CSDHI – Alors que les Iraniens se mobilisent à l’étranger après la mort d’Ali Khamenei, les appels se multiplient en faveur de la fin de la dictature et d’une reconnaissance internationale d’une transition démocratique et d’un soutien à un gouvernement provisoire.
Le 7 mars 2026, les rues de Paris et de Washington ont été le théâtre de vastes rassemblements témoignant d’un profond tournant dans le paysage politique iranien. Alors que la dictature au pouvoir peine à se réorganiser au lendemain de la mort du guide suprême du régime, Ali Khamenei, des milliers d’Iraniens ainsi que des soutiens du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) ont manifesté pour adresser un message clair à la communauté internationale : l’avenir de l’Iran ne réside ni dans un retour à la monarchie, ni dans le maintien du système autoritaire actuel, mais dans une marche résolue vers une république libre et démocratique.
Ces manifestations ont dépassé le simple cadre de la protestation symbolique. Elles ont porté une véritable vision politique pour l’avenir du pays — fondée sur la gouvernance démocratique, la souveraineté nationale et le rejet à la fois des formes passées et présentes de dictature.
Vide du pouvoir ou transition démocratique ?
Lors de l’effondrement des régimes autoritaires, la perspective du chaos ou d’un vide politique constitue l’une des craintes majeures. Pourtant, les rassemblements de Paris et de Washington ont mis en avant un récit alternatif. Selon les intervenants et les organisateurs, la résistance iranienne organisée a déjà présenté un cadre concret visant à prévenir toute instabilité.
L’annonce d’un gouvernement provisoire par le Conseil national de la Résistance iranienne vise ainsi à guider le pays durant une courte période de transition. La mission centrale de cette administration transitoire serait de restituer la souveraineté au peuple iranien dans un délai de six mois, notamment par l’organisation d’élections libres destinées à former une assemblée constituante.
Les partisans de cette feuille de route estiment qu’elle distingue une révolution démocratique structurée d’un soulèvement improvisé. La proposition de gouvernement provisoire s’appuie également sur le plan en dix points présenté par Maryam Radjavi, qui énonce des principes tels que le suffrage universel, la séparation de la religion et de l’État, l’égalité entre les femmes et les hommes et un Iran non doté de l’arme nucléaire.
Pour de nombreux manifestants, ce plan pour faire tomber la dictature constitue une garantie destinée à éviter que des décennies de sacrifices consentis par les dissidents et les militants iraniens ne débouchent sur une nouvelle forme d’autoritarisme.
Rassemblement à Paris : des milliers d’Iraniens soutiennent le gouvernement provisoire du CNRI et une république démocratique
Un rejet clair du slogan « Ni Shah ni mollahs »
L’un des thèmes les plus marquants des manifestations fut le slogan : « Ni Shah ni mollahs ». Les orateurs ont rappelé qu’après près d’un demi-siècle de lutte et plus de 100 000 vies perdues dans le combat contre la répression, les Iraniens ne souhaitent pas la restauration d’une monarchie héréditaire.
Les discours ont également critiqué les récits monarchistes portés par certaines figures liées à l’ancien régime du Shah, notamment Reza Pahlavi. Plusieurs intervenants ont estimé que les tentatives de relance d’un projet monarchiste risquaient de détourner l’attention des aspirations démocratiques du peuple iranien.
Selon eux, de telles initiatives pourraient aussi nourrir des divisions au sein de l’opposition et, en définitive, profiter aux vestiges du régime actuel. Les appels attribués à certains cercles monarchistes en faveur d’interventions militaires contre des minorités ethniques ont été cités par leurs détracteurs comme le signe de tendances autoritaires incompatibles avec une gouvernance démocratique.
Femmes et unités de résistance : moteurs du changement
Ces manifestations se sont tenues à la veille de la Journée internationale des droits des femmes, mettant particulièrement en lumière le rôle des femmes dans le mouvement de résistance iranien.
Les intervenants ont souligné que le leadership féminin joue depuis des décennies un rôle central dans l’opposition organisée au régime clérical. La place importante occupée par les femmes au sein du mouvement de résistance a été présentée comme la preuve que l’égalité entre les sexes ne constitue pas seulement une promesse politique pour l’avenir, mais une réalité déjà ancrée dans l’opposition.
Les participants ont également salué les activités des réseaux clandestins de résistance et des groupes de jeunes opérant à l’intérieur de l’Iran. Selon les organisateurs, ces « unités de résistance » représentent des forces populaires capables d’impulser le changement depuis l’intérieur du pays.
Leur message était sans ambiguïté : la transformation réelle de l’Iran ne viendra pas de l’extérieur, mais émergera de la société iranienne elle-même.
La responsabilité de la communauté internationale
Un autre thème central des rassemblements fut l’appel à un changement de politique internationale vis-à-vis de l’Iran.
Les intervenants ont exhorté les gouvernements occidentaux à dépasser des décennies de politiques d’engagement avec le pouvoir en place et à reconnaître le droit du peuple iranien à instaurer un changement démocratique et à mettre un terme à la dictatures des mollahs. À Washington, les participants ont directement adressé leur message au Congrès des États-Unis, tandis qu’à Paris ils ont appelé les dirigeants européens et l’Union européenne à reconnaître la légitimité du combat du peuple iranien.
Selon les partisans de cette approche, la reconnaissance internationale du gouvernement provisoire pourrait contribuer à assurer une transition ordonnée tout en renforçant les forces démocratiques à l’intérieur du pays.
Ils ont également souligné que la stabilité à long terme du Moyen-Orient dépend de l’émergence d’un Iran laïque, démocratique et non nucléaire, garantissant des droits égaux à tous ses citoyens, quelles que soient leur origine ethnique ou leur religion.
Un carrefour historique pour l’Iran
L’Iran se trouve aujourd’hui à l’un des moments les plus décisifs de son histoire contemporaine. La mort du guide suprême du régime, Ali Khamenei, pourrait marquer la fin d’une époque, mais de nombreux observateurs estiment qu’elle ouvre surtout la voie à une nouvelle phase politique.
Ce qui a distingué les manifestations du 6 mars, selon leurs soutiens, c’est l’existence à la fois d’une feuille de route claire et d’une alternative démocratique structurée, capable de mobiliser des soutiens à l’intérieur de l’Iran tout en attirant l’attention de la communauté internationale.
Selon des déclarations attribuées à Massoud Radjavi, la révolution démocratique iranienne ne saurait être confisquée par des forces autoritaires. La détermination du peuple iranien, affirme-t-il, finira par l’emporter sur les tentatives d’acteurs réactionnaires ou opportunistes de façonner l’avenir du pays.
Pour les manifestants réunis à Paris et à Washington, la vision d’un Iran libre n’est plus une aspiration lointaine : elle apparaît désormais comme une réalité politique en devenir — portée par la résistance organisée, l’engagement de la jeunesse et l’exigence persistante d’un gouvernement démocratique.



