CSDHI – Ali Larijani a été l’une des figures centrales de la structure du pouvoir du régime en place en Iran ; un acteur qui, sur plus de quatre décennies, a évolué à l’intersection de trois domaines déterminants — la sécurité, les médias et la politique — et a contribué à la consolidation de cet édifice. Son parcours, de la direction des médias officiels à la présidence du Parlement, puis à la fonction de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, témoigne d’un rôle qui ne relevait pas seulement de l’administration, mais bien de la décision et de la mise en œuvre de politiques sécuritaires.
Dans ce cadre, le rôle d’Ali Larijani ne peut être réduit à une seule fonction. À chaque étape, il a renforcé les mécanismes de contrôle et de répression : de la fabrication du discours officiel et de la délégitimation des opposants, à l’ingénierie des équilibres de pouvoir et à la gestion sécuritaire des manifestations. Cette continuité dessine le profil d’un acteur ayant joué un rôle déterminant dans l’articulation des différents instruments de maintien du système.
Au cours de la guerre dévastatrice actuelle, ses déclarations ont montré que, dans les calculs du pouvoir, la préservation des instruments stratégiques — notamment les programmes nucléaires et les capacités balistiques — prime sur les considérations humanitaires. En insistant sur la nécessité de se préparer à un conflit prolongé et d’en accepter le coût, il a soutenu une approche qui entretient la guerre, au prix d’une aggravation des pertes humaines et des destructions à l’intérieur du pays.
Ce bilan indique que, dans cette logique, la préservation de ces instruments de puissance et la poursuite de politiques de confrontation ont été privilégiées au détriment de la sécurité et des conditions de vie des citoyens, tandis que la souffrance sociale n’a pas constitué un facteur déterminant dans les décisions.
Origines familiales ; un réseau de pouvoir au cœur de l’État
Pour comprendre la position de Ali Larijani, il convient de l’inscrire dans son environnement familial — non pas seulement un lien de parenté, mais un véritable réseau d’influence au sein des différentes strates du pouvoir. Né le 3 juin 1957 à Najaf, il est le fils de Mirza Hashem Amoli, une autorité religieuse reconnue, ce qui lui confère dès l’origine un capital religieux et politique. Son mariage avec Farideh Motahhari, fille de Morteza Motahhari, renforce encore cette légitimité idéologique.
Réseau de pouvoir de la famille Larijani
| Nom | Lien | Domaine d’influence | Lien avec corruption ou répression |
|---|---|---|---|
| Mirza Hashem Amoli | Père | Autorité religieuse | Légitimité traditionnelle |
| Ali Larijani | Sujet | Sécurité, médias, politique | Rôle dans la répression et la consolidation du pouvoir |
| Sadegh Larijani | Frère | Justice | 63 comptes bancaires personnels ; accusations de corruption |
| Mohammad Javad Larijani | Frère | Institutions politiques/idéologiques | Accusations d’appropriation foncière ; justification de la répression |
| Fazel Larijani | Frère | Réseaux économiques | Affaire de corruption (« dimanche noir ») |
| Morteza Motahhari | Beau-père | Légitimité idéologique | Lien avec la doctrine révolutionnaire |
Cette concentration du pouvoir familial illustre un système marqué par l’exclusivité, l’impunité et l’absence de responsabilité.
Des fronts de guerre à la structure militaire ; les racines sécuritaires
Ali Larijani rejoint le Corps des gardiens de la révolution islamique en 1982 et y reste jusqu’en 1992. Il occupe notamment :
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un poste de vice-responsable des affaires juridiques et parlementaires (1986–1989),
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puis celui de vice-chef d’état-major (1989–1992).
Il joue également un rôle dans la création de l’organisation d’autosuffisance du corps.
Ce parcours montre qu’il a été formé dans un cadre militaro-sécuritaire avant d’accéder aux sphères médiatiques et politiques, ce qui explique son approche des crises internes et de la répression.
Onze années à la tête de la radiotélévision officielle ; institutionnalisation de la répression « douce »
Sa nomination à la tête de la Radiotélévision de la République islamique d’Iran en 1993 marque un tournant : les médias officiels deviennent un instrument direct de contrôle de l’opinion.
Durant ses 11 années à ce poste, l’objectif principal n’a pas été le développement médiatique, mais la transformation de l’institution en bras sécuritaire du régime.
Un exemple marquant est l’émission « Hoviyat », diffusant des aveux forcés d’intellectuels et d’opposants, visant leur humiliation et leur marginalisation sociale.
Sous sa direction, les médias ont fonctionné comme un outil d’interrogatoire psychologique, de stigmatisation et de légitimation de l’exclusion politique.
Douze ans à la présidence du Parlement ; ingénierie du pouvoir
De 2008 à 2020, Ali Larijani préside le Parlement pendant 12 ans, consolidant son rôle dans la gestion des équilibres internes.
Le Parlement est alors utilisé comme un instrument politique :
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validation rapide de l’accord nucléaire,
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blocage d’enquêtes sur la corruption,
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neutralisation des critiques.
Lors des manifestations de 2017, il soutient la ligne officielle et la propagande contre les protestataires, confirmant le rôle du Parlement comme couverture politique de la répression.
Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale ; de la répression à la gestion de guerre
Son retour à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale marque l’apogée de sa carrière.
Lors des manifestations de 2025, Ali Larijani qualifie les protestataires de « forces organisées » cherchant une « guerre civile », justifiant ainsi l’usage de la force létale.
Son rôle inclut :
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coupures d’Internet,
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usage d’armes militaires,
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instauration d’un état d’urgence permanent.
Après la mort de Ali Khamenei, il devient un acteur central de la gestion sécuritaire et diplomatique, notamment dans les relations avec la Russie.
Il est également sanctionné par le Département du Trésor des États-Unis pour son rôle dans la répression.
Un empire de corruption ; richesse et exploitation systémique
La famille Larijani est associée à une corruption systémique :
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appropriation présumée de 342 hectares à Varamin,
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affaire dite du « dimanche noir »,
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63 comptes bancaires attribués à Sadegh Larijani,
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affaire financière de 525 milliards de tomans.
Des sources d’opposition estiment la fortune de Ali Larijani à environ 28 000 milliards de tomans, avec des avoirs à Dubai et en Malaysia.
Ces éléments illustrent un système où pouvoir politique et enrichissement économique sont étroitement liés.
Conclusion
Le parcours de Ali Larijani ne peut être compris que dans sa continuité : du Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans) à la radiotélévision officielle, du Parlement au Conseil suprême de sécurité nationale.
À chaque étape, il a mobilisé différents instruments pour maintenir le système :
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structures sécuritaires et militaires,
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contrôle médiatique,
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ingénierie législative,
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répression directe.
Son rôle dépasse ses fonctions officielles : Ali Larijani apparaît comme une figure centrale de la survie du régime, profondément enracinée dans les appareils sécuritaires, impliquée dans la répression des mouvements sociaux et liée à des réseaux de pouvoir et de corruption.



