Site Persian2english.com, 12 mai – Mahdieh Golrou, membre emprisonnée du Conseil du Droit à l'Education, a écrit une lettre à la mémoire de sa compagne de cellule, Shirine Alam Houli, prisonnière politique exécutée (le 9 mai 2010).
Tu étais avec nous et maintenant tu es partie sans nous, comme le parfum d'une fleur. Où es-tu partie ?
Nous avons passé samedi soir sans Shirine. C’était le moment le plus amer de notre emprisonnement. C'était une nuit sombre et terrible. Chaque seconde semblait durer une éternité pour nous qui souhaitions revoir Shirine à nouveau.
La ligne téléphonique du quartier des femmes a été déconnectée dès samedi après-midi, ce qui n’a fait qu'ajouter à la détresse. Nous étions toutes réunies dans une pièce qui n'appartenait qu'à nous. Shirine aimait ça. Elle avait souffert plus que nous et aimait la solitude, mais elle a été la première à quitter cette salle. Cette nuit-là, même celles qui avaient été détenues à la prison d'Evine pendant une longue période, se sont rappelé de celles qui avaient soudain disparu dans l'obscurité de la nuit pour atteindre la lumière éternelle de la liberté. Nous avons passé notre temps à parler des souvenirs amers de celles dont les camarades avaient été envoyées à la potence. Nous avons admiré la résistance de ces femmes qui ont toléré les pressions de la mort de leurs amies, afin de susciter des jours meilleurs pour les prochaines générations.
Hélas, le cercle de l'injustice continue et il n’a pas fallu longtemps avant que notre patience n’ait été sollicitée lorsque Shirine a été brutalement séparée de nous sans avoir eu le temps de dire au revoir, comme si le nœud coulant appelait son nom, dans l'espoir de voir une lueur de peur dans ses yeux d'aigle. Mais je sais bien que le courage de Shirine a ridiculisé la nuit implacable d’Evine et la rudesse de la corde.
Shirine Alm-Houli, prisonnière politique kurde, exécutée le 9 mai 2010
Chaque seconde qui passait était dure. Nous attendions des nouvelles de Shirine. Quand ils l’ont emmenée, ils ont avancé pour prétexte que le nom de son père avait été écrit de manière incorrecte dans leurs dossiers. Il ne nous est pas venu à l'esprit que ce moment serait le dernier, que nous ne la reverrions plus. L’enthousiasme de Shirine pour la vie et le progrès, et les efforts qu'elle déployait dans ses études, faisaient penser à quelqu'un qui venait d'entrer en prison et qui était sur le point d'être bientôt libéré.
Oh, quelle nuit ! L’appel des prisonniers dimanche matin nous a semblé comme un fardeau écrasant sur nos épaules. A ce moment, nous étions sûres qu’une fois de plus, la vie d'une combattante et d’une lionne de la terre du Kurdistan, dont la résistance défiait la montagne, avait pris fin au bout d’une corde. C’était difficile à croire.
Nous avons entendu aux infos de 14h00 que Shirine avait été exécutée et donc qu’elle ne reviendrait jamais. Même si nous avions entendu des nouvelles d'exécution dans les souvenirs et des récits écrits, nous avons ressenti l'amertume de la perte de Shirine dans chacune de nos cellules.
Cette nuit-là fut le point culminant de toutes les nuits de nos vies. Nous espérions ce à quoi les prisonniers avaient aspiré il y a vingt ans : la fin de l'injustice pour que les générations futures n'aient pas à passer par là.
Quatre jours se sont écoulés depuis la tragédie. Un foulard noir qui traduit notre deuil repose sur son lit. Je dors sur le plancher de la cellule. Mes codétenues insistent pour que je dorme sur le lit de Shirine. Mais je ne peux pas prendre la place du professeur de poterie, elle est irremplaçable.
Mahdieh Golrou, prison d'Evine.



