Paris, le 10 juin 2026 — Une conférence s’est tenue à Paris afin de présenter un premier bilan de la répression qui s’abat sur l’Iran depuis les grandes manifestations d’il y a cinq mois. Un bilan qualifié d’« effroyable » par Azadeh Alemi, porte-parole du Comité. L’événement a fait l’objet d’une couverture dans le quotidien Libération du 11 juin.
Une machine à exécuter qui s’emballe
Les chiffres présentés donnent la mesure de l’ampleur de la répression : 749 pendaisons ont été recensées sur les cinq premiers mois de l’année 2026, tandis que 55 000 manifestants ont été arrêtés et emprisonnés au cours de la même période. Pour mémoire, l’année 2025 s’était soldée par 2 167 exécutions. L’Iran détient aujourd’hui le taux d’exécutions par habitant le plus élevé au monde.
« Nous alertons sur l’accélération dramatique de la répression et de l’utilisation de la peine de mort », a déclaré Azadeh Alemi, qui a elle-même connu la prison dès son plus jeune âge, aux côtés de sa mère.
Des dizaines de prisonniers politiques dans les couloirs de la mort
Aux côtés de la porte-parole du CSDHI intervenaient Behzad Naziri, membre de la commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), et Patrick Baudouin, avocat pénaliste spécialisé dans la défense des droits humains, ancien président puis président d’honneur de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). Tous deux ont détaillé l’ampleur des violations des droits humains commises par le régime iranien.
« À l’heure à laquelle nous parlons, une cinquantaine de prisonniers politiques sont en train de croupir en prison, dans les couloirs de la mort », a souligné Behzad Naziri, lui-même emprisonné à l’âge de 23 ans et torturé dans la sinistre prison d’Evin, à Téhéran.
Parmi les condamnés à mort figure Zahra Tabari, ingénieure en électricité âgée de 68 ans, condamnée le 14 avril pour avoir écrit sur un tissu les mots « femme, vie, liberté ». De jeunes diplômés, des intellectuels et 24 personnalités du monde sportif ont également été emprisonnés, parfois pour de simples infractions.
Les femmes, cibles privilégiées du régime
Les intervenants ont insisté sur la part croissante des femmes parmi les victimes de la répression. « De plus en plus de femmes sont exécutées car elles sont le fer de lance du mouvement de contestation », a expliqué Behzad Naziri, en référence au soulèvement né en septembre 2022 après la mort de Mahsa Amini.
Pour le représentant du CNRI, cette vague d’exécutions traduit avant tout la fragilité d’un régime qui « sent qu’il ne tient plus qu’à un fil » et pour lequel la potence demeure le seul « langage » qu’il emploie pour parler à son peuple.
Rompre le silence et l’impunité
Les intervenants ont dénoncé l’inaction de la communauté internationale et le manque de visibilité médiatique accordé aux crimes commis contre le peuple iranien, en particulier aux conditions de détention des prisonniers politiques. Le régime a en effet profité de la coupure d’Internet imposée entre février et mai, ainsi que de l’attention internationale accaparée par la guerre avec Israël et les États-Unis, pour durcir encore la répression.
« Le monde regarde ailleurs et le régime en profite. Cette omerta renforce l’impunité totale des mollahs », s’est inquiété Patrick Baudouin, dénonçant « un climat favorable à la perpétuation des crimes ».
Les trois intervenants ont été unanimes : seules une condamnation officielle et des sanctions internationales permettront de sortir de l’impasse.
Rendez-vous le 20 juin, place Vauban à Paris
Les intervenants appellent à participer au grand rassemblement mondial qui se tiendra le samedi 20 juin, place Vauban à Paris. Plus de 100 000 personnes sont attendues et plus de 300 associations seront présentes pour exiger la fin des exécutions et la libération des prisonniers politiques en Iran.
« La diaspora des quatre coins du monde se mobilise pour rendre visible la réalité iranienne que personne ne voit », a conclu Azadeh Alemi.
Source : conférence de presse du JVMI/AFIF, Paris, 10 juin 2026. Voir également l’article de Diane Villemin paru dans Libération du 11 juin 2026.



