Le fossé entre les sexes se creuse en Iran : les femmes poussées hors du marché du travail

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CSDHI – De nouvelles données publiées par le Centre des statistiques d’Iran révèlent l’ampleur de la crise qui frappe les femmes sur le marché du travail, sur fond d’inégalités structurelles et d’effondrement économique.

Selon les chiffres officiels pour l’été 2025, le taux de chômage des femmes a atteint 15,2 %, soit environ 2,5 fois plus élevé que celui des hommes, marquant l’un des écarts les plus profonds de ces dernières années. Combinées à la baisse du taux de participation des femmes à la population active, ces données montrent non seulement un chômage massif, mais aussi une tendance inquiétante à l’exclusion des femmes du monde du travail.

Le rapport indique que le taux de chômage masculin a légèrement baissé, à 5,8 %, tandis que celui des femmes a augmenté d’un point par rapport à la même période l’année précédente. Ces chiffres confirment que les femmes restent bien plus vulnérables face aux chocs économiques répétés du pays — une vulnérabilité enracinée dans des décennies de discriminations structurelles et d’inégalités d’accès à l’emploi stable.

Un chômage alarmant chez les jeunes femmes

La situation est particulièrement dramatique pour les jeunes sur le marché du travail. Le taux de chômage des femmes âgées de 15 à 24 ans a bondi de 3,5 points pour atteindre 31,5 %, alors que celui des hommes de la même tranche d’âge a reculé de 1,1 point. Chez les femmes de 18 à 35 ans, le chômage s’élève désormais à 26 %, soit plus du double du taux masculin (11,3 %).

Ces chiffres traduisent une réalité cruelle : en Iran, les jeunes femmes instruites portent le poids le plus lourd du chômage et du désespoir. Pour beaucoup, des années d’études supérieures ne débouchent pas sur un emploi, mais sur l’exclusion économique.

Une participation en chute libre

Le taux de participation à la population active — c’est-à-dire la part des personnes en âge de travailler qui ont ou recherchent un emploi — a fortement reculé pour les femmes. À l’été 2025, il est tombé à 13,6 %, soit une baisse d’un point en un an. En comparaison, celui des hommes atteint 68,1 %, soit cinq fois plus.

Autrement dit, tandis que deux hommes sur trois participent au marché du travail, seule une femme sur sept le fait. Environ 86 % des femmes en âge de travailler sont classées comme « inactives » — ni en emploi ni en recherche —, signe non seulement d’un chômage massif, mais aussi d’un profond découragement face à un système verrouillé contre elles.

Le taux d’emploi global (rapport emploi/population) reflète la même tendance : il est tombé à 37,8 %, soit une baisse de 0,7 point. Concrètement, une seule femme sur neuf âgée de 15 ans ou plus occupe un emploi.

Discrimination sectorielle

Les femmes iraniennes sont massivement concentrées dans le secteur des services, qui emploie 65 % de la main-d’œuvre féminine, contre 53,1 % de l’ensemble des actifs. Ce secteur, souvent précaire et faiblement rémunéré, expose particulièrement les femmes aux crises économiques. Seules 22,4 % d’entre elles travaillent dans l’industrie et 4,3 % dans l’agriculture — des parts bien inférieures à celles des hommes (34,4 % et 14,5 % respectivement).

Cette forte concentration dans les emplois de services, souvent informels, rend les femmes encore plus vulnérables aux dévaluations monétaires et aux fermetures d’entreprises. Comme le notent les économistes, les emplois féminins sont les premiers à disparaître en période de crise.

L’éducation sans débouchés

Malgré le fait que les femmes représentent plus de 50 % des diplômés universitaires en Iran, ce succès académique ne se traduit pas en opportunités professionnelles. À tous les niveaux de formation, les taux de chômage féminins dépassent ceux des hommes. Parmi les femmes titulaires d’une licence, 23,3 % sont sans emploi. Même aux niveaux inférieur (diplôme d’associé) et supérieur (master), les taux atteignent respectivement 20,6 % et 6,2 %.

Ces chiffres illustrent un paradoxe douloureux : les femmes iraniennes investissent massivement dans leur éducation, mais le système bloque l’accès à l’emploi. Aujourd’hui, elles représentent 53 % de l’ensemble des diplômés au chômage, un gaspillage flagrant de potentiel humain.

Discriminations structurelles et institutionnelles

Avec un taux de participation féminine d’à peine 14 %, contre 49 % en moyenne mondiale, l’Iran affiche l’un des écarts les plus profonds au monde. Cette situation résulte de décennies de lois discriminatoires, de normes culturelles restrictives et d’obstacles institutionnels qui écartent les femmes de la vie économique.

Alors que les autorités prétendent « soutenir les femmes », les chiffres racontent une autre histoire : celle d’une marginalisation systématique dans une économie à bout de souffle.

En définitive, ces statistiques ne traduisent pas seulement une crise économique — elles révèlent la faillite morale et sociale d’un système qui prive la moitié de la société de ses droits et de son potentiel. La répression continue des droits des femmes, sur le marché du travail comme dans la vie publique, est devenue l’un des symboles les plus flagrants de l’échec du régime clérical.