Tenir les responsables des exécutions de prisonniers politiques en Iran pour comptables de leurs actes : une dette internationale envers les droits humains

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CSDHI – Entre le 30 mars et le 9 avril 2026 (10–20 Farvardin 1405), dix exécutions de prisonniers politiques en Iran ont été mises en oeuvre à la prison de Qezel Hesar. Parmi eux figuraient les prisonniers politiques Vahid Bani-Amerian, Mohammad Taghavi, Babak Alipour, Pouya Ghobadi, Abolhassan Montazer et Akbar Daneshvarkar, ainsi que quatre détenus issus du soulèvement national de janvier 2026 : Amirhossein Hatami, Mohammad-Amin Biglari, Shahin Vahedparast et Ali Fahim.

Ces exécutions de prisonniers politiques en Iran ont été accompagnées d’une intervention violente dans le quartier des prisonniers politiques. Selon des informations recueillies par Iran Human Rights Monitor (Iran HRM), cette opération a été coordonnée et menée sous la supervision directe de responsables pénitentiaires, notamment Allah-Karam Azizi (directeur), son adjoint Hassan Ghobadi, et Ghasem Sahraee en tant qu’officier de service.

Témoignage de l’intérieur de la prison

Vers 21h30, le dimanche 29 mars, plus de 20 gardiens de la prison de Qezel Hesar ont fait irruption dans le bâtiment 4 afin de transférer six membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) en vue de leur exécution. L’opération était dirigée par Hassan Ghobadi.

À cette heure, les détenus se trouvaient dans leurs cellules, et l’arrivée des gardiens était inattendue, survenant en dehors des horaires habituels d’inspection.

Deux gardiens se tenaient devant chaque cellule, entraient et ordonnaient aux prisonniers : « Sortez sans rien toucher, il s’agit d’une inspection. » Il s’agissait d’une manœuvre délibérée visant à éviter toute résistance. Pour renforcer cette impression, Hassan Ghobadi déclarait : « Il n’y a aucun problème, c’est un contrôle de routine. »

Une fois les détenus rassemblés dans le couloir, les gardiens ont commencé à appeler des noms, révélant leur intention réelle d’emmener les six membres de l’OMPI. Lorsqu’ils ont tenté de menotter Vahid Bani-Amerian dans le dos, celui-ci a résisté. Plusieurs gardiens se sont alors jetés sur lui, le frappant à la tête et au visage jusqu’à le couvrir de sang.

Saeed Masouri, resté dans sa cellule, a crié : « Tuez-nous tous ! Mort à Khamenei ! »

Ghasem Sahraee a ensuite demandé son identité au prisonnier politique Ali Younesi. Lorsque celui-ci a répondu, Sahraee l’a violemment frappé au visage, provoquant un gonflement immédiat.

Au total, 21 détenus ont été menottés et transférés vers la zone administrative (« Zir-e-Hasht »), puis placés à l’isolement. Les six condamnés à mort ont été séparés. Leurs codétenus les ont embrassés un à un, leur ont fait leurs adieux et ont juré de poursuivre leur combat.

Les responsables du massacre

Allah-Karam Azizi

En tant que responsable clé du système pénitentiaire national, Allah-Karam Azizi a joué un rôle central dans de graves violations des droits humains.

  • Centre d’exécution : les établissements sous son autorité ont enregistré le plus grand nombre d’exécutions au cours de l’année écoulée.
  • Corruption et abus : des rapports évoquent une corruption organisée, incluant trafic de stupéfiants et extorsion.
  • Implication directe : des témoignages le situent physiquement sur les lieux des exécutions, supervisant personnellement leur déroulement.

Violations juridiques au regard de la Déclaration universelle des droits de l’homme :

  • Article 3 (droit à la vie) : exécutions massives dans le cadre de procédures défaillantes
  • Article 5 (interdiction de la torture) : violences physiques et psychologiques documentées
  • Article 9 (arrestations arbitraires) : fabrication de dossiers et détentions prolongées
  • Article 10 (procès équitable) : condamnations lourdes issues de procédures opaques
  • Article 1 (dignité humaine) : conditions de détention dégradantes et pressions systématiques

Ghasem Sahraee

Son implication dans des raids et violences contre les prisonniers politiques est largement documentée.

  • 26 juillet 2025 : plus de 100 agents ont attaqué l’unité 4 sous ses ordres.
  • Menaces de massacre : selon des témoins, il déclarait : « Nous allons tous vous tuer » et « Nous vous ferons disparaître. »

Antécédents de violence :

  • Octobre 2021 : passages à tabac de Behnam Mousivand et Soheil Arabi
  • Juillet 2022 : blessures infligées à Reza Mohammad Hosseini
  • Autres agressions : attaques contre Farhad Meysami et Mehdi Meskin-Navaz

Il a également violemment frappé Mohammad-Hossein Haghighatmanesh pour avoir écrit des slogans dans la neige.

Violence sexuelle et sadisme :
Le 15 janvier 2023, après qu’un détenu a dénoncé des menaces de viol collectif, Ghasem Sahraee a attaqué sa cellule et tenté de l’étrangler. Des témoins décrivent un comportement marqué par un « plaisir pathologique » dans la violence.

Violations graves du droit international

Les actes attribués à Ghasem Sahraee et à d’autres responsables constituent des violations manifestes et systématiques :

  • Article 5 de la DUDH : interdiction de la torture et des traitements inhumains
  • Article 3 : droit à la vie et à la sécurité
  • Article 9 : interdiction des détentions arbitraires
  • Article 10 : droit à un procès équitable

Politique de déni, impunité et responsabilité internationale

Depuis des années, la République islamique échappe à toute responsabilité en refusant l’accès aux missions internationales d’enquête. Cette impunité de facto a encouragé des responsables comme Ghasem Sahraee à poursuivre des violences systémiques sans crainte de poursuites.

Les événements de Qezel Hesar ne sont pas isolés : ils s’inscrivent dans un schéma plus large de raids nocturnes, de violences hors champ des caméras et de transferts secrets à l’isolement visant à briser la résistance et éliminer physiquement les opposants politiques.

Les noms de Allah-Karam Azizi, Hassan Ghobadi et Ghasem Sahraee sont devenus les symboles d’un système violent qui continuera de faire des victimes tant qu’une responsabilité internationale effective ne sera pas instaurée.

Conclusion

Rappel essentiel : le silence, l’inaction et l’absence de responsabilité internationale constituent les principaux alliés des tortionnaires et des bourreaux.