Le 31 mars 2026, le Comité de Soutien aux Droits de l’Homme en Iran (CSDHI) a organisé à Paris une table ronde majeure réunissant experts, personnalités politiques et membres de la Résistance iranienne. Face à une région en pleine ébullition et un régime clérical aux abois, la question centrale était posée : l’Iran est-il à l’aube d’une transition démocratique ou se dirige-t-il vers le chaos ?
Animée par Afsaneh Behnia (membre de csdhi), auteure et militante des droits humains, cette conférence a permis de dresser un état des lieux précis de la situation en Iran. Dans son introduction, Mme Behnia a rappelé l’importance de ce moment charnière pour l’avenir du peuple iranien.
Un hommage poignant aux martyrs de la liberté

Avant d’entamer les débats, l’événement a débuté par un moment de recueillement. Le Dr Hamid-Reza Taherzadeh, maître de la musique traditionnelle iranienne, a rendu un hommage vibrant aux prisonniers politiques récemment exécutés par le régime des mollahs. Il a notamment honoré la mémoire de Pouya Ghobadi et de ses trois compagnons, tombés en martyrs quelques jours seulement avant la conférence. Rappelant le déchirement de jouer de la musique alors que de jeunes Iraniens sacrifient leur vie pour la liberté, le Dr Taherzadeh a livré une performance poignante au Sehtar.
L’engagement transpartisan de l’Assemblée nationale
Christine Arrighi, Députée écologiste de la Haute-Garonne et Présidente du Comité Parlementaire pour un Iran Démocratique (CPID)

Arrivée directement de l’Assemblée nationale, Mme Arrighi a ouvert les échanges en présentant le rôle crucial du CPID, dont elle a pris la présidence en 2025 à la suite d’André Chassaigne.
Elle a souligné la force de ce comité qui rassemble des élus de tous bords politiques unis par une conviction commune : la démocratie n’est pas une « fatalité » réservée à l’Occident, et le peuple iranien est parfaitement mûr pour s’en emparer. Mme Arrighi a vivement dénoncé la « politique de complaisance » historique de la France et du Quai d’Orsay, fustigeant une diplomatie qui a trop souvent sacrifié les droits humains sur l’autel d’intérêts économiques et géopolitiques illusoires. Elle a souligné l’importance de soutenir la Résistance iranienne et le Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI). Pour elle, il est impératif que la France sorte de cette soumission aux intérêts financiers du « capitalisme financier débordant » pour soutenir enfin l’alternative réelle.
À ce titre, elle a annoncé l’organisation d’une audition majeure à l’Assemblée nationale le 4 mai prochain, destinée à confronter directement le ministère des Affaires étrangères sur sa connaissance de la Résistance iranienne et à exiger une reconnaissance du droit légitime des Iraniens à renverser la dictature théocratique pour instaurer une république laïque et libre.
Témoignage et décryptage géopolitique
Franck Radjai, Directeur de Recherche au CNRS (physicien à Montpellier) et analyste à la FEMO

M. Radjai a livré un témoignage personnel particulièrement émouvant pour illustrer la nature impitoyable du régime clérical. Il a insisté sur la profondeur historique et structurelle de la lutte actuelle. Revenant sur son parcours personnel, il a rappelé avoir été contraint à l’exil en 1983 après l’exécution de sa sœur, étudiante en médecine à l’Université de Téhéran et sympathisante de l’OMPI (l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran), arrêtée lors de la grande vague de répression de 1981.
Pour M. Radjai, ce combat pour la liberté s’inscrit dans une trajectoire de plus d’un siècle, débutée avec la Révolution constitutionnelle de 1906 — largement inspirée par les idéaux de la Révolution française. Il a souligné avec fierté que l’Iran disposait déjà d’institutions modernes précoces, comme l’université Dar-ol-Fonoun créée en 1851 (avant le MIT aux États-Unis).
Il a ensuite décrypté la fracture de 1953, où le coup d’État contre le Premier ministre populaire Mohammad Mossadegh a brisé l’élan démocratique au profit des intérêts pétroliers coloniaux, restaurant une dictature du Shah qui a pavé la voie à l’obscurantisme religieux. En s’appuyant sur son expertise de chercheur, il a démontré que la résilience de la Résistance iranienne, et particulièrement de l’OMPI depuis 60 ans, n’est pas un phénomène de circonstance, mais le résultat d’une exigence de souveraineté nationale et de liberté ancrée dans l’identité iranienne. Cette mémoire historique, transmise de génération en génération malgré les massacres, constitue selon lui le socle inébranlable sur lequel se bâtira l’Iran de demain, une république capable de conjuguer progrès scientifique et valeurs démocratiques.
Gérard Vespierre, Chercheur associé à la FEMO et Fondateur du Monde Décrypté

Fort d’une connaissance intime du Moyen-Orient, et particulièrement de l’Iran qu’il a connu avant la révolution de 1979, M. Vespierre a apporté un éclairage géopolitique acéré. Il est revenu sur la genèse de son ouvrage « Vers la prochaine révolution iranienne », initié en 2023, à une époque où la convergence des crises internes et des pressions internationales laissait déjà présager des bouleversements radicaux.
À la question de savoir si la guerre régionale actuelle et les récents bombardements vont faire chuter le régime, sa réponse a été sans équivoque : « Oui. » Toutefois, il a précisé qu’un tel renversement nécessite une « vaste opération » et un mouvement populaire hautement organisé, capable non seulement de prendre la rue, mais aussi de s’emparer des bâtiments et des symboles du pouvoir.
Pour illustrer son propos, M. Vespierre a dressé un parallèle historique saisissant avec la France sous l’Occupation : « Ce que nous connaissons actuellement avec les bombardements [dans la région], c’est le 6 juin 44. » Il a rappelé que pour libérer la France et chasser le régime en place, les FFI (fidèles au Général de Gaulle et au Conseil National de la Résistance) et les FTP (communistes) se sont battus côte à côte. « Vous ne pouvez pas renverser un pouvoir en place si vous n’avez pas une unité nationale. C’est fondamental », a-t-il martelé, soulignant que les clivages politiques et les étiquettes partisanes ne doivent reprendre leurs droits qu’une fois la dictature tombée.
C’est à travers ce prisme stratégique qu’il a vivement critiqué la mise en avant du fils du Shah déchu. Selon M. Vespierre, l’apparition de l’héritier de l’ancienne monarchie est une manœuvre qui « casse l’unité » de l’opposition. « Si vous cassez l’unité, vous favorisez le régime en place », a-t-il averti, invitant l’auditoire à s’interroger sur la véritable stratégie et l’impact délétère de cette figure monarchiste dans la lutte actuelle pour la libération de l’Iran.
La Résistance sur le terrain et la feuille de route démocratique
Afchine Alavi, Membre de la commission des affaires étrangères du CNRI

L’intervention de M. Alavi a été l’un des temps forts de la table ronde, replaçant le combat actuel dans un héritage historique de plus de cent ans (depuis la Révolution constitutionnelle de 1906 et le gouvernement Mossadegh).
M. Alavi a mis en lumière la puissance et la structuration de la résistance intérieure. Il a révélé que sur les 12 derniers mois, les Unités de Résistance ont mené plus de 13 000 actions à travers tout l’Iran. Ces opérations ciblent méthodiquement trois piliers du régime :
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Les symboles de la dictature (destruction d’affiches de Khamenei, Soleimani, etc.) ;
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L’appareil de répression (bâtiments du système judiciaire, bases des Gardiens de la révolution et des milices Bassidj) ;
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Le pouvoir économique corrompu (les fondations religieuses qui pillent les richesses du pays).
Face au régime, M. Alavi a rappelé que le CNRI — coalition pluraliste fondée il y a 44 ans — offre un véritable cadre de transition, formalisé par le Plan en 10 points de Maryam Rajavi. Il a précisé la nature strictement temporaire du projet du CNRI : la mise en place d’un gouvernement provisoire pour une durée maximale de 6 mois, dont l’unique mission sera d’organiser des élections libres au suffrage universel pour former une Assemblée constituante et législative. « Notre but n’est pas de prendre le pouvoir, mais de le transférer au peuple », a-t-il insisté.
Enfin, M. Alavi a fermement déconstruit les « fausses alternatives », souvent montées en épingle par les médias occidentaux ou le régime lui-même, à l’instar des partisans du fils du Shah. Il a dénoncé l’opportunisme de ces factions qui, sans aucune troupe sur le terrain, prônent le « pardon » envers les bourreaux actuels, attendent une intervention militaire étrangère, ou espèrent naïvement que les Gardiens de la révolution retourneront leur veste pour les hisser au pouvoir. En opposition, le CNRI a tracé une ligne rouge absolue à travers son Front de solidarité nationale : le renversement total de la dictature religieuse, la séparation de la religion et de l’État, et le rejet de toute forme de dictature (le fameux « Ni Shah, ni Cheikh »).
Isabelle Prat, Juriste et chercheuse

Mme Prat a complété ce tableau en présentant son analyse juridique sur la phase d’urgence post-régime. Elle a apporté une analyse technique et critique indispensable sur l’architecture juridique de la transition. Forte de son travail sur les mécanismes de justice internationale, elle a d’emblée posé un principe fondamental : « Nul n’a le monopole de l’avenir de l’Iran, à part le peuple lui-même ». Mme Prat a passé au crible le document de 180 pages intitulé « Prospérité en Iran » (porté par les milieux monarchistes), en pointant des contradictions structurelles majeures. Elle a notamment souligné l’ambiguïté du rôle de Reza Pahlavi, présenté tantôt comme un simple « facilitateur », tantôt comme l’héritier d’une succession nationale, ce qui biaise l’idée même d’un choix démocratique neutre.
Elle a particulièrement dénoncé les aspects problématiques du projet Pahlavi concernant le traitement des responsables du régime actuel. Elle a fustigé la proposition d’une « amnistie nationale » généralisée, conçue pour rallier les cadres du régime et les forces de répression (Gardiens de la révolution et armée) en leur garantissant l’impunité. Pour la juriste, une telle mesure est non seulement incompatible avec les standards internationaux, mais elle détruit d’avance la confiance de la population : « On ne construit pas une démocratie sur l’oubli des crimes de sang », a-t-elle insisté. Elle a également relevé que le plan monarchiste entretient un flou volontaire sur la nature de la monarchie proposée, la présentant comme une option binaire face à la république sans en définir les limites constitutionnelles. En opposition, elle a salué la précision du plan du CNRI qui rejette toute forme d’impunité et s’engage sur un transfert réel de souveraineté au peuple en seulement six mois via une Assemblée constituante.

La table ronde s’est conclue par une séance intense de questions-réponses, au cours de laquelle les intervenants ont été directement interpellés par une assistance particulièrement engagée. Pendant près de quarante minutes, un dialogue sans filtre s’est instauré, permettant au public d’interroger les experts sur des sujets cruciaux tels que l’impact réel des événements régionaux, la position des diplomaties occidentales ou encore la viabilité concrète du projet de transition. Ces échanges directs, parfois passionnés, ont permis d’apporter des précisions essentielles sur la stratégie de la Résistance et ont démontré que l’avenir de l’Iran est un sujet qui mobilise au-delà des cercles de spécialistes, suscitant une exigence de clarté et de vérité de la part de l’auditoire.
En conclusion, le CSDHI retient de cette table ronde une conviction inébranlable :
l’Iran ne se dirige pas fatalement vers le chaos ou l’embrasement, à condition que la communauté internationale rompe définitivement avec sa politique de complaisance à l’égard des mollahs. Le spectre d’un vide politique, souvent agité par le régime lui-même et ses relais pour effrayer l’Occident, est une illusion. Face à la tyrannie, une alternative solide, structurée et profondément démocratique existe. Elle est incarnée sur la scène internationale par le Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI) et animée sur le terrain par le courage héroïque des Unités de Résistance. En rejetant le retour au passé monarchique avec la même force que la dictature théocratique actuelle, le peuple iranien a tracé la voie de son propre avenir. Cette table ronde a démontré que le peuple iranien et sa Résistance disposent à la fois de la force sur le terrain et de la maturité politique nécessaires pour guider l’Iran vers une république laïque et démocratique. Le CSDHI continuera, sans relâche, de porter et d’amplifier cette voix.
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