CSDHI – La Rapporteuse spéciale des Nations unies, Mai Sato, avertit que le mémorandum entre les États-Unis et l’Iran privilégie les objectifs géopolitiques au détriment des droits humains et des souffrances de millions d’Iraniens, faisant craindre que tout futur accord ne consolide la répression au lieu de favoriser l’obligation de rendre des comptes.
Basé sur une interview exclusive publiée par Geneva Solutions le 1er juillet 2026.
Alors que Washington et Téhéran s’orientent vers des négociations plus larges à la suite de leur accord préliminaire de cessez-le-feu, la principale experte indépendante des Nations unies sur l’Iran a lancé un avertissement sans équivoque : toute avancée diplomatique qui ignorerait la crise des droits humains en Iran risquerait de renforcer les mêmes conditions qui alimentent depuis des années la répression.
Dans un entretien publié par Geneva Solutions, Mai Sato a déclaré que le récent mémorandum d’accord (Memorandum of Understanding – MoU) signé entre les États-Unis et le régime iranien place les préoccupations stratégiques et sécuritaires au-dessus des droits et du bien-être du peuple iranien.
« Le peuple iranien est à peine visible dans le cadre de cet accord », a déclaré Mme Sato. « Il sert des intérêts géopolitiques tout en laissant le peuple iranien de côté. »
Les droits humains absents de l’accord
L’accord préliminaire, conçu pour réduire les tensions militaires et établir un cadre pour de futures négociations, porte principalement sur le désengagement militaire, la réouverture des routes commerciales maritimes et les engagements liés au programme nucléaire.
Selon Mme Sato, il ne répond toutefois pas à la détérioration de la situation des droits humains dans le pays.
Au début du mois, Mme Sato a dirigé une déclaration commune signée par treize autres experts des Nations unies en matière de droits humains. Cette déclaration saluait les efforts diplomatiques visant à mettre fin aux hostilités, tout en critiquant l’accord, qualifié d’« incomplet » en raison de l’absence de garanties substantielles en matière de droits humains.
Elle a averti que tout accord définitif qui ignorerait ces questions risquerait simplement de rétablir les conditions qui prévalaient avant le conflit, voire d’encourager une répression accrue en perpétuant l’impunité.
« La situation des droits humains était déjà critique avant la guerre », a déclaré Mme Sato. « Un accord qui ne traite pas cette question risque de favoriser une répression accrue en raison du maintien de l’absence de responsabilité. »
La répression se poursuit malgré le cessez-le-feu
Alors que l’attention internationale s’est principalement concentrée sur les développements militaires, Mme Sato a souligné que la répression intérieure en Iran s’était poursuivie tout au long du conflit.
Selon l’experte des Nations unies, des milliers de personnes auraient été arrêtées, torturées ou soumises à d’autres formes de répression depuis le début des hostilités. Elle a également indiqué qu’au moins 156 exécutions avaient eu lieu depuis le déclenchement de la guerre.
Au-delà de la répression politique, Mme Sato a décrit une aggravation de la situation humanitaire dans l’ensemble du pays, évoquant la flambée des prix des denrées alimentaires, les retards dans le versement des salaires, l’augmentation du chômage ainsi que les déplacements massifs de population consécutifs aux attaques contre les infrastructures civiles.
« Les atteintes concernent aussi bien les droits civils et politiques que les droits économiques, sociaux et culturels », a-t-elle déclaré.
Les droits humains doivent faire partie de la diplomatie
Bien qu’elle ait reconnu que les informations entourant les négociations laissaient entendre que les droits humains n’avaient jamais constitué un sujet central, Mme Sato a estimé que cela ne devait en aucun cas réduire les préoccupations de la communauté internationale.
Elle a rappelé que les premières déclarations du président américain Donald Trump avaient brièvement évoqué le sort du peuple iranien, avant que cette question ne disparaisse des négociations ultérieures.
« Cela ne me surprend pas », a-t-elle déclaré. « Mais cela ne signifie pas que je ne sois pas préoccupée. »
Mme Sato a exprimé l’espoir que les prochaines négociations incluront des engagements concrets en matière de droits humains, au lieu de limiter les discussions aux seules questions de sécurité et au dossier nucléaire.
Les mesures concrètes que l’ONU souhaite voir adoptées
Se projetant vers l’avenir, la Rapporteuse spéciale a présenté plusieurs mesures immédiates qui, selon elle, devraient être intégrées à tout accord durable.
Celles-ci comprennent :
- un moratoire sur les exécutions ;
- la libération des personnes détenues arbitrairement ;
- la protection de l’espace civique ;
- la garantie d’un accès libre à Internet ;
- un renforcement de la responsabilité pour les violations des droits humains.
Elle a souligné que les manifestations nationales qui ont éclaté à travers l’Iran à la fin de l’année 2025 ne devaient pas être oubliées au cours des négociations diplomatiques.
« Le peuple iranien a élevé la voix et a demandé un changement fondamental », a-t-elle déclaré.
La reconstruction ne suffit pas
Le mémorandum prévoit la création d’un fonds de reconstruction, mais Mme Sato s’est interrogée sur la capacité d’une aide économique, à elle seule, à répondre à la crise plus large des droits humains que connaît le pays.
Elle a souligné que, bien que l’accord évite des termes tels que « réparations » ou « restitution », un tel fonds pourrait néanmoins contribuer à soutenir les victimes et à reconstruire les infrastructures civiles détruites pendant le conflit.
Dans le même temps, elle a mis en garde contre l’idée d’attribuer les difficultés économiques de l’Iran uniquement à la guerre ou aux sanctions.
« Les choix de politique intérieure ont également joué un rôle », a-t-elle déclaré.
La surveillance internationale se poursuit
Mme Sato a confirmé avoir maintenu des contacts avec des représentants du régime iranien tout au long de son mandat de Rapporteuse spéciale des Nations unies. Elle a également indiqué avoir pris contact avec les autorités américaines au sujet de violations présumées commises durant le conflit, sans avoir reçu de réponse.
Plus tard cette année, Mme Sato devrait présenter un rapport complet à l’Assemblée générale des Nations unies, documentant les violations présumées des droits humains commises pendant et après le conflit.
Son message central demeure clair : une diplomatie exclusivement fondée sur des considérations géopolitiques, tout en ignorant les droits de la population iranienne, risque d’aboutir à un accord mettant fin au conflit armé sans s’attaquer à la crise profonde qui frappe le pays.
Alors que les négociations internationales se poursuivent, Mme Sato estime que la stabilité à long terme dépendra non seulement d’une désescalade militaire, mais aussi de la garantie que les droits et la voix du peuple iranien ne soient plus exclus de la table des négociations.



