La nouvelle revendication sociale iranienne : non à la guerre, non aux exécutions, oui à la paix et à la liberté

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CSDHI – Alors que la guerre et la répression s’entremêlent dans la stratégie de survie du régime, la population iranienne exprime de plus en plus une revendication unifiée en faveur de la paix, de la liberté et de la fin des exécutions.

La société iranienne traverse une période profondément douloureuse. À la faim, à la pauvreté, au chômage et à l’insécurité économique s’ajoute la perte, pour des millions de personnes, d’un autre élément essentiel de la vie quotidienne : le sentiment de sécurité.

La guerre et les menaces qui l’entourent ont créé une première source d’angoisse. Les exécutions, les arrestations et la répression systématique en ont créé une seconde. Ensemble, elles ont profondément ébranlé la sécurité psychologique de la société iranienne.

Pourtant, au milieu de ces souffrances, une évolution politique importante est en train de se dessiner.

Lors des récentes manifestations, parallèlement aux revendications catégorielles portant sur les retraites, les salaires et les conditions de vie, les manifestants ont de plus en plus repris des slogans plus larges, tels que « Non aux exécutions » et « Non à la guerre ».

Ces slogans ne sont plus des revendications politiques isolées. Ils deviennent de plus en plus des revendications populaires qui transcendent les différents groupes sociaux.

Des revendications économiques aux revendications politiques

L’un des exemples les plus évidents est celui des retraités iraniens.

Ce sont des personnes qui ont consacré leurs années de vie active à travailler et à contribuer à la société, avec l’espoir que la retraite leur apporterait au moins une certaine stabilité et une certaine dignité. Au lieu de cela, elles se retrouvent confrontées à la pauvreté, à l’inflation, à des pensions insuffisantes et à une pression psychologique croissante.

Cette pression les a poussées à retourner dans la rue.

Mais ce qui est particulièrement significatif, c’est la rapidité avec laquelle leurs revendications économiques se transforment en revendications politiques.

L’intervalle entre le moment où un retraité réclame les moyens de subvenir à ses besoins et celui où le même manifestant scande un slogan politique peut se mesurer en minutes.

Ce phénomène n’est pas fortuit.

Il traduit l’émergence d’une société qui prend de plus en plus conscience du lien entre ses souffrances immédiates et leurs racines politiques.

Les Iraniens comprennent de plus en plus que la pauvreté, le chômage, l’inflation, la répression et l’insécurité ne constituent pas des problèmes distincts. Ils sont les conséquences interdépendantes des politiques d’un régime qui a privilégié sa propre survie au détriment du bien-être et de la sécurité de la population.

La crise économique devient donc politique par nécessité.

Le lien entre guerre et répression

Pour le régime, la guerre et la répression remplissent des fonctions complémentaires.

La guerre crée un climat d’urgence. Elle permet aux autorités d’invoquer la sécurité nationale, de restreindre l’espace public, d’intensifier la surveillance et de présenter toute contestation comme une menace.

Sous couvert de guerre, les exécutions peuvent se multiplier. Les arrestations peuvent s’étendre. Les forces de sécurité peuvent resserrer leur emprise sur la société.

Il en résulte une société maintenue sous pression permanente.

C’est pourquoi l’apparition du slogan « Non à la guerre » aux côtés de « Non aux exécutions » revêt une importance politique particulière.

Ces deux slogans désignent les deux faces d’un même problème.

Le régime utilise la menace extérieure de la guerre pour justifier la répression intérieure, tandis que la répression sert à empêcher les conséquences sociales des crises économiques et politiques de se transformer en un soulèvement plus vaste.

La population, quant à elle, rejette de plus en plus les deux.

La résistance ne s’arrête pas aux portes des prisons

L’opposition croissante aux exécutions est renforcée par une autre évolution importante : la persistance de la résistance à l’intérieur des prisons iraniennes.

Malgré les exécutions, la torture, les interrogatoires, les poursuites judiciaires et les pressions systématiques, les prisonniers politiques continuent d’envoyer des messages au monde extérieur.

Leurs paroles montrent que la répression n’a pas réussi à éliminer la résistance politique.

Le prisonnier politique Ali Moezi a récemment écrit :

« Simay-e Azadi est notre guide à travers les doutes, les ténèbres et les déformations de la réalité, et elle est une source d’espoir dans le désespoir. À ce moment critique, le rôle de ce média du peuple est bien plus important, car nous sommes dans l’année de la guerre des guerres et dans l’année où se joue le destin de ce régime traître et sanguinaire, avec des complots, des obstacles et des barrières sur notre chemin. »

Un autre prisonnier politique, Loghman Aminpour, a écrit :

« Puisse-t-il m’être à jamais interdit d’oublier la mémoire et les idéaux du commandant Vahid et de ses compagnons. Je dis aux bourreaux du régime et à “Roi Mojtaba” : exécuter et tuer de jeunes insurgés ne fait que renforcer notre détermination ardente. Par le sang de nos camarades, nous resterons fermes jusqu’au bout. »

Ces messages sont importants, non seulement parce qu’ils expriment une défiance.

Ils montrent que le régime n’est pas parvenu à isoler les prisonniers politiques du mouvement plus large qui se déroule à l’extérieur des murs des prisons.

Les prisonniers continuent de communiquer avec la société. La société continue de les entendre.

Et leur résistance, à son tour, devient partie intégrante de la conscience politique à l’extérieur des prisons.

L’exemple de Vahid et de ses compagnons

L’exécution du prisonnier politique Vahid Bani-Amerian et de ses compagnons en constitue un exemple particulièrement marquant.

Leur résistance et leur attitude dans les jours précédant leur exécution ont eu un impact qui a largement dépassé les murs de la prison, atteignant la population à travers l’Iran ainsi que la diaspora iranienne.

L’importance d’une telle résistance ne peut pas être mesurée simplement au nombre de personnes qui entendent un message donné.

Elle réside dans ce que cette résistance démontre : la machine répressive du régime ne produit pas automatiquement la soumission.

Même lorsque l’État contrôle la prison, la salle d’interrogatoire, le tribunal et le lieu d’exécution, il ne peut pas nécessairement contrôler la signification que la résistance des prisonniers acquiert à l’extérieur.

C’est pourquoi la politique d’exécution du régime comporte elle-même un risque politique.

Chaque exécution destinée à intimider la société peut au contraire devenir un nouveau symbole de résistance.

Des prisons à la rue

Le lien entre la résistance à l’intérieur des prisons et les manifestations à l’extérieur peut également être observé chez les jeunes qui sont descendus dans les rues en janvier 2026.

Le courage de ces jeunes manifestants et la défiance des prisonniers politiques représentent deux manifestations d’un même phénomène social : un refus croissant d’accepter la peur comme condition permanente de la vie iranienne.

Le message du prisonnier atteint la société.

Les manifestations de la société, à leur tour, donnent un sens à la résistance du prisonnier.

Cela crée une boucle de rétroaction que la seule répression ne peut pas facilement briser.

Plus le régime tente de faire taire la contestation par les exécutions et les arrestations, plus ces mesures deviennent elles-mêmes des motifs de revendication politique.

L’émergence d’une alternative : la paix et la liberté

Deux évolutions convergent donc.

La première est la popularité croissante de « Non aux exécutions » en tant que revendication publique.

La seconde est la persistance et l’extension de la résistance parmi les prisonniers politiques.

Ensemble, elles indiquent quelque chose de plus vaste qu’une simple opposition à des exécutions individuelles.

Elles font émerger une alternative sociale aux deux piliers sur lesquels le régime cherche à assurer sa survie : la répression et la guerre.

L’antithèse apparaît de plus en plus clairement :

La paix et la liberté.

Le modèle du régime repose sur le maintien du pouvoir par la coercition à l’intérieur du pays et la confrontation à l’extérieur.

La société iranienne exprime de plus en plus une vision inverse : un Iran où les personnes ne seraient pas exécutées pour leur opposition politique, où les jeunes ne seraient pas emprisonnés pour avoir réclamé le changement, et où le pays ne serait pas maintenu dans un état permanent de conflit et d’insécurité.

C’est pourquoi les slogans « Non à la guerre » et « Non aux exécutions » revêtent une portée qui dépasse les circonstances immédiates dans lesquelles ils sont scandés.

Ils expriment une revendication plus large en faveur d’un ordre politique fondamentalement différent.

Une société qui refuse de choisir entre guerre et répression

Le régime peut tenter de présenter la guerre et la répression comme des nécessités inévitables. La société iranienne rejette de plus en plus cette idée.

Les populations ne veulent pas avoir à choisir entre conflit extérieur et répression intérieure.

Elles ne veulent ni l’un ni l’autre.

Elles veulent la sécurité sans militarisation, la dignité sans pauvreté, la justice sans exécutions et une vie politique sans peur.

C’est pourquoi le message qui émerge simultanément des rues et des prisons iraniennes devient de plus en plus cohérent.

Les prisonniers politiques continuent de résister, d’envoyer des messages et de dénoncer les pratiques du régime.

Les manifestants continuent de se rassembler et de porter des revendications qui dépassent leurs seuls griefs économiques immédiats.

Les retraités qui descendent initialement dans la rue pour réclamer de meilleures pensions peuvent rapidement orienter leur attention vers les exécutions et la guerre.

Les jeunes qui affrontent les forces de sécurité dans les rues rejoignent ainsi le même mouvement général de résistance que celui exprimé par les prisonniers derrière les barreaux.

La convergence est manifeste.

Face à un système qui a lié sa survie à la guerre et à la répression, la société iranienne avance de plus en plus sa propre formule : la paix et la liberté.

Et parce que cette revendication correspond non seulement aux aspirations politiques des Iraniens, mais aussi à leurs besoins les plus fondamentaux de sécurité, de dignité et de vie normale, elle pourrait avoir une portée bien plus large que celle d’une manifestation, d’une prison ou d’un groupe social particulier.

Le régime peut réprimer un slogan pendant un jour.

Il ne peut pas indéfiniment réprimer la réalité qui l’a fait naître.