D’une géographie diversifiée à une riche biodiversité
L’Iran est un territoire de 1 650 000 km2, le 18e plus grand pays au monde. Il est constitué à 55 % de hautes chaînes montagneuses (jusqu’à 5600 m d’altitude), avec au nord l’Alborz, à l’ouest les Zagros et au sud-est les monts du Balouchistan ; ces massifs enserrent un haut plateau central occupé en partie par deux déserts salés couvrant plus de 20 % de sa superficie. La forêt, essentiellement au nord, représente environ 6 % du territoire.
Ses côtes littorales atteignent 2 240 km le long du golfe persique. Il est bordé au nord par le plus grand lac (salé) du monde, la mer Caspienne, qu’il partage avec quatre autres pays. Il s’agit d’un bassin endoréique, qui n’a donc aucune communication avec les océans. Seules deux plaines sont présentes dont une marécageuse, le Khouzistan, au sud-ouest et l’autre le long de la Caspienne. Les terres arables constituent 17 % du territoire.
Cette variété morphologique entraîne des climats différents et souvent extrêmes : subtropical humide aux environs de la Caspienne, chaud et sec l’été mais froid l’hiver dans les montagnes, subtropical sec dans les zones désertiques.
Les nombreux biomes et biotopes abritent une faune et une flore particulièrement riches, pour partie endémiques mais sur lesquelles pèsent de graves menaces en dépit de politiques de mise en place : ces écosystèmes abritent 192 types de mammifères, plus de 8 000 espèces de plantes, plus de 1 000 espèces de poissons et plus de 500 espèces d’oiseaux (source equaltimes.org).
Parmi les plus emblématiques se trouvent la gazelle de perse, le mouton rouge de l’ Alborz, la panthère de perse, le guépard asiatique, l’âne sauvage, les esturgeons sauvages pour la faune, la tulipe, devenue emblème national, la rose de Damas, et le safran pour la flore.

champ de crocus province Khouzistan
L’affichage d’un droit à un environnement viable
Dès 1956, un département de l’environnement placé sous l’autorité du Président était déjà chargé de veiller à la protection de l’environnement et un ministère dédié existait depuis 1971 pour remédier aux premières dégradations environnementales constatées.
Avec la Révolution, le régime intègre l’environnement à sa nouvelle constitution qui, dans son article 50, stipule que « la protection de l’environnement, dans lequel la génération actuelle et les générations futures doivent mener une vie sociale en voie de croissance, est considérée comme un devoir public. De ce fait, les activités économiques ou autres qui entraîneraient la pollution de l’environnement ou sa destruction de manière irréparable, sont interdites ».
L’Iran adhère à de nombreux accords environnementaux internationaux comme par exemple la Convention sur la diversité biologique en 1992 et la convention de Ramsar sur les zones humides qui concerne 50 % des 3 millions d’hectares de zones humides totales, a ratifié le Protocole de Kyoto sur les gaz à effets de serre en août 2005 et a rejoint le programme de l’UNESCO sur les réserves de biosphère (24 classifiées). En revanche, Téhéran n’a pas ratifié l’Accord de Paris de 2015 sur le climat qu’il a pourtant signé, en raison des sanctions que le pays subit.
Ainsi, ce sont environ 200 aires qui sont en principe protégées, telles que parcs nationaux, réserves de vie sauvage, zones protégées et les monuments naturels nationaux, qui couvrent entre 8 et 11,5 % du territoire (source Banque Mondiale).
L’éducation à l’environnement fait partie depuis les années 2000 des programmes scolaires du primaire et du secondaire mais elle semble parcellaire, faisant fi de la complexité, oubliant les conséquences économiques et sociales des différentes crises (eau, air, terre) et privilégie la responsabilité individuelle comme type de remédiations.
Ainsi Abedini Baltork et Saffar Heidari (2022) professeurs à l’université de Mazandaran ont étudié le contenu de manuels scolaires à l’école primaire. Ils ont identifié 379 passages mentionnant l’environnement, appréhendé essentiellement à travers la protection des ressources naturelles. Ils constatent le peu de place laissée aux déchets biodégradables et à la question des énergies fossiles. Saed Paivandi, sociologue, relève quant à lui les faiblesses de cette éducation :
– Les différents contenus ne sont pas articulés entre eux et ne reposent pas sur des approches pluridisciplinaires. Il y a peu d’analyse sur les causes et l’ampleur des phénomènes en Iran d’une part et les conséquences économiques et sociales que les différentes crises génèrent d’autre part.
– Si les activités humaines sont bien décrites comme à l’origine des dégradations écologiques, les grandes politiques ne sont jamais évoquées (par exemple, celle des grands barrages et transferts d’eau, de souveraineté alimentaire, d’énergie fossile à bas coût…). Les contenus analysés par les chercheurs regorgent de recommandations de bonnes pratiques individuelles et familiales, d’écogestes à apprendre et à mettre en œuvre renforçant ainsi l’aspect individuel de la responsabilité de la situation et de la réparation.
– Par ailleurs, la dimension religieuse irrigue l’approche environnementale en renvoyant à de nombreuses reprises au chiisme et au Coran, le lien sacré entre l’homme et l’environnement (source journals.openedition.org/ries/15222) et aux comportements individuels.
Pour mettre en pratique ses principes environnementaux, l’Iran dispose des outils nécessaires que ce soit politiques avec le département de l’environnement, l’organisation de protection de l’environnement, l’organisation des forêts et réserves , les outils d’analyse et de suivi et la réglementation ; académiques avec les Universités et les bureaux d’études, ou issus de la société civile avec les associations et ONG agréées comme CENESTA centre pour le développement durable et l’environnement qui est une des plus anciennes. Notons qu’en Iran, les ONG sont soumises à approbation préalable des autorités et sont placées sous la tutelle du département de l’environnement.
L’exemple de la pollution atmosphérique comme réalité tangible
En novembre 2025, le vice-ministre de la Santé, Alireza Raissi, déclarait à la télévision d’État :
« Nous devons présenter nos excuses à nos chers compatriotes pour notre action, pour le désastre que nous leur faisons subir. La pollution est telle qu’il n’y a pas besoin de la mesurer. Il suffit de regarder. Je suis particulièrement inquiet à cause de cette situation. Selon la dernière étude, chaque année la pollution fait 58 000 victimes. C’est un chiffre énorme ».
Régulièrement, les principales villes de l’Iran sont particulièrement affectées par la pollution atmosphérique à un point tel que certains services doivent fermer comme les écoles, les universités, les banques, les administrations. Durant ces épisodes, les services d’urgence des hôpitaux voient affluer de nombreux malades pour troubles oculaires, respiratoires et cardiaques. A tour de rôle, les agglomérations de Téhéran (15 millions d’habitants), d’Ahvaz (1 350 000 habitants), de Zabol (122 000 habitants) et de Bushehr (240 000 habitants) détiennent le record des villes la plus polluée au monde. Dans deux régions, celle pétrolifère du sud-ouest et le Sistan au sud-est, ce sont aussi des vents de poussières chargés de particules fines pouvant durer des mois qui affectent les populations et en particulier les enfants.
C’est un panaché pathogène de plomb, de dioxyde de souffre, de benzène, de monoxyde de carbone, de méthane, d’ozone, de particules fines que respire la population urbaine, soit environ 77 % de la population totale, contribuant à la réduction de l’espérance de vie. Cette pollution se déplaçant sur de longues distances, c’est donc l’ensemble du territoire qui est de fait concerné à des degrés divers.
Cette pollution va ensuite être transférée à la terre et à l’eau par les pluies ou directement, par infiltrations, ruissellements et elle susceptible de venir contaminer la chaîne alimentaire.

Crédit photo : Zamaneh media Ville d’Ahvaz
Une rente largement assise sur les énergies fossiles
Le sous-sol permet à l’Iran de disposer de réserves de pétrole et de gaz considérables, respectivement 4e et 2e positions mondiales. Ces gisements sont surtout localisés dans le sud-ouest (Khouzistân) et en offshore pour le gaz et dans la Caspienne. D ‘autres minerais tels que le cuivre, le fer, l’or, le zinc, le lithium, le titane… existent en quantités significatives.
L’Iran est le 7e pays au monde consommant le plus d’énergie par point de PIB. Cette intensité énergétique est l’indicateur désignant le rapport entre la consommation d’énergie d’un pays et son produit intérieur brut (PIB). Elle permet de mesurer le degré « d’efficacité énergétique » d’une économie (source connaissance des énergies.org) qui, en l’occurrence, est très mauvais. Il repose en outre quasi exclusivement sur de l’énergie fossile, le renouvelable n’y représentant que 2 à 5% dont 0,2 % pour le solaire.
Si la pollution, en particulier atmosphérique, résulte d’une combinaison de facteurs, météorologiques comme l’inversion des températures en hiver en particulier à Téhéran, topographiques (cuvettes), démographiques avec une population qui a doublé depuis 1970 et est devenue urbaine, les choix -et non choix- politiques sont déterminants sur les différents types de pollution et les pertes de biodiversité qui affectent durablement le pays.
Le torchage du gaz (combustion des gaz résiduels lors des forages pétroliers) libère quant à lui, bon nombre de polluants toxiques dans les zones pétrolifères. Des infrastructures gazières anciennes occasionnent des fuites de méthane lors de l’acheminement et ne permettent pas un traitement efficace des émissions polluantes.
Dans les grandes villes, et en particulier à Téhéran, la pollution de l’air résulte d’un trafic routier intense généré par un parc de voitures ancien ; alimenté par un carburant de médiocre qualité, longtemps à très bas coût, il prédomine en dépit d’un élargissement des transports publics. Au sud, elle est la résultante des politiques de l’eau (cf article précédent) et agricoles qui ont provoqué l’asséchement des terres les transformant en zones de poussières. Dans la province d’Ahvaz, elle est combinée à la pollution industrielle liée aux rejets des raffineries de pétrole, la pétrochimie et le brûlage de la canne à sucre, production largement subventionnée par l’Etat qui a voulu l’implanter de façon artificielle.
Le parc industriel iranien est lui aussi ancien et mal entretenu ; les normes, quand elles existent, ne sont pas forcément respectées et les contrôles peu fréquents. Il fonctionne aussi largement au mazout, souvent par dérogation à une loi sur l’air, riche en soufre (taux 800 fois supérieur aux normes internationales) et en particules. Cette industrie repose sur un pétrole lourd de mauvaise qualité en raison de différents choix stratégiques, liés en partie à la difficulté d’exporter les surplus en raison des sanctions. Ces dernières concourent à entraver le développement des techniques modernes de raffinage.
L’accaparement comme système islamique chiite
Cependant la recherche de rentabilité maximale apparaît comme un facteur important dans un secteur appartenant largement à des institutions para-étatiques telles que le corps des gardiens de la révolution (CGRI), via des fondations religieuses (bonyad). En effet, depuis le gouvernement Rafsanjani (1989-1997), le CGRI a été mobilisé pour s’investir dans l’économie et aucun domaine ne lui échappe. Son emprise est aujourd’hui considérable (voir Conseil National de la Résistance Iranienne « l’empire financier des Pasdaran » pour la liste des fondations, des holdings et de leurs filiales) et représente 60 % du PIB (source RTS info). Cette mainmise est également largement déconnectée du respect des normes qui s’imposent au secteur privé. En effet, les entreprises affiliées au CGRI ne payent pas d’impôts, accèdent aux marchés publics sans passage par appel d’offre, contrôlent des douanes parallèles, et sont directement placées sous l’autorité du guide suprême ce qui leur permet d’échapper à des procédures de contrôles.
Cette constellation d’entreprises permet au régime de faire vivre l’anfal inscrit également dans la constitution (article 45) : littéralement anfal signifie en arabe « les butins » et concerne toutes les propriétés, les ressources publiques sans propriétaire et les rentes pétrolières (il concernait à l’origine la gestion des biens de la dynastie Pahlavi). Ces trésors naturels (terres en friche, forêts, sous-sols…) appartenant à Allah deviennent « naturellement » la propriété du guide suprême (Imam) dans le chiisme. L’anfal constitue alors le fondement juridique de ce que Mehrdad Vahabi, économiste iranien, enseignant-chercheur à la Sorbonne, appelle le « capitalisme politique islamique » à l’œuvre depuis la révolution islamique et conforté à plusieurs reprises par le régime. « La prédation de l’économie » qui caractérise ce système ni socialiste ni capitaliste est la cause, selon lui, de la catastrophe écologique en Iran. Cette prédation concerne tous les secteurs primaires, secondaires et tertiaires de l’économie.
Une catastrophe écologique systémique
L’aspect systémique de cette catastrophe écologique peut s’appréhender à l’aide de trois critères : l’existence de points de bascule (tipping points), l’interdépendance des crises et leur effet domino.
La crise hydrique apparaît comme un point de bascule majeur car les aquifères sont sollicités chaque année à hauteur de 80 % ce qui est la limite haute de prélèvement à partir de laquelle ils sont susceptibles de ne plus se recharger ni se régénérer (pollution et salinisation) les rendant ainsi impropres à la consommation.
Le deuxième point de bascule est l’avancée importante de la désertification. L’érosion des sols est 2,5 fois supérieure à la moyenne mondiale. La déforestation, surtout dans les Zagros et vers la Caspienne, l’agriculture intensive et le changement climatique l’expliquent en partie. L’assèchement des zones humides est quant à lui un facteur prédominant avec plus de 80 % des zones humides du pays qui ont disparu (source Iran/focus) ou sont dans un état critique. Le lac Ourmiah a quasiment disparu, celui d’Hamoun, totalement et la mer Caspienne est en danger. Cet assèchement transforme le sol en poussières transportées sur des kilomètres par les vents. C’est ainsi que les experts calculent que 680 000 km² (environ 56 %) du territoire iranien présentent un niveau de désertification très élevé et que 40 hectares de terres se transforment chaque jour en désert dans lequel la vie devient de plus en plus difficile, voire impossible.
Un troisième point, plus restreint géographiquement, concerne les températures. Les régions peuplées du sud-ouest et le long du golfe persique connaissent des températures pouvant aller jusqu’à 53° C (par exemple à Abadan). L’été, elles avoisinent régulièrement les 45° C et se conjuguent à un taux d’humidité suffisant pour mettre en danger l’existence même et surviennent dans un contexte de pénuries d’électricité récurrentes ce qui les rend encore plus difficiles à supporter.
Sur l’interdépendance des crises, on peut citer l’effet de la crise hydrique (traitée lors de l’article précédent), qui génère une crise alimentaire (baisse des rendements, hausse des prix), des affaissements de terrains pouvant aller jusqu’à 35 cm par an (Les images satellites montrent qu’ils affectent une superficie égale à celle de la Belgique) ou bien encore la crise hydrique par l’assèchement des barrages et la crise énergétique qui provoque de nombreuses coupures d’électricité.
Quant aux effets dominos, ils peuvent être appréhendés à travers l’exemple de la région d’Ahvaz moins connu que celui d’Ourmiah, et le raffinage de la canne à sucre :
Si la canne à sucre existait à l’époque sassanide, elle était adaptée aux conditions locales. Avant l’extraction du pétrole et le « projet canne à sucre », l’agriculture était diversifiée, vivrière avec notamment la présence de palmiers produisant des dattes réputées. Avec le projet de culture intensive de la canne à sucre, deux marais, ceux d’Howeyzeh et de Falahiya, écosystèmes spécifiques, ont été asséchés entraînant la suppression des activités de pêche et mettant à mal la régulation des poussières.
La destruction des marais a provoqué la disparition de la faune et de la flore. La nouvelle culture a généré des tensions sur l’eau car elle en est très gourmande. Les produits de raffinage toxiques et non traités se sont répandus dans l’eau et la terre, laquelle a vu sa teneur en sel détruire les terres arables. On peut ajouter tous les effets du brûlage des cannes, du gaz et du pétrole qui se conjuguent pour rendre l’atmosphère toxique et irrespirable et l’eau rare et contaminée.
Un enchevêtrement de crises
Les dégradations de l’environnement et la pollution causent donc officiellement 58 000 décès annuels auxquels il convient d’ajouter le taux de morbidité (prévalences des maladies respiratoires, cardiovasculaires, cancers). Des agences internationales calculent que cette situation coûte à l’Iran 2 à 3 points de PIB ; ce sont, comme souvent, les plus fragiles, notamment économiquement, qui sont les plus affectés. La dimension ethnique n’est pas absente de cette vulnérabilité car deux régions, le Khouzistân et le Sistan-Balouchistan, particulièrement touchées sont aussi deux zones à minorité ethnique, arabe et baloutche, historiquement discriminées par les politiques gouvernementales.
Aux conséquences sanitaires s’ajoutent les migrations internes : les pêcheurs qui ont vu leurs zones de pêches disparaitre, les petits agriculteurs dont les terres ne produisent plus suffisamment en raison de la salinisation et de la désertification qui viennent grossir les périphéries des métropoles sans avoir accès aux infrastructures nécessaires à une vie en santé et dignité. Selon l’agence de presse officielle ILNA, ce sont, en 2025 « 19 millions d’iraniens qui vivent dans des bâtiments précaires et instables principalement situés dans des zones urbaines dégradées et des implantations informelles ».
L’insécurité alimentaire est présente avec 57,2 % des ménages ruraux qui souffriraient de la faim (source sciencedirect.com). Elle traduit l’échec de la politique de souveraineté agricole en conduisant à une plus grande dépendance aux importations de produits de base.
Le régime lui-même constate, début 2026, l ‘intensité de la crise économique évoquant le chiffre de 40 millions d’Iraniens vivant sous le seuil de pauvreté et celui de 39 % de la population active travaillant dans le secteur informel (source Perspectives pour l’économie iranienne en 2026, cité par Iran Focus) et son entrée dans une phase structurelle. En dépit de ses ressources en hydrocarbures, le gouvernement doit procéder à des délestages électriques réguliers qui peuvent durer 2 jours par semaine paralysant l’activité économique dans tous les secteurs, conduisent au chômage technique dans les entreprises, à l’impossibilité d’irriguer, aux pertes de marchandises dans l’alimentaire, la restauration…
Les manifestations en sont aussi monétaires à travers la perte de valeur du rial, l’inflation pouvant aller jusqu’à 100 % dans certains secteurs, érodant le pouvoir d’achat y compris pour des populations plutôt considérées comme l’élite. Les conséquences sont aussi en termes d’emploi et de déficit budgétaire, creusé par l’orientation des dépenses vers la défense et la sécurité alors même que les recettes sont en diminution.
Les causes en sont cependant considérées par le régime comme largement extérieures : intensification des sanctions, frappes de 2025, perturbations du commerce international. Si ces causes sont en partie réelles, elles ne peuvent exonérer le régime de sa responsabilité.
Quant à la crise politique et démocratique, elle se traduit par des mouvements sociaux récurrents. Ils sont parfois sectoriels telles les protestations des camionneurs, des boulangers, des infirmières, des retraités. Ils peuvent être liés au manque d’eau comme cela a été le cas avec la « marche des assoiffés ». Ils peuvent être économiques comme les soulèvements d’ampleur nationale de 2019 contre l’augmentation du prix des carburants ou encore la révolte de janvier 2026 contre la vie chère. Enfin, ils peuvent être politiques avec le mouvement « femme vie liberté » de 2022. Ces soulèvements sont de plus en plus férocement réprimés avec des milliers de morts lors de leur déroulement et dans leurs suites, avec les records de pendaisons.
L’écologie en tant que telle n’est pas toujours directement la cause de l’exaspération même si la conscientisation de la nécessité de la protection de l’environnement progresse en Iran. Cependant, les conséquences de la crise écologique dans la vie quotidienne des Iraniens irriguent et nourrissent les revendications de plus en plus radicales. Par ailleurs, les militants écologiques sont durement réprimés avec des inculpations d’espionnage ou d’atteinte à la sécurité nationale et encourent parfois la peine de mort.
La superposition et combinaison des différentes crises, leur durée et l’aggravation de leur intensité conduit à envisager le scénario d’un effondrement systémique. S’il est antérieur à la guerre actuelle, celle-ci joue un rôle « d’accélérateur ».
Vous avez dit écocide ?
Le 16 mars 2026, le ministre des Affaires étrangères iranien qualifie d’écocide les frappes israéliennes contre des dépôts pétroliers de Téhéran ; le représentant permanent à l’ONU évoque un crime environnemental, dont l’écocide, pour lequel il demande réparation alors même qu’à l’ONU, la notion d’écocide n’a pas de réalité juridique. En effet, depuis 2010, la proposition d’inscrire l’écocide comme cinquième crime relevant de la Cour pénale internationale n’a pas abouti. En l’absence de définition consensuelle, on peut retenir que « l’échelle, l’intention et l’irréversibilité sont les trois critères qui séparent un crime environnemental ordinaire d’un écocide » (source Okoni).

Crédit photo Majid Asgari/WANA après la frappe sur la raffinerie de Shahran Téhéran
Les frappes américaines et israéliennes sur les réserves d’hydrocarbures, sur les infrastructures industrielles, les usines de dessalement et la marée noire au large de l’île de Kharg risquent de porter atteinte à ce qui constitue les fondements même de la vie et des conditions nécessaires à la vie par les pollutions de l’air puis de la terre et des eaux qu’elles génèrent. Les écosystèmes du golfe persique, espace fermé, sont particulièrement vulnérables et des millions de personne de part et d’autre du golfe y trouvent leur subsistance, tant alimentaire qu’économique. Selon les commentateurs, ces frappes sont susceptibles de provoquer une catastrophe environnementale majeure.
Mais la « catastrophe » est déjà présente qu’on l’appelle crise, faillite, désastre et ce depuis plusieurs décennies ; une crise qui dure depuis des années n’est plus une crise mais un système. Ce système est celui de la domination sur la nature, sa maîtrise et son asservissement autoritaires. C’est cette brutalisation d’ampleur qui constitue l’écocide, cette guerre permettant au régime de masquer les destructions des écosystèmes qu’il a lui-même provoquées et d’en reporter la responsabilité sur les frappes ennemies.
Il est tentant de faire un parallèle entre la domination de la nature et la domination des hommes, et encore plus des femmes et des minorités : elle met en œuvre les mêmes mécanismes, les mêmes logiques de soumission et de contrôle.
Ch Richard
Militante écologiste


