CSDHI – La nomination du fils d’Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei, révèle l’évolution de la République islamique vers un pouvoir dynastique — reflétant les tentatives parallèles de certains courants monarchistes de promouvoir Reza Pahlavi comme futur dirigeant de l’Iran.
Dans un développement qui souligne la crise profonde au sein du système dirigeant iranien, l’Assemblée des Experts du régime aurait sélectionné Mojtaba Khamenei, deuxième fils du guide suprême défunt Ali Khamenei, comme nouveau chef du régime iranien. L’annonce a été rapportée tard dans la nuit du dimanche 8 mars par l’agence de presse officielle Tasnim News Agency.
Selon ce communiqué, l’Assemblée des experts avait déjà procédé au vote auparavant, mais avait retardé l’annonce publique du résultat. Avec cette décision, Mojtaba Khamenei devient le troisième Guide suprême depuis l’établissement du régime iranien en 1979.
Le communiqué officiel publié par l’Assemblée des experts présente cette décision comme une continuité de la doctrine idéologique et religieuse du régime. L’institution affirme qu’après de longues délibérations et sur la base des dispositions constitutionnelles, elle a choisi Mojtaba Khamenei, à une large majorité, comme nouveau dirigeant du régime iranien. Le communiqué a également salué près de cinq décennies de gouvernance sous ce qu’il a qualifié de « direction avisée » des fondateurs, appelant la population iranienne et les élites à prêter allégeance au nouveau dirigeant et à préserver l’unité autour du principe du velayat-e faqih.
Derrière le langage formel de l’annonce se cache toutefois une réalité frappante : le régime iranien — fondé sur des slogans révolutionnaires contre la monarchie — a de fait adopté un modèle de pouvoir héréditaire.
D’une république révolutionnaire à un pouvoir dynastique
Ali Khamenei a dirigé l’Iran pendant près de quatre décennies en tant que Guide suprême, présidant une période marquée par une répression systématique, de nombreuses violations des droits humains et des politiques régionales agressives. Durant son mandat, des milliers de prisonniers politiques ont été exécutés, des manifestations ont été violemment réprimées et le système politique iranien est resté étroitement contrôlé par les institutions religieuses et sécuritaires.
Mojtaba Khamenei est depuis longtemps considéré comme l’une des figures les plus influentes opérant dans l’ombre du régime. Bien qu’il n’ait jamais occupé de fonction gouvernementale officielle de haut niveau, il aurait exercé une influence considérable au sein des Gardiens de la révolution et de l’appareil de renseignement. De nombreux observateurs et anciens responsables l’ont décrit comme un coordinateur clé des décisions politiques et sécuritaires durant le règne de son père.
Son accession au poste de Guide suprême reflète donc non seulement une continuité au sein de l’establishment dirigeant, mais aussi la consolidation du pouvoir entre les mains du même cercle restreint qui domine la République islamique depuis des décennies.
Des ambitions dynastiques parallèles
Cette décision a également relancé le débat sur les visions concurrentes de l’avenir de l’Iran — notamment alors que certains courants monarchistes à l’étranger tentent de promouvoir Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran, comme futur dirigeant potentiel.
Ces derniers mois, les partisans de l’ancienne monarchie ont intensifié leurs efforts pour présenter Reza Pahlavi comme le successeur légitime du pouvoir en Iran, plaidant pour une restauration de la monarchie ou pour un système politique centré autour de son leadership.
L’émergence simultanée de ces deux récits — l’un clérical, l’autre monarchiste — révèle un parallèle frappant : tous deux reposent sur des revendications héréditaires d’autorité plutôt que sur la volonté démocratique du peuple iranien.
Alors que le régime iranien semble désormais avoir officiellement adopté une succession dynastique en nommant le fils de son ancien Guide suprême, les partisans monarchistes tentent eux aussi de promouvoir le fils du Shah déchu comme prochain dirigeant de l’Iran.
Un rejet de la souveraineté populaire
Pour de nombreux Iraniens qui sont descendus à plusieurs reprises dans la rue pour réclamer liberté et démocratie, ces évolutions soulignent la persistance d’une pensée autoritaire dans les deux camps.
La nomination de Mojtaba Khamenei indique que l’establishment clérical entend préserver sa structure de pouvoir par une succession familiale. Dans le même temps, les tentatives de réintroduire une monarchie sous Reza Pahlavi reflètent un autre modèle de gouvernance fondé sur l’autorité héritée.
À l’inverse, le mouvement pro-démocratie iranien continue de souligner que l’avenir du pays doit être décidé par le peuple iranien lui-même — à travers des élections libres et l’établissement d’une république démocratique.
Alors que l’Iran traverse l’une des périodes les plus turbulentes de son histoire contemporaine, la décision du régime de transmettre le pouvoir du père au fils pourrait renforcer une perception déjà largement répandue : malgré ses revendications et sa rhétorique révolutionnaire, le régime iranien semble avoir bouclé la boucle — se transformant en un système de pouvoir dynastique, semblable à la monarchie qu’il prétendait autrefois renverser.



