesté. Ses partisans affirment qu’il a préservé le régime iranien face à des décennies de pressions géopolitiques et de défis internes. Ses détracteurs soutiennent que son règne a consolidé une gouvernance autoritaire, aggravé les inégalités économiques et isolé l’Iran sur la scène internationale.

Ce qui est certain, c’est que ses près de quatre décennies au pouvoir ont profondément remodelé les institutions politiques, les structures économiques et la stratégie régionale de l’Iran. Avec sa disparition, le régime iranien entre dans une phase de transition critique susceptible de redéfinir la trajectoire politique du pays.