Journée internationale de l’alphabétisation : la privation structurelle d’éducation en Iran – Chapitre 2

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CSDHI – Le premier chapitre examinait les statistiques concernant la privation structurelle d’éducation, à savoir les enfants non scolarisés et les abandons scolaires, la pauvreté éducative et le creusement des inégalités sociales dans le système éducatif iranien.

Femmes, enfants et minorités — victimes de la discrimination dans l’éducation

 Ces données montraient que l’accès à l’éducation n’est pas égal pour tous et que le revenu des ménages ainsi que le lieu de résidence jouent un rôle déterminant dans les possibilités d’accès à l’éducation.

Cependant, la privation structurelle d’éducation est plus profonde et plus complexe pour certains groupes. Les femmes et les filles, les enfants travailleurs, les enfants afghans, les personnes handicapées ainsi que les minorités ethniques et linguistiques sont confrontés non seulement à la pauvreté et à des infrastructures insuffisantes, mais aussi à des obstacles liés au genre, à l’identité, à la géographie et à leur situation sociale.

Les obstacles à l’éducation auxquels sont confrontés les femmes, les enfants et les minorités en Iran

1. Femmes et filles : un accès à l’éducation limité par la pauvreté et les mariages précoces

La privation d’éducation dont souffrent les filles en Iran ne résulte pas uniquement d’un manque d’écoles. L’éloignement entre le domicile et l’école, l’absence de moyens de transport sûrs, le manque d’enseignantes, la pauvreté des ménages, les mariages précoces et les attitudes discriminatoires figurent parmi les principaux facteurs qui conduisent les filles à quitter le système éducatif.

Dans son évaluation de la situation en Iran, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies s’est déclaré préoccupé par :

  • les faibles taux de scolarisation des filles dans les zones rurales ;
  • les filles qui abandonnent leur scolarité après avoir atteint la puberté ;
  • le manque d’enseignantes ;
  • la distance importante entre les domiciles et les écoles ;
  • les mariages précoces ;
  • les disparités en matière d’infrastructures entre les écoles urbaines et rurales.

Indicateurs relatifs au mariage et à l’abandon scolaire des filles

Indicateur Chiffre rapporté
Femmes âgées de 20 à 24 ans mariées avant l’âge de 18 ans 17 %
Femmes âgées de 20 à 24 ans mariées avant l’âge de 15 ans 3 %
Abandons scolaires attribués au mariage dans le Khuzestan en une année 89 cas
Filles de moins de 18 ans mariées sur une période de dix ans Plus d’un million ; vérification finale nécessaire

Dans le Khuzestan, un responsable provincial de l’éducation a indiqué que 89 cas d’abandon scolaire dû au mariage avaient été enregistrés au cours de l’année précédente. Le responsable a également déclaré que, ces dernières années, et notamment au cours de l’année examinée, le nombre de filles non scolarisées avait dépassé celui des garçons.

Dans le Sistan-et-Baloutchestan, l’absence d’établissements d’enseignement secondaire à proximité de nombreux villages, la longue distance à parcourir pour rejoindre les centres éducatifs et le manque de moyens de transport sûrs rendent difficile la poursuite de la scolarité des filles. Certains médias ont fait état de taux élevés d’abandon scolaire chez les filles dans cette province. Toutefois, les chiffres variant selon l’année, le niveau d’enseignement et la définition statistique retenue, ils ne devraient pas être considérés comme des statistiques provinciales définitives avant examen de la source originale.

La privation d’éducation dont souffrent les filles a des conséquences qui dépassent la seule perte d’années de scolarité. L’abandon scolaire réduit l’accès à l’enseignement supérieur et à l’emploi formel et accroît la probabilité de mariages précoces, de dépendance économique et de transmission intergénérationnelle de la pauvreté.

2. Enfants travailleurs et enfants non scolarisés

La pauvreté et l’absence de protection sociale efficace ont contraint de nombreux enfants à choisir entre l’école et le travail. Le directeur de l’Organisation iranienne de protection sociale a annoncé que 2 088 enfants non scolarisés avaient été identifiés parmi les 243 000 enfants pris en charge par cette organisation.

Environ 4 000 enfants travailleurs à Téhéran ont également été identifiés et placés sous surveillance. Le directeur de l’Organisation de protection sociale a averti que la pauvreté et les pressions économiques pourraient contraindre ces enfants à retourner sur le marché du travail.

Facteurs contribuant à la non-scolarisation des enfants

Facteur Exemple ou conséquence
Pauvreté Incapacité à assumer les coûts liés à l’éducation
Travail des enfants Le revenu apporté par l’enfant se substitue à l’éducation
Migration Perturbation de la scolarité et difficultés d’inscription
Absence de documents Impossibilité de s’inscrire ou de poursuivre sa scolarité
Maladie et handicap Absence de services et d’établissements adaptés
Absence de prise en charge parentale ou tutelle inadaptée Risque accru d’abandon scolaire
Éloignement de l’école Difficulté à fréquenter régulièrement l’établissement

Dans la province du Khorasan du Nord, sur les 1 304 enfants identifiés comme non scolarisés, 442 avaient repris le chemin de l’école tandis que la situation de 862 autres faisait encore l’objet d’un examen. Certains de ces enfants n’avaient pas pu intégrer le système éducatif en raison de migrations, de maladies, de problèmes de santé physique, de l’absence de prise en charge parentale ou d’une tutelle inadaptée, ou encore d’informations d’identité erronées.

Dans la province de Markazi, 1 598 élèves étaient considérés comme non scolarisés. Le responsable provincial a indiqué que ce groupe comprenait principalement des enfants handicapés, des enfants travailleurs et des enfants des rues, ainsi que des enfants issus de familles en situation de vulnérabilité.

Ces chiffres montrent que le retour d’un enfant à l’école, sans apporter de soutien économique à sa famille, garantir l’accès à l’alimentation et résoudre les problèmes liés à l’identité ou à la situation familiale, ne garantit pas son maintien dans le système éducatif.

3. Enfants afghans et obstacles liés à l’identité

Les enfants afghans, en particulier ceux qui ne disposent pas de documents d’identité ou de résidence, sont confrontés à des obstacles supplémentaires pour accéder à l’éducation.

L’UNICEF a indiqué que plus de 600 000 enfants afghans étaient scolarisés dans les écoles publiques iraniennes au cours de l’année scolaire 2023-2024. Néanmoins, le statut de résidence, les documents d’identité, la pauvreté des familles, les capacités limitées des établissements et la surcharge des classes continuent d’affecter leur accès à l’éducation.

Certains enfants afghans sans papiers dépendent d’organisations caritatives et de centres informels pour poursuivre leur scolarité. Cette dépendance transforme l’éducation, qui devrait être un droit stable et universel, en un service précaire dépendant des capacités des organisations caritatives.

Ainsi, la scolarisation de plus de 600 000 enfants afghans ne suffit pas, à elle seule, à démontrer la pleine réalisation de leur droit à l’éducation. Il convient également d’examiner la qualité de l’enseignement, la possibilité de poursuivre les études, l’accès aux services scolaires et la protection contre les discriminations.

4. Enfants handicapés

Les enfants handicapés sont confrontés à des obstacles qui, dans de nombreux cas, ne découlent pas de leur handicap lui-même, mais de l’absence de mesures d’accessibilité et de soutien de la part des pouvoirs publics.

Le ministre iranien de l’Éducation a indiqué que plus de 15 000 élèves ayant des besoins éducatifs particuliers avaient été exclus du système éducatif.

Les principaux obstacles auxquels ce groupe est confronté sont les suivants :

  • l’absence d’écoles accessibles ;
  • le manque de matériel éducatif et de rééducation ;
  • des installations sanitaires scolaires inadaptées ;
  • les difficultés de transport ;
  • l’absence de supports pédagogiques accessibles ;
  • l’insuffisance des services de soutien destinés aux familles.

Dans la province d’Azerbaïdjan occidental, environ 2 800 élèves ayant des besoins éducatifs particuliers ont été recensés, tandis que l’absence de locaux scolaires adaptés, de matériel de rééducation et d’installations sanitaires accessibles a été identifiée comme l’un de leurs principaux problèmes.

L’exclusion de ces enfants du système éducatif porte atteinte non seulement à leur droit à l’éducation, mais également à leurs possibilités de développement, de rééducation, d’autonomie et de participation à la vie sociale.

5. Minorités ethniques et linguistiques

Dans les régions à population ethnique et linguistique minoritaire, la privation d’éducation est liée à la pauvreté, à l’éloignement géographique, au manque d’écoles et d’enseignants, ainsi qu’à l’absence d’un enseignement adapté aux réalités linguistiques et culturelles des élèves.

Statistiques sélectionnées concernant les régions ethniques et défavorisées

Province Indicateur
Kurdistan 18 811 élèves non scolarisés
Kurdistan 2 376 élèves non scolarisés dans l’enseignement primaire
Kurdistan Plus de 16 000 élèves non scolarisés dans l’enseignement secondaire
Kurdistan 265 000 personnes de plus de six ans déclarées analphabètes
Kurdistan Pénurie d’environ 3 000 enseignants
Khuzestan Environ 8 000 enfants âgés de 6 à 11 ans non scolarisés
Hormozgan 27 526 élèves non scolarisés
Azerbaïdjan occidental 5 605 élèves non scolarisés
Azerbaïdjan occidental Plus de 70 % des écoles déclarées dégradées

Au Kurdistan, la majorité des enfants non scolarisés se trouvent dans l’enseignement secondaire. Cela indique que la poursuite des études après l’école primaire est plus difficile pour les élèves des régions défavorisées.

Dans le Sistan-et-Baloutchestan, le manque d’établissements d’enseignement secondaire, la distance entre les villages et les centres éducatifs ainsi que l’absence de moyens de transport sûrs touchent particulièrement les filles. Dans le Khuzestan, les autorités ont identifié la pauvreté, les migrations, le travail des enfants, les mariages précoces, le handicap et l’éloignement des écoles parmi les principales causes de la non-scolarisation des enfants.

La différence entre la langue parlée à la maison et la langue d’enseignement peut également avoir une incidence sur les apprentissages précoces, l’implication des familles et le risque d’abandon scolaire. Toutefois, il n’existe actuellement pas suffisamment de données nationales permettant de déterminer l’impact de l’enseignement monolingue sur les taux d’abandon scolaire des enfants kurdes, baloutches, arabes ou azéris.

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Conclusion du chapitre deux

La privation d’éducation en Iran ne touche pas tous les groupes de manière égale. Les filles, les enfants travailleurs, les enfants afghans, les personnes handicapées ainsi que les minorités ethniques et linguistiques sont confrontés à des obstacles supplémentaires et qui se cumulent.

Ces obstacles comprennent la pauvreté, les mariages précoces, le travail des enfants, l’absence de documents d’identité, le handicap, l’éloignement des écoles, les pénuries d’enseignants, la dégradation des infrastructures ainsi que les différences entre la langue parlée à la maison et la langue d’enseignement. Par conséquent, les politiques générales de scolarisation, si elles ne s’attaquent pas à ces obstacles, ne peuvent constituer une réalisation effective du droit à l’éducation.

À suivre dans le chapitre trois :

Écoles dégradées, qualité insuffisante de l’éducation et responsabilité des pouvoirs publics

Le chapitre trois examine les pénuries d’enseignants, les classes surchargées, les écoles installées dans des conteneurs et les établissements dépourvus d’équipements essentiels, la dégradation de la qualité de l’enseignement, les positions officielles du gouvernement, l’écart entre ses promesses et ses résultats, ainsi que les responsabilités de l’État iranien en matière de droits humains.