L’effondrement silencieux : pourquoi 8 internes en médecine iraniens sur 10 envisagent de partir

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CSDHI – Une enquête sur les racines économiques de la fuite des cerveaux dans le système de santé iranien : des internes en médecine rémunérés 31 cents de l’heure au casse-tête non résolu des tarifs infirmiers dans la capitale.

Téhéran — Les rapports de terrain et les statistiques officielles indiquent que le système de santé du pays est confronté à une crise sans précédent des ressources humaines. Cette crise résulte d’un ensemble de facteurs : exploitation économique systémique, forte dépréciation de la monnaie nationale et profondes ambiguïtés structurelles dans la répartition des ressources financières.

Selon des données d’enquête précédemment citées par des responsables de l’Organisation du Conseil médical d’Iran, près de 80 % des internes en médecine expriment un fort désir ou un projet sérieux d’émigration après leur formation.

Pour comprendre pourquoi la fuite des cerveaux médicaux en Iran a atteint un niveau où « huit internes sur dix envisagent de quitter le pays », il est nécessaire d’examiner de plus près les niveaux de rémunération, les structures tarifaires et les documents récemment obtenus dans le secteur de la santé de la capitale.

L’économie de l’internat : 31 cents pour chaque heure de travail spécialisé

Selon une directive officielle du ministère iranien de la Santé, du Traitement et de l’Éducation médicale, relayée par plusieurs médias nationaux dont Eghtesad News, le salaire mensuel moyen des internes en médecine a été porté à environ 20 millions de tomans à la suite d’une décision du ministre de la Santé.

À première vue, cette augmentation semblait constituer une avancée destinée à contenir le mécontentement croissant.

Cependant, lorsqu’on compare cette rémunération à la réalité du marché des changes, une autre dimension de la crise apparaît.

D’après les données du Réseau iranien d’information sur l’or, les pièces et les devises (TGJU), le dollar américain s’échange actuellement autour de 175 300 tomans.

Cela signifie que le revenu mensuel réel d’un interne correspond à environ 114 dollars américains.

Compte tenu des horaires particulièrement exigeants et des charges de travail obligatoires qui atteignent souvent 360 heures par mois dans les hôpitaux publics, la valeur du travail d’un interne en Iran revient à environ 31 cents américains de l’heure, soit un revenu quotidien d’environ 3,80 dollars.

Ce montant ne suffit même pas à couvrir les dépenses essentielles dans une métropole comme Téhéran.

Le labyrinthe des tarifs infirmiers : l’incertitude derrière les chiffres

Cette pression structurelle ne touche pas uniquement les internes en médecine.

Le système de rémunération du personnel infirmier est lui aussi confronté à de profondes zones d’ombre.

Une note de terrain rédigée par une infirmière travaillant dans l’unité de soins intensifs d’un hôpital de Téhéran met en lumière le manque de transparence dans la répartition des financements du secteur de la santé :

Message d’une infirmière de Téhéran – 9 juin 2026 :

« Chaque mois, lorsque nous recevons le SMS indiquant notre salaire, nous regardons simplement le montant final inscrit sous la rubrique “tarifs des services infirmiers”, sans savoir ce qui se cache derrière ce chiffre.

Nous avons le droit de savoir sur quelle base et selon quels critères ces montants sont déterminés par le ministère de la Santé et les compagnies d’assurance.

Pourquoi le mode de calcul du travail en unité de soins intensifs est-il si différent de celui appliqué dans un service ordinaire ?

Comment cet argent circule-t-il depuis les patients et les fonds d’assurance jusqu’à nos comptes bancaires ? Par quels intermédiaires passe-t-il ? Et quelle part disparaît en chemin ? »

Ces interrogations renvoient directement à la loi iranienne sur les tarifs infirmiers, mise en œuvre après quinze années de retard.

Toutefois, selon de nombreux professionnels de santé, la formule complexe régissant le système appelé « Nursing K » manque de transparence et est devenue l’un des principaux points faibles de la gestion du système de santé.

Les lacunes des données officielles et la réponse des autorités

Les responsables iraniens ne nient plus l’ampleur du problème.

Mohammad Mirzabeigi, ancien président de l’Organisation infirmière iranienne et représentant de longue date des travailleurs du secteur, a à plusieurs reprises alerté, dans des entretiens accordés à des agences officielles comme ISNA, sur le niveau élevé de l’émigration des infirmiers.

Selon ses estimations, entre 1 500 et 2 000 infirmiers quittent le pays chaque année.

Des rapports publiés dans plusieurs médias nationaux, notamment le journal Hamshahri, indiquent également que les retards prolongés dans le versement des rémunérations liées à la performance et aux tarifs infirmiers — parfois compris entre six et neuf mois, en raison des organismes d’assurance — ont considérablement réduit les motivations à rester dans le système public de santé.

Des destinations étrangères de plus en plus attractives

Le décalage croissant entre l’inflation intérieure et les revenus des professionnels de santé a transformé certains pays du Golfe persique, comme Oman et les Émirats arabes unis, ainsi que plusieurs pays européens dont l’Allemagne, en destinations privilégiées pour le recrutement.

Selon les données de l’Observatoire iranien des migrations, ces pays, en proposant des dispositifs d’accompagnement transparents et des salaires conformes aux standards internationaux, attirent facilement des professionnels expérimentés formés au sein du système universitaire iranien.

Poste dans les hôpitaux publics (Iran) Revenu mensuel moyen Équivalent approximatif en dollars (taux : 175 300 tomans pour 1 dollar) Indicateur de rétention
Interne en médecine 20 000 000 tomans ≈ 114 $ 80 % prévoient d’émigrer après leur formation
Infirmier(ère) (secteur public) 16 000 000 à 22 000 000 tomans ≈ 91 à 125 $ Plus de 1 500 départs à l’étranger chaque année

Les conséquences d’un investissement perdu : l’érosion de l’efficacité du système

Les conséquences de cette émigration à grande échelle vont bien au-delà d’un simple problème professionnel ou social.

Le système de santé d’un pays constitue l’un des piliers essentiels de sa résilience civile et de sa capacité à faire face aux crises. Former un médecin spécialiste ou un infirmier expérimenté nécessite des investissements considérables provenant des finances publiques et des ressources nationales.

Lorsque la colonne vertébrale opérationnelle des hôpitaux — notamment les internes et le personnel infirmier — est confrontée à l’incertitude économique et à l’opacité des mécanismes financiers, c’est l’ensemble de la chaîne des soins qui perd en efficacité pour répondre à des crises simultanées dans la capitale.

L’ampleur de la fuite des cerveaux, ainsi que le chiffre documenté indiquant que 80 % des jeunes médecins souhaitent quitter le pays, constituent un sérieux signal d’alarme pour l’avenir du développement durable de l’Iran.

Cela rappelle que les défis structurels les plus importants d’une nation ne se situent pas toujours à ses frontières géopolitiques. Ils peuvent parfois se trouver au cœur même de ses plus grandes villes, dans le désespoir grandissant de ses professionnels qualifiés face à la perspective d’une véritable réforme économique.