Exécutions de détenus de droit commun en Iran : des noms qui ne doivent pas être oubliés

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CSDHI – Alors que la République islamique profite du contexte et du prétexte des tensions géopolitiques pour accuser des prisonniers politiques et des manifestants pacifiques d’espionnage, de « guerre contre Dieu » (moharebeh) ou de rébellion armée (baghi) afin de faire taire toute voix critique, il ne faut pas oublier le nombre alarmant d’exécutions de détenus condamnés pour des crimes de droit commun en Iran.

Ces prisonniers sont eux-mêmes souvent les premières victimes des défaillances structurelles, sociales et économiques du régime. La pauvreté extrême et les politiques économiques inefficaces les ont progressivement poussés vers la délinquance.

Au cours d’une période d’un mois (du 8 mai au 8 juin 2026), un grand nombre de détenus condamnés pour des crimes de droit commun ont été privés de leur droit à la vie. Dans de nombreux cas, les garanties d’un procès équitable, du respect des procédures légales et d’une véritable enquête sur les causes profondes des faits reprochés étaient inexistantes.

Les statistiques présentées ci-dessous ne représentent qu’une partie des exécutions effectivement réalisées. En raison du contrôle de l’information et des fréquentes coupures d’Internet en Iran, le nombre réel de personnes exécutées est probablement bien supérieur à celui mentionné dans ce rapport.

Bilan statistique détaillé des exécutions en Iran (du 8 mai au 8 juin 2026)

Le rapport recense 72 exécutions de détenus condamnés pour des crimes de droit commun au cours de cette période.

Ventilation statistique détaillée des exécutions en Iran (du 8 mai au 8 juin 2026)

Exécution de détenus de droit commun en Iran

Nom et prénom Prison d’exécution Chef d’accusation Âge et autres informations
1 Aslan Amiri Arak Infractions liées aux stupéfiants
2 Mme Asma Zarei Ardabil Meurtre 28 ans / Mère d’un enfant de 2 ans né en prison
3 Mojtaba Khosravi Ispahan (Dastgerd) Infractions liées aux stupéfiants 42 ans
4 Meysam Abdi Ispahan (Dastgerd) Infractions liées aux stupéfiants 38 ans / Père d’un enfant
5 Reza Pedram Ispahan (Dastgerd) Infractions liées aux stupéfiants
6 Amir Mohammadi Joghabad Ispahan (Dastgerd) Infractions liées aux stupéfiants
7 Mohammad Ghasem Abdohvand Ispahan (Dastgerd) Infractions liées aux stupéfiants 33 ans
8 Rahim Ghanbari Ispahan (Dastgerd) Infractions liées aux stupéfiants 38 ans
9 Mohammad Abiat Ahvaz Meurtre 27 ans
10 Mohammad Raoof Majidi Boukan Meurtre 40 ans
11 Salah Jang Boukan Meurtre
12 Rahman Mahmoudi Boukan Infractions liées aux stupéfiants
13 Jafar Mohammadi Boukan Infractions liées aux stupéfiants
14 Identité non divulguée Boukan Infractions liées aux stupéfiants
15 Identité non divulguée Boukan Infractions liées aux stupéfiants
16 Younes Barahouei Birjand Infractions liées aux stupéfiants 29 ans / Marié
17 Omid Sadegh Souri Tabriz Meurtre 26 ans
18 Mme Afsaneh Zandabadi Tabriz Infractions liées aux stupéfiants Arrêtée à 19 ans / Victime d’abus institutionnels, de viols et d’exploitation
19 Ebrahim Farhadi Toopkanlou Torbat-e Heydarieh Infractions liées aux stupéfiants 48 ans / Père de 3 enfants
20 Sobhan Abbasi Jiroft Meurtre
21 Morteza Sadeghzadeh Damghan Infractions liées aux stupéfiants 28 ans
22 Amir Abbas Shokri Racht (Lakan) Meurtre 29 ans
23 Behnam Nemati Racht (Lakan) Meurtre 38 ans
24 Shahin Tafteh Racht (Lakan) Meurtre Père d’une jeune fille
25 Mohammad Asghari Racht (Lakan) Meurtre
26 Siavash Afrashteh Racht (Lakan) Infractions liées aux stupéfiants 27 ans
27 Elias (Arsalan) Zeinoddini Zahedan Complicité de meurtre 44 ans / Exécuté sans notification préalable à sa famille ni dernière visite
28 Hossein Barahouei Zahedan Meurtre 23 ans
29 Parviz Valizadeh Zanjan Meurtre 27 ans
30 Eisa Shakourian Sabzevar Meurtre 23 ans / Accusé d’avoir tué un membre de la milice Basij
31 Yahya Sobhani Sari Infractions liées aux stupéfiants 44 ans / Père de 2 enfants
32 Farhang Sheikhleh Sanandaj Meurtre
33 Alireza Mirzadeh Chiraz (Adelabad) Meurtre 35 ans
34 Hojjat Mahmoudian Chiraz (Adelabad) Meurtre 24 ans
35 Saeed Rahmanirad Chiraz (Adelabad) Meurtre 30 ans
36 Abbas Bayat Chiraz (Adelabad) Meurtre 30 ans
37 Borzou Mousazadeh Chiraz (Adelabad) Meurtre 30 ans
38 Ali Akbar Sarabi Moghaddam Chiraz (Adelabad) Meurtre
39 Saeed Dehghanizadeh Chiraz (Adelabad) Meurtre
40 Daryoush Kolko Chiraz (Adelabad) Meurtre
41 Mohammad Othman Daneh-Barchin (Narouei) Chiraz (Adelabad) Infractions liées aux stupéfiants 35 ans / Père de 3 enfants
42 Ghader Khodamradi Chiraz (Adelabad) Infractions liées aux stupéfiants 43 ans
43 Salar Sheikhi Chiraz (Adelabad) Viol 29 ans
44 Identité non divulguée Chiraz (Adelabad) Infractions liées aux stupéfiants Citoyen afghan
45 Identité non divulguée Chiraz (Adelabad) Infractions liées aux stupéfiants Citoyen afghan
46 Hassan Tahmasebi Qorveh Viol 52 ans / Affaire connue comme « viol ayant conduit au suicide »
47 Kohyar Abbasi Qorveh Viol 37 ans / Affaire connue comme « viol ayant conduit au suicide »
48 Bahman Farzaneh Ghezel Hesar Meurtre
49 Reza Soleimani Qom Infractions liées aux stupéfiants 56 ans / Père de 3 enfants
50 Behnam Hasniaei Qom Infractions liées aux stupéfiants 36 ans

Prisonniers exécutés (lignes 51 à 72)

Nom et prénom Prison d’exécution Chef d’accusation Âge et autres informations
51 Eghbal Raghandeh Karaj (prison centrale) Meurtre 30 ans
52 Heidar Bamri (Moradkhani) Kerman Infractions liées aux stupéfiants 27 ans
53 Mehdi Bamri Kerman Infractions liées aux stupéfiants 27 ans
54 Vahid Arman Kerman Meurtre
55 Abouzar Mohammad-Hossein-Pour (Negarestani) Kerman Meurtre
56 Saman Ebrahimi (Nazi Sarvnavi) Kermanshah Meurtre 32 ans
57 Ali Shahbazi Kermanshah Meurtre 27 ans
58 Farhad Jalilvand Kashan Infractions liées aux stupéfiants 30 ans
59 Ali Bozorgi Kashan Meurtre 28 ans
60 Naser Langerani Gorgan Meurtre 42 ans / père d’un enfant
61 Saber Akrami Gorgan Meurtre 54 ans / père de quatre enfants
62 Ahmadreza Torabi Khorramabad Meurtre
63 Noormorad Fallahnejad Khorramabad Meurtre 48 ans / père de trois enfants
64 Milad Vahidi Marvdasht Meurtre 34 ans / don d’organes après l’exécution
65 Javad Ghofran Taleb (Shahouzehi) Mashhad (Vakilabad) Infractions liées aux stupéfiants 24 ans / père de trois enfants
66 Azad Shoshtari Mashhad (Vakilabad) Meurtre
67 Identité non connue Mashhad (Vakilabad) Infractions liées aux stupéfiants Originaire de Taybad
68 Identité non connue Mashhad (Vakilabad) Infractions liées aux stupéfiants Originaire de Sarakhs
69 Abdulghader Rasouli Mahabad Infractions liées aux stupéfiants
70 Jafar Sabouhi Neyshabour Meurtre 40 ans / père d’un enfant
71 Mohammad Hakimi Neyshabour Meurtre 33 ans
72 Majid Shirzadi Hamadan Meurtre 35 ans

Le tableau complet du rapport comprend 72 noms, accompagnés du lieu d’exécution, des chefs d’accusation et, lorsque l’information est disponible, de données personnelles telles que l’âge ou la situation familiale.

Par exemple, Asma Zarei, âgée de 28 ans, était la mère d’un enfant de deux ans né en prison. D’autres détenus exécutés étaient pères de famille ou âgés d’une trentaine ou quarantaine d’années.

Les responsables de la privation du droit à la vie : un système qui banalise les exécutions

Pour comprendre comment la peine de mort s’est transformée en un mécanisme quasi automatique, souvent détaché des standards juridiques fondamentaux, il est nécessaire d’examiner le rôle des responsables chargés de mettre ces condamnations à exécution.

L’un des exemples les plus révélateurs est celui d’Esmatollah Jaberi, ancien procureur adjoint, superviseur de l’exécution des peines et juge chargé de l’application des décisions au parquet criminel de Téhéran.

L’étude de son parcours offre une image saisissante d’un système judiciaire où la rapidité prime sur la justice et où le droit à la vie, les enquêtes indépendantes et le droit à une défense effective sont sacrifiés au profit des statistiques d’exécution.

La participation directe de Jaberi à l’exécution d’au moins 350 condamnations à mort lui a valu le surnom d’« homme des exécutions » dans certains médias d’État. Bien qu’il affirme avoir obtenu le pardon des familles de victimes dans 180 dossiers, ces chiffres témoignent eux-mêmes des dysfonctionnements du système. Ils suggèrent que de nombreuses affaires auraient pu être résolues sans recourir à la peine capitale, mais que les autorités n’étaient pas disposées à interrompre la machine des exécutions.

Sa formule devenue célèbre lors de l’affaire Shahla Jahed — « Béni soit le meurtrier qui est exécuté » — illustre une vision où la peine de mort n’est pas considérée comme une mesure exceptionnelle et tragique, mais comme une valeur positive en soi.

L’affaire Shahla Jahed : symbole de profondes zones d’ombre dans l’enquête criminelle

L’affaire de Khadijeh (Shahla) Jahed demeure l’une des procédures pénales les plus controversées de l’histoire récente de l’Iran, et Esmatollah Jaberi y a joué un rôle central dans le processus ayant conduit à son exécution.

Malgré les nombreuses critiques formulées par des observateurs juridiques, l’affaire s’est conclue par une exécution alors que plusieurs questions fondamentales n’avaient jamais été éclaircies :

  • l’arme du crime n’a jamais été retrouvée ;
  • des contradictions importantes existaient dans les témoignages ;
  • des incohérences subsistaient concernant les vêtements de la victime ;
  • plusieurs éléments liés à la scène de crime demeuraient inexpliqués.

Au cours de son procès, Shahla Jahed est revenue sur ses aveux initiaux, affirmant qu’ils avaient été obtenus sous une pression psychologique et émotionnelle intense. Malgré ces contestations et ces zones d’ombre, la condamnation à mort a été maintenue et exécutée.

L’exécution de Behnoud Shojaee : une violation flagrante de la Convention relative aux droits de l’enfant

L’un des épisodes les plus controversés associés au parcours judiciaire de Jaberi concerne l’affaire de Behnoud Shojaee.

Au moment des faits qui lui étaient reprochés, Behnoud n’avait que 17 ans.

Selon la Convention relative aux droits de l’enfant, dont l’Iran est signataire, la condamnation à mort et l’exécution d’une personne pour un crime commis alors qu’elle était mineure sont strictement interdites.

Bien que son exécution ait été suspendue à cinq reprises, Behnoud Shojaee a finalement été pendu en octobre 2009, devenant l’un des exemples les plus marquants des critiques adressées au système judiciaire iranien concernant le respect de ses engagements internationaux.

Les limites des simples condamnations verbales : la nécessité d’aller au-delà des déclarations

Aujourd’hui, le rythme des exécutions en Iran a atteint un niveau qui dépasse celui des avertissements habituels.

Ces derniers mois, plusieurs personnalités et institutions internationales, parmi lesquelles Volker Türk, Amnesty International et le Parlement européen, ont dénoncé cette vague d’exécutions.

Cependant, selon l’auteur du texte, la situation observée dans les prisons iraniennes montre que les simples déclarations de condamnation ne suffisent plus à enrayer ce phénomène.

Le gouvernement iranien ne considérerait pas la peine de mort comme une sanction exceptionnelle réservée aux crimes les plus graves. Selon cette analyse, les exécutions — qu’elles visent des opposants politiques ou des détenus de droit commun — constitueraient un élément central de sa stratégie de maintien du pouvoir, destinée à instaurer la peur et à prévenir toute contestation sociale.

L’auteur estime que, pour mettre fin à cette dynamique, les organisations internationales et les États démocratiques devraient dépasser les seules expressions de préoccupation et adopter des mesures concrètes.

Selon cette position, toute évolution des relations politiques, économiques ou diplomatiques avec l’Iran devrait être conditionnée à un moratoire immédiat et complet sur le prononcé et l’application des peines de mort.

Tant que le coût politique et diplomatique des exécutions ne s’élèvera pas pour les autorités iraniennes, conclut l’auteur, la machine des exécutions continuera de fonctionner et de faire de nouvelles victimes parmi les citoyens iraniens.