Violations des droits humains en Iran sous la direction d’Ali Khamenei (1989–2026) – Partie 2

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CSDHI – Violations des droits humains en Iran : Exécutions, emprisonnement et ingénierie de l’intimidation au sein d’une structure contrôlée par le leadership (1989–2026)

1 – La peine de mort : d’instrument judiciaire à outil de gouvernance

Sous la direction d’Ali Khamenei, l’Iran s’est régulièrement classé parmi les pays affichant les taux d’exécution par habitant les plus élevés au monde.

Les exécutions n’ont pas été limitées aux affaires d’homicide. Elles ont également été appliquées pour des infractions liées aux stupéfiants, des accusations sécuritaires, des activités politiques et, dans certains cas, contre des personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de l’infraction présumée.

Les rapports annuels d’organisations internationales de défense des droits humains indiquent que depuis 2021, le rythme des exécutions s’est accéléré. En 2023 et 2024, des centaines d’exécutions ont été enregistrées, et en 2025 des sources indépendantes ont signalé les chiffres annuels les plus élevés depuis des décennies.

Une part importante de ces exécutions n’a pas été officiellement annoncée et a été documentée par des sources non officielles ou par les témoignages des familles.

Au sein de la structure judiciaire iranienne, le chef du pouvoir judiciaire est directement nommé par le Guide suprême. Le président de la Cour suprême, le procureur général et les chefs judiciaires provinciaux s’inscrivent dans cette même chaîne de nomination. Ce système centralisé concentre ainsi la responsabilité structurelle des politiques pénales au plus haut niveau.

2 – Justifications officielles et concept de « moharebeh »

Dans le discours officiel, Ali Khamenei a régulièrement insisté sur la nécessité d’agir de manière « décisive » contre ce qui est qualifié de « perturbation de la sécurité ».

Lors des manifestations nationales, certains détenus ont été accusés de « moharebeh » (guerre contre Dieu) ou de « corruption sur terre », des notions du Code pénal islamique pouvant entraîner la peine de mort.

Dans des discours prononcés après les manifestations, il a décrit les manifestants comme des « corrompus », des « voyous » ou des « agents de l’ennemi », appelant le système judiciaire à agir sans « hésitation » ni « retard ».

Cette rhétorique officielle a coïncidé avec des procédures accélérées dans les affaires liées aux protestations, aboutissant à des condamnations à mort et à des exécutions peu de temps après les arrestations.

Des affaires telles que l’exécution de Navid Afkari en 2020, ainsi que plusieurs exécutions liées aux manifestations de 2022, ont suscité de vives inquiétudes au niveau international concernant les normes de procès équitable, l’accès à un avocat indépendant et les allégations de torture visant à obtenir des aveux.

3 – Exécutions après les soulèvements nationaux

Après les soulèvements de 2019 et de 2022, des vagues d’arrestations massives ont eu lieu.

Parmi les personnes arrêtées, plusieurs accusés ont été poursuivis pour des infractions liées à la sécurité et, dans certains cas, condamnés à mort. Des rapporteurs spéciaux des United Nations ont exprimé leur inquiétude concernant les condamnations à mort prononcées dans le contexte des manifestations et l’utilisation d’aveux forcés.

Le schéma observé durant ces périodes comprend :

  • des arrestations massives dès les premiers jours des manifestations ;

  • le transfert des dossiers vers certaines branches des tribunaux révolutionnaires ;

  • un accès limité aux avocats choisis par les accusés ;

  • des peines lourdes prononcées dans des délais très courts ;

  • l’exécution rapide de certaines condamnations à mort.

Cette tendance met en évidence l’utilisation de la peine capitale pendant les périodes de crise politique.

4 – Les prisons : torture, isolement prolongé et privation de soins

De nombreux rapports d’organismes internationaux de défense des droits humains décrivent les conditions dans les prisons iraniennes — notamment Evin Prison, la prison du Grand Téhéran (Fashafouyeh), la prison de Qarchak Prison, Qezel Hesar Prison, la prison de Vakilabad à Mashhad, Adelabad à Shiraz, Sheiban à Ahvaz et Dastgerd à Isfahan — comme constituant des traitements inhumains ou dégradants.

Les cas documentés incluent :

  • l’isolement cellulaire prolongé ;

  • des passages à tabac et des pressions pour obtenir des aveux ;

  • des menaces contre les membres de la famille ;

  • le refus d’accès à des soins médicaux spécialisés ;

  • des transferts punitifs vers des prisons éloignées du lieu de résidence des détenus.

Dans certains cas, des décès en détention ou peu après la libération ont été signalés.

Dans une structure où l’Organisation des prisons dépend du pouvoir judiciaire nommé par le Guide suprême et où les services de sécurité jouent un rôle direct dans les arrestations et les interrogatoires, la question du contrôle effectif et de la responsabilité indépendante devient centrale.

Le refus délibéré de soins médicaux aux prisonniers, en particulier aux détenus politiques, a été documenté à plusieurs reprises et suscite de graves préoccupations au regard des normes internationales relatives aux droits humains.

5 – Châtiments corporels et maintien de peines sévères

Le Code pénal islamique prévoit toujours des peines telles que la flagellation et l’amputation.

Ces dernières années, des cas d’amputation de doigts dans certaines prisons ainsi que des condamnations à la flagellation contre des militants civiques et syndicaux ont été signalés.

Les organisations internationales considèrent ces peines comme incompatibles avec l’interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants en droit international.

La poursuite de ces pratiques durant la direction d’Ali Khamenei, sans réforme structurelle ni suspension, reflète la persistance d’un système pénal particulièrement rigide.

6 – Ingénierie électorale : de la compétition limitée à la consolidation du pouvoir

Au cours des trois dernières décennies, l’invalidation des candidatures aux élections parlementaires et présidentielles est devenue une pratique récurrente.

Des critères tels que « l’engagement pratique envers le velayat-e faqih » ont été utilisés pour exclure des concurrents politiques.

Lors des cycles électoraux récents, l’ampleur des disqualifications s’est étendue même à des figures issues de l’intérieur du système, réduisant la compétition à un cercle restreint de personnalités alignées.

La baisse de la participation électorale au cours des dernières années de cette période a été interprétée comme un signe d’un fossé croissant entre la structure politique officielle et certaines parties de la société.

Dans ces conditions, les élections ont progressivement cessé d’être des mécanismes de transfert du pouvoir pour devenir davantage des instruments de consolidation du pouvoir.

7 – Répression des avocats et affaiblissement du droit à la défense

Un indicateur marquant de l’affaiblissement des garanties judiciaires durant cette période a été la pression exercée sur les avocats défendant les prisonniers politiques.

Après le soulèvement de 2022, des dizaines d’avocats ont été convoqués ou arrêtés.

Dans un cas notable, 17 avocats à Mashhad ont été poursuivis pour « propagande contre le régime », malgré une décision antérieure de classer l’affaire.

L’arrestation ou l’intimidation d’avocats défendant des détenus envoie un message clair : la défense juridique indépendante peut elle-même être considérée comme une infraction liée à la sécurité.

Cette évolution affaiblit l’un des piliers fondamentaux du droit à un procès équitable.

8 – Minorités et pression sécuritaire accrue

Dans les régions abritant des minorités ethniques et religieuses, les réponses sécuritaires aux mobilisations locales ont parfois été signalées comme plus sévères.

Certaines condamnations lourdes et exécutions ont eu lieu dans ces zones. Des rapports ont également documenté des restrictions religieuses ainsi que des discriminations dans l’emploi et l’accès à l’éducation.

Conclusion analytique de la deuxième partie

Entre 1989 et 2026, la peine de mort, le système carcéral et un cadre pénal rigide sont devenus des composantes durables du contrôle politique.

Les principales caractéristiques de cette période comprennent :

  • des taux d’exécution élevés à l’échelle mondiale ;

  • l’utilisation d’accusations liées à la sécurité pour imposer des peines sévères ;

  • des préoccupations persistantes concernant les normes de procès équitable ;

  • des rapports répétés sur la torture et la privation de soins médicaux ;

  • la poursuite de châtiments corporels incompatibles avec les normes internationales.

Le pouvoir centralisé de nomination à la tête du système judiciaire et des institutions de sécurité renforce la question de la responsabilité structurelle et hiérarchique dans la mise en œuvre de ces politiques pénales.

Au-delà de la répression dans les rues et du système pénal, l’architecture plus large d’un système de gouvernance centré sur la sécurité s’étend également aux priorités économiques et à la stratégie régionale. La prochaine partie examinera comment ce paradigme sécuritaire a façonné la politique budgétaire, les engagements internationaux et la dynamique structurelle de responsabilité au sein du pouvoir.