Alors que l’Iran connaît une recrudescence alarmante de la répression et des exécutions, le cas de Massoud Jame’i est devenu l’un des exemples les plus préoccupants du recours à la peine de mort comme instrument de réduction au silence des opposants et des prisonniers politiques. Tandis que le nombre d’exécutions continue d’augmenter à travers le pays, des condamnés à mort à la prison de Ghezel-Hessar mettent leur vie en danger en menant des grèves de la faim et en scandant : « Non à la peine de mort ». Dans le même temps, les récentes exécutions de prisonniers politiques montrent que l’appareil répressif recourt à la peine capitale non pas comme un moyen de rendre justice, mais comme un outil d’intimidation et de contrôle social. Dans ce contexte, sauver la vie de Massoud Jame’i constitue une urgence humanitaire.
Présentation de l’affaire et état actuel de la procédure
Massoud Jame’i (Bavi), 50 ans, est un Iranien de la minorité arabe. Originaire du village de Shakh-Kopal, dans la périphérie d’Ahwaz, il a été arrêté le 1er août 2023. Après avoir été interrogé, il a été transféré à la prison de Sheiban, à Ahwaz. Marié et père de quatre enfants, il travaillait dans le secteur pétrolier avant son arrestation.
La première chambre du Tribunal révolutionnaire d’Ahvaz, présidée par le juge Ehsan Adibimehr, l’a condamné à une double peine de mort ainsi qu’à une peine supplémentaire d’un an d’emprisonnement discrétionnaire. Il a été reconnu coupable des chefs d’accusation suivants : « corruption sur terre » (Efsad-e Fel-Arz), « rébellion armée contre l’État » (Baghi), « rassemblement et collusion », ainsi que « propagande contre l’État ». Le jugement lui a été officiellement notifié le 11 juillet 2025, avant d’être confirmé par la Cour suprême. De graves irrégularités entachent toutefois la procédure, notamment la célérité excessive du procès, le refus de lui permettre de choisir librement son avocat et le recours à des aveux obtenus sous la contrainte.
Pressions judiciaires et sécuritaires contre la famille Jamei
Les pressions exercées par les autorités sur la famille de Masoud Jamei vont bien au-delà de sa propre condamnation. Plusieurs de ses proches ont eux aussi été poursuivis et lourdement condamnés :
Zeynab Hazbapour (Hazbeh), son épouse, a été transférée à l’automne 2025 dans le quartier des femmes de la prison de Sepidar, à Ahwaz, pour une peine de quinze ans pour « appartenance à un groupe rebelle (Baghi) ». Son état de santé en détention serait extrêmement préoccupant.
Nahid Jame’i, leur fille de 24 ans, a été condamnée à douze ans de détention pour « appartenance à un groupe rebelle (Baghi) ».
Dalal et Roghayeh Jame’i, les deux autres filles de la famille, âgées respectivement de 20 et 16 ans, ont également fait l’objet de poursuites pour « contacts avec des groupes d’opposition ». À ce jour, aucune information officielle n’a été communiquée sur leur situation actuelle.
Privation de soins médicaux et risques mortels à la prison de Sheiban
L’état de santé de Massoud Jame’i est extrêmement préoccupant. Il souffre d’un cancer de l’estomac, d’une maladie du foie, d’hypertension artérielle sévère ainsi que de graves infections internes. Priver un détenu gravement malade de soins médicaux spécialisés, en particulier lorsqu’il est sous le coup d’une condamnation à mort imminente, constitue une forme manifeste de traitement inhumain et de torture.
Torture, isolement et violation du droit fondamental à la vie
Le droit à la vie est le droit humain le plus fondamental. Dans le cas de Massoud Jame’i, l’accumulation d’accusations à caractère sécuritaire et le recours à des aveux extorqués font peser un risque irréversible de privation arbitraire de la vie.
Ces derniers jours, Massoud a été placé à l’isolement à titre de sanction après avoir lancé des slogans de protestation dans la prison de Sheiban. Son maintien dans une cellule dépourvue de système de climatisation, malgré les températures extrêmes d’Ahwaz, le crane rasé de force pour l’humilier, constituent des violations flagrantes de l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Aujourd’hui, Massoud est confronté non seulement au risque imminent d’exécution, mais également à un ensemble systématique de graves violations de ses droits : un procès contesté, des actes de torture, des aveux obtenus sous la contrainte, un refus de soins médicaux, le harcèlement de sa famille et des conditions de détention mettant sa vie en danger.
L’extrême urgence de son cas tient au fait que l’exécution de sa condamnation à mort supprimerait définitivement toute possibilité de réparation ultérieure. Les organisations de défense des droits humains, le Rapporteur spécial des Nations unies et les autres mécanismes onusiens doivent donc aller au-delà des simples déclarations de préoccupation. Ils sont appelés à entreprendre des actions concrètes et mesurables : lancer des appels urgents, publier des prises de position publiques, demander officiellement la suspension de l’exécution, assurer un suivi médical indépendant, mobiliser les leviers diplomatiques et inscrire cette affaire dans les mécanismes internationaux de responsabilisation, afin d’empêcher l’exécution de Massoud Jame’i et de garantir son accès immédiat aux soins médicaux indispensables.



