Iran :oubliez que vous sortirez de la prison comme des héros, c’est votre cadavre qui sortira d’ici

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Active ImageCSDHI –   J’ai entendu en prison les pasdaran qui disaient : « s’il y a un soulèvement, on vous règlera votre compte les premiers »  a déclaré Parvine, ancienne prisonnière politique et militante des droits de l'homme, qui témoignait dans une conférence de presse à Paris le 4 août 2010, sur le massacre de 30.000 prisonniers politiques en Iran en 1988. Elle fait un court récit poignant sur la mort de son frère dans ce génocide.

Permettez-moi de commencer en saluant la mémoire des 30.000 Moudjahidine et résistants qui sont restés fidèles jusqu’au bout de leur vie aux idéaux de la résistance iranienne, c’est-à-dire, l’instauration de la liberté et de la démocratie en Iran.

J’ai été arrêtée par les pasdarans, les gardiens de la révolution en septembre 1981et j’ai été condamnée à 20 ans de prison, en dix minutes, dans un simulacre de procès. J’ai entendu en prison les pasdaran qui disaient : « s’il y a un soulèvement, on vous règlera votre compte les premiers ». Le directeur de la prison de la ville de Racht, dans le nord de l’Iran, le pasdar Gorgani disait : « oubliez que vous sortirez de la prison comme des héros, c’est votre cadavre qui sortira d’ici. » Si à l’époque j’écoutais ce criminel sans le croire, j’ai bien vu par la suite, que le régime a connu les crimes les plus incroyables, comme l’exécution de 30.000 prisonniers politiques, en quelques mois.

Au printemps 1982, avec l’aide des filles de notre cellule, j’ai réussi à m’échapper avec une codétenue et à rejoindre la résistance. Quand les pasdaran ont réalisé notre évasion, toutes les filles de la cellule ont été torturées et transférées dans diverses prisons. Beaucoup ont été exécutées dans le massacre de 1988. Je peux citer les noms de mes amies : Simine Seyedi, Behechteh Baba’i, Roya Kiyani, fariba Sabouri, Zahra Khabazkar, Lida Ghafouri et Fakhri Vahedi. Le régime s’est aussi vengé sur ma famille. Il a arrêté ma mère qui avait un cancer. Elle est décédée peu après sa libération.

Mais aujourd’hui, je ne suis pas venue parler de moi et de mon évasion. Je suis venue parler d’une autre personne, de mon frère cadet, Ahmad Raouf-Bachari-Doust, dont vous voyez le portrait ici.

Il avait été arrêté avant ma fuite, mais accusé de complicité dans mon évasion, il a de nouveau été interrogé, torturé et condamné. Il n’avait que seize ans quand il a été arrêté dans un raid des pasdaran à notre domicile, parce qu’il avait manifesté et participé à des meetings des Moudjahidine. Vers la fin de 1982, après plusieurs séries d’interrogatoires et de torture, Ahmad a été condamné à cinq ans de prison et incarcéré à a prison de Racht. Le 12 mars 1983, les pasdaran ont incendié cette prison et ouvert le feu sur les prisonniers politiques qui tentaient d’échapper aux flammes. Six sympathisants des Moudjahidine ont péri dans l’incendie. Mon frère qui avait perdu connaissance a été sauvé par un prisonnier.  Mais quelques mois plus tard, en juin 1983, le procureur de Racht Mohsen Khodaverdi, incapable de mâter la résistance dans la prison a décidé d’exiler 40 prisonniers. Mon frère en faisait partie. Il a été transféré à Téhéran, à la prison d’Evine, puis en banlieue, à Gohardacht.

Je me souviens qu’en 1984, j’ai reçu une lettre ma famille qui disait : « j’ai enfin réussi à obtenir une petite visite. Ahmad portait des traces de tortures et de coups. Il m’a raconté très vite ce qui s’était passé et comment ils l’avaient torturé pendant el mois de Ramadan alors qu’il était à jeun. Ahmad m’a demandé de rapporter leur grève héroïque à l’OMPI.

En mars 1988, pour la première fois j’ai reçu une lettre d’Ahmad. Il avait été libéré  et cherchait à quitter le pays  pour rejoindre les Moudjahidine et la résistance. Il m’avait écrit : « si je voulait te raconter tout ce que j’ai vécu durant ces années, je pourrais écrire des volumes. Laissons donc le récit de ce voyage forcé et de douleurs endurées à un autre moment. »

Quelques mois plus tard il quitte la ville de Racht pour rejoindre le camp d’Achraf. Mais sans le savoir il tombe dans un piège des services de renseignement. A mi-chemin, il est à nouveau arrêté et emmené sous la torture. Moi j’attendais son arrivée. Des jours d’attente qui n’en finissaient pas.

Quand j’ai lu les nouvelles sur le massacre, j’ai décidé d’appeler mon père. Il m’a déclaré avec surprise : « mais il n’est pas avec toi ? Il nous a dit adieu pour aller te voir. Mais s’il n’est pas avec toi, alors où est-il ? »

Mon père avait deviné juste. Après mon appel, il est allé de pison en prison à la recherche d’Ahmad, mais il n’a rien trouvé. Ni nom, ni trace, ni tombe. Ahmad avait été pendu sur ordre de Khomeiny comme les 30.000 prisonniers politiques exécutés dans ce massacre.

En 1991, les agents des services de renseignement ont dit à mon père qu’ils l’avaient exécuté dans les prisons d’Oroumieh, dans le nord-est de l’Iran, mais ils ne lui ont pas révélé où ils l’avaient enterré.

Il y a 22 ans que mon père cherche la tombe de son fils, comme les parents de 30.000 autres victimes de ce crime contre l’humanité.

Les responsables de ce génocide n’ont toujours pas été punis et continuent de torturer et d’exécuter en Iran. Il faut stopper cette tuerie.

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