Le régime des mollahs laisse les travailleurs iraniens touchés par la guerre sans logement, alors que les inégalités se creusent

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CSDHI – Un rapport issu des propres médias officiels du régime révèle que des familles ouvrières déplacées par la guerre ont été abandonnées, mettant en lumière des discriminations, des promesses non tenues et l’aggravation de la crise sociale qui frappe les travailleurs iraniens.

Un rapport remarquable publié par l’agence de presse d’État iranienne ILNA a mis en évidence les graves difficultés auxquelles sont confrontées les familles ouvrières à la suite de la récente guerre. Loin de bénéficier d’une aide gouvernementale significative, de nombreux travailleurs iraniens dont les logements ont été endommagés ou détruits restent sans abri plusieurs mois après les événements, tandis que les autorités ont proposé, selon les propres termes des médias d’État, un traitement inégal et discriminatoire.

Le rapport constitue une rare reconnaissance publique du fait que les conséquences du conflit ont touché de manière disproportionnée la classe ouvrière iranienne, soulignant non seulement l’ampleur des difficultés économiques, mais aussi l’échec du régime à fournir une assistance de base à certains de ses citoyens les plus vulnérables.

Les médias officiels reconnaissent une discrimination de classe

Selon ILNA, tandis que certaines familles touchées par la guerre ont été temporairement hébergées dans des hôtels, de nombreuses familles ouvrières ont été invitées à se loger dans des gymnases, des mosquées ou même des bibliothèques publiques.

Le rapport estime que cette disparité reflète une approche fondée sur la classe sociale dans l’aide d’urgence, où les citoyens sont traités différemment selon leur lieu de résidence et leur statut économique.

Le témoignage de Kamal Gholizadeh, ancien employé de la société Darougar, illustre le coût humain de ces politiques.

Son logement, situé dans un quartier ouvrier de Qaleh Hassan Khan, a subi de graves dommages structurels lors d’une frappe de missile en mars 2026. Bien que le bâtiment soit devenu inhabitable, Gholizadeh affirme que lui, son épouse et ses deux filles passent les quatre derniers mois à se déplacer d’un lieu à un autre sans recevoir le soutien pourtant promis à plusieurs reprises par les autorités.

« Nous vivons dans le déplacement depuis quatre mois. Pensez-vous que quelqu’un nous a mis à l’hôtel ou fourni un logement temporaire ? Rien de ce qui avait été promis ne s’est réalisé », a-t-il déclaré à ILNA.

Il a comparé le traitement réservé à sa famille à celui, supposé, de certains habitants de Téhéran.

« On donne des aides au logement et des chambres d’hôtel à certaines personnes, mais pour nous, on nous dit de dormir dans des stades, des bibliothèques ou des mosquées. La dignité d’une personne dépend-elle de son lieu de résidence ? Parce que nous vivons hors de la capitale ou dans un quartier ouvrier, devons-nous être humiliés ainsi ? »

Promesses rompues et reconstruction abandonnée

Le rapport d’ILNA intervient dans un contexte de critiques croissantes concernant la gestion de la reconstruction post-guerre par le régime.

Des rapports précédents indiquaient que même des familles temporairement logées dans des hôtels à Téhéran ont désormais été priées de partir, alors que de nombreux logements endommagés n’ont toujours pas été reconstruits et que les aides financières ne se sont pas matérialisées.

La réponse du gouvernement a accentué la frustration publique après que des responsables ont reconnu qu’ils n’entendaient pas fournir d’indemnisation financière directe pour les logements détruits. Les autorités ont plutôt proposé de s’appuyer sur un mécanisme censé encourager la participation du secteur privé à la reconstruction.

Les critiques estiment que de telles propositions apportent peu d’aide concrète aux familles ayant tout perdu, alors que les coûts de construction continuent d’augmenter fortement en Iran.

« La guerre ne s’est pas terminée pour les travailleurs iraniens  »

Le passage le plus marquant du rapport officiel est peut-être sa conclusion :

« La guerre ne s’est pas terminée pour les travailleurs. L’inflation post-guerre, les hausses soudaines des prix et la contraction quotidienne du panier des ménages restent une plaie ouverte et saignante. »

Cette analyse inhabituellement directe reflète l’aggravation de la crise économique touchant des millions de travailleurs iraniens.

Selon le rapport, quitter le centre de Téhéran révèle une réalité encore plus dure dans les banlieues ouvrières et les régions provinciales, où chômage, sans-abrisme, inflation et baisse du niveau de vie se combinent pour former une urgence sociale profonde.

Pour de nombreux travailleurs, les destructions causées par la guerre ne font qu’aggraver des années d’insécurité économique.

Des années de travail, aucune protection

L’expérience de Gholizadeh illustre également des problèmes plus larges du système du travail en Iran.

Après avoir été licencié en 2025, il a passé plusieurs mois à réclamer des indemnités légales de départ. Bien qu’un tribunal ait finalement statué en sa faveur, six mois plus tard, son ancien employeur n’avait toujours pas versé les sommes dues.

Parallèlement, l’inflation a fortement réduit la valeur réelle de son indemnisation impayée.

Selon son témoignage, les 332 millions de tomans qui lui sont dus ont perdu plus de la moitié de leur pouvoir d’achat, tandis que les dirigeants de l’entreprise continuent de refuser le paiement et auraient bloqué ses tentatives de contact.

Son cas reflète un schéma plus large dans lequel les lois du travail existent sur le papier mais sont faiblement appliquées, laissant les travailleurs incapables de récupérer leurs salaires ou leurs droits, même après des décisions judiciaires favorables.

L’inflation aggrave la crise

Les difficultés décrites par ILNA ne se limitent pas au logement.

Les ménages iraniens continuent de faire face à une hausse rapide des prix alimentaires, à des pénuries de médicaments, à une baisse des opportunités d’emploi et à des licenciements massifs. L’inflation érode progressivement le pouvoir d’achat, rendant même les besoins essentiels de plus en plus difficiles à satisfaire.

Pour les travailleurs déplacés, ces pressions économiques s’ajoutent à l’absence de logement stable et à l’incertitude concernant l’emploi futur.

Le résultat est un cercle vicieux dans lequel les familles font face à plusieurs crises simultanées, avec un soutien public très limité.

Même les médias d’État remettent en question les politiques officielles

Dans l’une des observations les plus révélatrices du rapport, ILNA affirme que le cas de Gholizadeh n’est pas exceptionnel.

L’agence note que des dizaines d’autres travailleurs iraniens dans le même quartier vivent probablement des conditions similaires, mais restent largement invisibles.

Elle s’interroge également sur le fait que les autorités puissent approuver rapidement des licenciements ou des expulsions, tout en échouant, après près de quatre mois, à fournir un hébergement temporaire digne aux familles ouvrières déplacées.

Le rapport va plus loin en critiquant le discours officiel entourant les protestations ouvrières. Selon ILNA, lorsque des travailleurs poussés au désespoir ont protesté ou commis des actes de détresse en raison de la pression économique, l’appareil de propagande du régime a souvent attribué ces incidents à des problèmes « personnels » ou « familiaux », plutôt qu’à la responsabilité des autorités.

Un régime en difficulté face à ses propres citoyens

Bien qu’ILNA reste un média d’État, son rapport constitue une reconnaissance significative de l’incapacité du régime iranien à protéger une partie de ses citoyens après la guerre.

Les témoignages présentés ne révèlent pas seulement des défaillances administratives isolées, mais des inégalités structurelles de plus en plus visibles à mesure que la situation économique se détériore.

Des travailleurs iraniens  ayant consacré des décennies à l’économie du pays se retrouvent désormais confrontés simultanément au sans-abrisme, au chômage, à des salaires impayés et à une inflation galopante, tandis que l’aide gouvernementale promise reste largement absente.