CSDHI – La pendaison de trois jeunes manifestants accusés d’avoir tenté d’accéder à des armes militaires souligne la dépendance croissante du régime iranien aux exécutions pour réprimer un soulèvement en mutation et de plus en plus belliqueux.
Le régime iranien a une fois de plus recours aux exécutions comme outil de survie. Après l’exécution de six membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), le régime a désormais exécuté trois jeunes hommes—Mohammadamin Biglari, Shahin Vahedparast et Ali Fahim—poursuivant ainsi sa campagne de répression systématique.
Ces trois individus, ainsi qu’Amirhossein Hatami et Abolfazl Salehi, avaient été transférés à l’isolement le mardi 31 mars—une étape bien connue dans l’appareil judiciaire du régime avant l’application de peines sévères. Dans ces cellules d’isolement, les prisonniers sont soumis à une privation psychologique et physique totale, conçue pour briser leur résistance. Peu après, la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par le tristement célèbre juge Abolqasem Salavati, les a condamnés à mort.
Ce soi-disant « procès » ne présentait aucune des caractéristiques d’une procédure équitable. Il n’y avait ni avocats indépendants, ni preuves crédibles, ni témoins fiables—uniquement des aveux obtenus sous la torture. Salavati, largement connu comme un « juge de la mort », a une fois de plus agi comme un bourreau en robe judiciaire, validant l’élimination de nouvelles vies pour préserver un système en déclin.
Selon le communiqué officiel du pouvoir judiciaire, les trois jeunes hommes étaient accusés d’avoir attaqué une installation militaire classifiée à Téhéran lors du soulèvement de janvier 2026. Ils auraient endommagé et incendié le site, et tenté d’accéder à son arsenal dans le but d’obtenir des armes pour affronter les forces de sécurité de l’État. Cette action n’était pas isolée ; lors du même soulèvement, des groupes de manifestants auraient tenté d’infiltrer des postes de police, des bases du Bassidj et d’autres sites militaires restreints afin de désarmer les forces du régime et de modifier le rapport de force sur le terrain.
Les exécutions des trois jeunes manifestantsne peuvent être comprises simplement comme des sanctions pour des actes individuels. Elles s’inscrivent plutôt dans une réponse stratégique plus large du régime face à un mouvement de protestation qui a évolué au-delà d’une dissidence symbolique. Les tentatives d’accès aux armes marquent un seuil critique—un seuil qui remet fondamentalement en cause le monopole de la force détenu par le régime. Pour un gouvernement qui revendique depuis longtemps une légitimité populaire, la perspective de citoyens cherchant activement à le désarmer constitue une menace profonde et existentielle.
Le message derrière ces exécutions est clair et multidimensionnel. Premièrement, elles reflètent la peur profonde du régime face à une société de plus en plus instable. Lorsqu’un gouvernement exécute de jeunes manifestants pour avoir tenté d’obtenir des armes, il reconnaît implicitement que les outils traditionnels de répression—gaz lacrymogènes, matraques et tirs à balles réelles—ne suffisent plus à contenir les troubles. La rapidité et la visibilité de ces exécutions visent à servir d’avertissement : toute tentative de résistance organisée ou armée sera immédiatement sanctionnée par la mort.
Deuxièmement, ces actions s’inscrivent dans une politique ancienne de terreur d’État. Depuis des décennies, le système en place utilise les exécutions comme un instrument politique—des massacres de masse des années 1980 aux exécutions ciblées après les soulèvements récents. Cependant, l’exécution de Biglari, Vahedparast et Fahim introduit une nouvelle dimension : le ciblage délibéré d’individus accusés d’avoir tenté de désarmer les forces de l’État. Cela signale une évolution dans la nature de la confrontation, indiquant que les protestations ne se limitent plus à des revendications économiques ou culturelles, mais qu’elles constituent désormais un défi direct à l’infrastructure sécuritaire du régime.
Troisièmement, d’un point de vue sociologique, les exécutions précipitées des trois jeunes manifestants — réalisées dans un contexte de conflit extérieur—risquent d’intensifier la colère publique plutôt que de la contenir. Les familles, les amis et les communautés de ces jeunes hommes sont peu susceptibles de les considérer comme des criminels. Au contraire, ils sont de plus en plus perçus comme des symboles de courage face à un pouvoir autoritaire. Dans une société marquée par la pauvreté, les discriminations de genre, la censure et la corruption systémique, de telles exécutions inspirent souvent davantage qu’elles n’intimident.
L’histoire iranienne offre de nombreux exemples où l’exécution de dissidents a semé les graines de futurs soulèvements. En procédant à ces exécutions, le régime a peut-être éliminé des individus, mais il a également amplifié les sentiments mêmes qu’il cherche à étouffer. Chaque exécution alimente une mémoire collective grandissante de résistance.
Ces trois jeunes manifestants représentent une génération qui n’est plus disposée à accepter l’humiliation ou la répression. Leur volonté de risquer—et finalement de perdre—leur vie reflète un profond changement dans les mentalités sociales. Loin de démontrer sa force, l’action du régime révèle sa faiblesse et sa peur.
Le soulèvement en Iran n’a pas été étouffé. Il évolue. Et tant que les racines structurelles du mécontentement resteront ancrées dans le système lui-même, les exécutions ne rétabliront pas le contrôle—elles ne feront que produire davantage de résistance.



